Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com et suivre le blog sur twitter à http://twitter.com/#!/JustinKwedi

Pages

vendredi 30 mars 2018

Soldat bleu - Soldier blue, Ralph Nelson (1970)

Une colonne de l'armée américaine escortant un important convoi de fonds est attaquée par des Cheyennes. La bataille vire au massacre : les militaires sont impitoyablement exterminés. Seuls survivent un jeune soldat fraîchement incorporé, Honus Gent, et Cresta Maribel Lee, jadis enlevée par les Cheyennes, relâchée par le chef de la tribu (qui l'avait prise pour femme), dans le but de rejoindre son fiancé, un officier d'état-major.

Soldat bleu est un sommet du western dit "pro-indien" apparu dans les années 50 avec notamment La Flèche brisée de Delmer Daves (1950). La première vague de ce courant était une manière d'humaniser les indiens autrefois réduits à des silhouettes barbares et d'évoquer la possibilité ou l'impossible rapprochement entre les peuples dans des œuvres aussi différentes que Bronco Apache (1954) de Robert Aldrich ou La Rivière de nos amours d'André De Toth (1955). La donne est assez différente avec les westerns américains des années 70 où les indiens sont parfois plus l'instrument d'une idéologie pacifiste que des personnages à part entière. Little Big Man de Arthur Penn contribue ainsi à un cliché de l'indien vieux sage malicieux et mystique (qu'on retrouve entre autres dans un personnage de Josey Wales hors-la-loi de Clint Eastwood (1976) et avec Soldat bleu le vrai massacre de Sand Creek (le 29 novembre 1864) est une analogie explicite à la Guerre du Vietnam contre laquelle se révolte alors la jeunesse hippie et pacifiste de gauche.

Le film fonctionne sur une curieuse construction où une ouverture et une conclusion choc encadre un déroulement assez bucolique. L'ouverture, c'est le massacre d'un convoi de fond par une horde de cheyennes dépeinte avec une violence et cruauté appuyée. Les seuls rescapés représentent finalement deux versants opposés de cette guerre opposant l'homme blanc à l'indien. D'un côté le jeune soldat novice Honus Gent (Peter Strauss) et de l'autre Cresta Maribel Lee (Candice Bergen) jeune femme autrefois enlevée par les indiens et qui s'apprêtait à être ramenée à la civilisation auprès de son fiancé. Une longue errance picaresque sert ainsi l'opposition et le rapprochement des deux personnages dans une dimension intime et politique à la fois. Honus est un fils de bonne famille se montrant aussi prude et gêné dans sa proximité forcée avec Cresta que naïf dans sa vision du conflit avec les indiens.

A l'inverse un passé douloureux et son passage chez les indiens auront rendu Cresta plus cynique, détachée et débrouillarde dans l'errance commune. La pure comédie de situation alterne ainsi avec les réflexions cinglantes, le parallèle avec les manières rustres de Cresta (qui crache, rote, jure comme un charretier et se ballade dénudée sans complexe) et la gaucherie de Honus se prolongeant dans la vision manichéenne de ce dernier face à la lucidité de sa compagne d'infortune. Dépité par le massacre d'introduction, Honus ne voit dans les indiens que des brutes sanguinaires et Cresta devra plus d'une fois lui rappeler que l'armée américaine fait autant voir pire. Les rencontres même et les dilemmes qui en découlent (la rencontre avec le personnage aussi farfelu que dangereux joué par Donald Pleasence) participent à cette confrontation lorsqu'ils se déchireront face à la possibilité de laisser ou empêcher une livraison d'arme aux cheyennes.

L'isolement et la promiscuité offre aussi la possibilité d'un dépassement de cette caractérisation initiale. Présenté comme un pleutre, Honus s'avère d'une remarquable résistance dans l'adversité que ce soit dans un affrontement avec un indien Kiowa qui le défiait ou dans une scène amusante où il montrera une relative aptitude à la chasse. La revêche Cresta s'avèrera une jeune femme plus sensible et fragile qu'il n'y parait.

Les grands espaces traversés soulignent le fossé qui les sépare quand de jolis moments intimistes resserrent l'horizon et autorisent la romance, une couverture partagée, un détachement de lien cocasse puis l'intérieur d'une grotte favorisant l'expression de leur amour. La scène de la grotte est d'ailleurs emblématique, la vulnérabilité physique de Honus blessé autorisant sa tendre déclaration à Cresta qui elle s'abandonne à une vulnérabilité morale pour accepter cette amour au-delà de leur différence. Ces instants romantiques constituent une parenthèse enchantée, un paradis perdu qui ne peut survivre au retour à la réalité de cette guerre où les clivages doivent ressurgir malgré eux.

La dernière partie confronte donc le couple à l'horreur avec l'illustration particulièrement barbare et graphique du massacre de Sand Creek où l'armée décime femmes et d'enfants, commet de viols et mutilations et ce alors que les cheyennes se sont présentés avec le drapeau blanc de paix. Si la scène à une force visuelle et émotionnelle indéniable, la manière de l'introduire dans cette volonté anti-belliciste est assez maladroite. L'émotion finale ne fonctionne que sur la violence insoutenable mais l'on n'aura guère eu l'occasion d'observer, de s'attacher et s'imprégner de ces indiens qui ne dépassent pas la silhouette guerrière ou sacrificielle.

D'un simple point de vue de cohérence, voir le personnage de Spotted Wolf (Jorge Rivero) soudainement désireux de paix face à ses lieutenants et se présenter naïvement avec son drapeau blanc jure complètement avec l'ouverture où on l'a vu se montrer tout aussi gratuitement féroce. Drôle d'idée d'utiliser le personnage dans les deux scènes. Au final une œuvre bien ancrée dans son époque (la chanson-titre folk de Buffy Sainte-Marie) et intéressante mais dont l'aura doit tout de même beaucoup à ses écarts de violence.

Sorti en dvd zone 2 français chez Studiocanal 

2 commentaires:

  1. Bonjour M. Kwedi,

    "La rivière de nos amours" d'André de Toth, et non pas Howard Hawks. Un western enchanteur, bien au-dessus de ce "Soldat bleu" si je puis me permettre.
    Bien cordialement,

    Robinhood

    RépondreSupprimer
  2. Merci petite erreur corrigée, j'aime beaucoup le film aussi peut-être une petite chronique dessus un de ces jours. Sinon d'accord avec vous sur la qualité supérieure du flm, comme vous avez pu le voir j'ai un avis largement mitigé sur "Soldat bleu".

    RépondreSupprimer