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lundi 12 mars 2018

Golgo 13: The Professional - Gorugo Sātīn, Osamu Dezaki (1983)


Le tristement célèbre tueur à gages Duke Togo, aussi connu sous le pseudonyme de Golgo 13, est chargé d'assassiner Robert Dawson, le fils du riche baron du pétrole Leonard Dawson et le futur héritier des entreprises Dawson. Il fait face à la vengeance de Dawson. Après avoir accompli sa mission, Golgo est attaqué par l'armée et découvre que son informateur a été tué par un assassin mystérieux connu sous le nom de Snake. Aidé par l'armée, le FBI et la CIA, Dawson est déterminé à tuer Golgo et venger la mort de son fils.

Golgo 13 : The Professionnal est la troisième adaptation du manga de Takao Saitō et plus précisément la première transposition animé. Le manga s’impose dès sa parution à partir de 1968 comme un sommet du gekiga, courant plus réaliste qui connaît un véritable essor dans les années 60/70 au Japon. Golgo 13 est un personnage emblématique des héros à la virilité toute puissante de cette période, croisant les attributs séducteur et implacables d’un James Bond tout en assumant le métier plus explicitement immoral de tueur à gage. 

Le manga célèbre ainsi le mystère entourant Golgo 13 ainsi que son efficacité relevant les défis les plus impossibles lors de ses assassinats virtuose. L’œuvre de Saito remportera un immense succès (au point d’être toujours publiée actuellement) et aura droit à deux adaptation live assez ratées (Golgo 13 (1973) et Golgo 13: Assignment Kowloon (1977))  avec Ken Takakura dans le rôle-titre. Golgo 13 trouvera ses lettres de noblesse dans l’animation et plus particulièrement avec ce Golgo 13 ; The Professional que signe Osamu Dezaki en 1983.

Dezaki est à l’époque au sommet de son art, ayant rôdé une approche réaliste et marquée dans des séries TV comme Rémi sans famille, Lady Oscar et Cobra. Le réalisateur croise un découpage et des compositions de plan s’inspirant du cinéma live avec une stylisation donnant une forme de grandiloquence et dramatisation qui culmine avec les arrêts sur image crayonnés lors des moments de tension. L’univers à la fois réaliste et pop de Golgo 13 se prête d’autant plus à cette approche et l’ensemble du film constitue un vrai sommet esthétique. L’histoire possède un fil conducteur avec la vengeance d’un baron du pétrole dont Duke Togo (supposé vrai non de Golgo 13) a assassiné le fils, mais est également entrecoupé de mission et d’antagonistes qui auraient pu (et c’est sans doute le cas dans le manga) constituer des aventures à part entière. Si l’aspect collage se fait un peu ressentir, l’avantage est que chaque séquence est un morceau de bravoure en soi, dans le récit même par les prouesses de Duke mais également formelle par l’inventivité constante de Dezaki pour les mettre en scène. 

Le réalisateur joue tout d’abord des distances et angles improbables des tirs de Duke avec son fusil d'assaut M-16 A2. Dezaki peut faire surgir la mort dans un moment anodin (la scène d’ouverture) avant de révéler son bras armé dans une pure logique de stupéfaction. D’autres fois nous assisterons au long préparatif où le suspense se distend dans le temps d’attente avant le tir, voire le tir en lui-même en accompagnant la trajectoire de la balle jusqu’à sa victime. Lorsque Duke se trouvera traqué mais devant quand même accomplir sa mission, ces deux aspects se conjuguent avec à la fois la sidération dans la manière dont il aura trompé ses ennemis mais aussi dans le défi des lois de la physique que signifie l’assassinat (le meurtre de l’homme d’affaire ancien nazi). Le scénario sait également faire brillamment surgir les coups de théâtre telle cette amante docile qui s’avère être une redoutable cible.

 L’approche adulte se ressent autant dans une violence décomplexée et sanglante que tout ce qui touche au sexe. L’éloge de la virilité et le machisme prononcé donne une véritable célébration du repos du guerrier où les plantureuses héroïnes (Dezaki avait déjà eu l’occasion de se faire plaisir de ce côté-là sur Cobra) sont en pamoison pour un Duke aussi stoïque à l’horizontale qu’en mission. Aussi putassière soient-elles, ces scènes s’inscrivent dans les clichés hard-boiled  d’alors et son magnifiée par la mise en scène de Dezaki jouant sur les contre-jours, sur les angles mettant en valeur ces « créatures » féminines. Une insoutenable scène de viol se dote ainsi d’une approche opératique tout sauf gratuite, mais traduisant dans sa grandiloquence la double émotion de la détermination et du renoncement de personnages qui ont tout perdus.

Les envolées baroques, la dimension pop et les éclats ensanglantés outranciers font presque penser à du Seijun Suzuki (le candidat pour une version live s’il avait été encore en odeur de sainteté avec les studios) transposé en animation. L’univers part d’une base réaliste que Dezaki bouscule en le soumettant aux émotions des personnages. La scène où Dawson perd définitivement pied dans son désir de vengeance s’orne d’une photo écarlate où il n’est plus qu’un démon en furie. C’est cependant dans l’action pure que Dezaki donne le meilleur. Les adversaires se voient dotés d’une menace reposant sur leur pur aspect repoussant (le libidineux Snake) ou un background inquiétant (le duo de tueurs final qui ont droit à un aparté glaçant sur leurs « origines » un film dans le film oppressant) qui créent une forme d’attente captivante avant la confrontation - et vraiment chacun aurait pu être un antagoniste à part entière pour tout le film. 

Dezaki ne déçoit pas lorsque la rencontre a lieu, notamment le virtuose combat dans l’ascenseur avec Snake jouant simultanément sur l’exiguïté du lieu tout en prenant de la distance dans un jeu d’ombres et zoom/dézoom où l’on observe les silhouettes s’affronter de loin. Les deux tueurs sont eu auréolés d’une présence de quasi film d’horreur dans leur facultés et la manière dont les éclairages traitent leur présence à l’image. Le fil rouge n’est pas oublié sous le déluge d’action avec une révélation finale dramatique qui remet tout en question. Une date dans la japanimation et une éclatante réussite de plus pour Dezaki qui retrouvera le personnage bien tard dans Golgo 13 : Queen Bee (1998).

Sorti en dvd zone 2 anglais et doté de sous-titres anglais

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