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jeudi 8 mars 2018

Lumières d'été - Natsu no Hikari, Jean-Gabriel Périot (2017)


Akihiro, réalisateur japonais, vient de Paris, où il vit, interviewer à Hiroshima des survivants de la bombe atomique. Profondément bouleversé par ces témoignages, il fait une pause et rencontre dans un parc une étrange jeune femme, Michiko. Petit à petit, il se laisse porter par la gaîté de Michiko et décide de la suivre pour un voyage improvisé à travers la ville, jusqu'à la mer.

Lumières d’été est le premier long-métrage de fiction de Jean-Gabriel Périot après une série de courts et un long documentaire, Une Jeunesse allemande (2015). Lumières d’été donne l’occasion au réalisateur de revenir au thème d’Hiroshima déjà abordé dans son court-métrage 200.000 fantômes (2007). Périot a noué un lien fort à Hiroshima qui repose sur le passé douloureux des lieux mais aussi son présent dans cette ville où il se rend régulièrement et a il noué des amitiés solides. La force de Lumières d’été repose sur cet équilibre entre un passé dramatique qui hantera toujours la ville et un présent synonyme de joie et de renouveau. 

La longue et intense scène d’ouverture sert donc tout d’abord une illustration tragique de ce passé. Dans le cadre d’un documentaire, le réalisateur japonais Akihiro (Hiroto Ogi) interroge une hibakusha (nom donné aux survivants d’Hiroshima) qui témoigne à la fois du drame collectif et intime que symbolise le bombardement pour elle. Un long plan fixe accompagne le récit lancinant de la vieille femme, dépeignant dans le détail la stupéfaction et le choc de l’explosion, les visions d’apocalypse qui en découlent. Le visage se crispe à l’évocation des images de destruction, monceaux de cadavres et surtout au souvenir de sa mère qu’elle ne reverra jamais ainsi qu’à sa sœur morte des conséquences de son exposition en tant qu’infirmière. Ce moment fort est contrebalancé par plusieurs champs contre champs avec Akihiro, tétanisé par ce récit dramatique.

Cette entrée en matière imprègnera tout ce qui va suivre et autorise ainsi l’échappée lumineuse dans le présent d’Hiroshima en contrepoint à la terrible Histoire. Périot fait le choix d’un héros japonais exilé, Akihiro installé en France revenant au Japon pour les besoin de son reportage. Le personnage  symbolise ainsi un entre-deux par sa nature d’expatrié, à la fois concerné et distant de ce drame national et ces conséquences passées/présentes. La scène d’ouverture va l’ébranlé pour lui faire violemment comprendre les horreurs passées mais la rencontre de l’attachante Michiko (Akane Tatsukawa) va lui faire redécouvrir la beauté du présent d’Hiroshima. La longue déambulation des deux personnages fait le lien entre les souvenirs et la contemporanéité radieuse dans une double lecture constante. 

Le cours d’eau traversant le Parc de la paix où se rencontrent les héros est ainsi celui où se noyèrent les survivants en tentant d’échapper aux flammes (les reliques d’os et d’objets étant longtemps récoltées pour ne pas oublier) tandis que le Parc en lui-même est construit sur les anciens décombres de l’explosion. Des éléments et séquences faussement anodins font le lien et façonne cette dichotomie entre les époques. Une dégustation d’okonomiyaki permet ainsi une discussion culinaire sur la composition plus consistante que celle originelle uniquement pourvue de légume soit le seul aliment trouvable à l’époque de la guerre. De même la tenue de Michiko passant de traditionnelle à moderne témoigne de cela.

Les échanges de Michiko et Akihiro lorgnent par moments vers les ballades amoureuses et existentielles du Richard Linklater de Before Sunrise/Before Sunset. Cela se ressent dans les confessions d’Akihiro sur son insatisfaction personnelles et professionnelles mais aussi son rapport complexe à son Japon d’origine à travers plusieurs dialogues signifiant son rejet de sa facette trop traditionnelle. Une possible romance aurait pu se dessiner si Michiko s’était laisser aller au même type de confidence mais le personnage conserve son mystère, sa joie débordante ou sa mélancolie étant toujours liés à cet environnement d’Hiroshima. La beauté radieuse de la ville est magnifiquement saisie par Jean-Gabriel Périot qui conjugue l’ampleur de ces visions à l’épanouissement de ses personnages. 

Il ne cède jamais au contemplatif grâce à sa connaissance des lieux et la splendeur de chaque cadrage et composition de plan intègre les protagonistes pour figer la magnificence locale à ses habitants - Michiko observant la mer par la fenêtre du train ou encore l’arrière-plan de montagne au retour de pêche. La scène de la fête des ancêtres se montre à ce titre plutôt elliptique, le folklore intéressant moins Périot que le bonheur spontané des personnages. L’enchevêtrement passé/présent berce la conclusion intimiste illuminée d’apartés magnifiques (la chanson de Michiko, le long plan fixe nocturne côte à côte d’Akihiro) et nourrit la communion des générations d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Cette plénitude va même un peu plus loin puisque la conclusion (même si la réminiscence d’un prénom et quelques indices nous auront mis sur la voie) lève le voile sur la véritable nature de Michiko.  Une œuvre tout simplement magnifique qui traduit le devoir de mémoire dans la saveur de l'instant plutôt que la complainte du passé.

 Sorti en bluray et dvd zone 2 chez Potemkine

 

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