Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tout mes visionnages de classiques, coup de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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dimanche 7 février 2021

Budori, l'étrange voyage - Guskō Budori no denki, Gisaburō Sugii (2012)


 Budori est un jeune chat courageux et intelligent qui vit paisiblement avec ses parents bûcherons et sa petite sœur Neri dans la forêt de Tohoku. Un matin, un grand froid frappe la forêt, apportant misère et famine dans la famille. Ses parents doivent quitter le foyer à la recherche de nourriture pour la famille. C'est alors que disparaît Neri.

Budori, l’étrange voyage voit le réalisateur Gisaburo Sugii revenir à l’univers de l’écrivain Kenji Miyazawa, plus de 25 ans après la magnifique adaptation animée qu’il fit de son Train de nuit dans la Voie lactée (1985). Pionnier et touche à tout génial de l’animation japonaise, Sugii avait livré un œuvre fascinante et hypnotique avec cette première adaptation, fidèle, baignée de mystère mais s’appropriant parfaitement le matériau original notamment avec le design de chat des personnages. 

Budori, l’étrange voyage est l’adaptation d’une nouvelle qui figure parmi les textes les plus personnels de Kenji Miyazawa. Véritable étoile filante de la littérature japonaise, Miyazawa disparu prématurément à l’âge de 33 ans et l’essentiel de son œuvre fut publiée à titre posthume. Si Train de nuit dans la voie lactée exploitait grandement l’attrait de l’auteur pour le bouddhisme, Budori repose plutôt sur les maux de sa vie personnelle. Miyazawa grandit dans la région pauvre d’Iwate et est ainsi frappé très jeune par la souffrance du monde rural peinant à exploiter les sols pauvres de cet environnement. Il se lancera au grand dam de sa famille dans des études de géologie et d’agronomie dans l’objectif altruiste d’aider les paysans de la région et sera professeur dans un lycée agricole. C’est à cette période qu’il connaîtra un des grands drames de sa vie avec la mort prématurée de sa sœur cadette Toshiko dont il était très proche. La nouvelle Budori part donc de ces deux éléments intimes que Gisaburo Sugii va creuser dans son film.

On retrouve le fameux chara-design de chat ici (Budori ayant quasiment le même que celui de Giovanni dans Train de nuit dans la voie lactée) pour apporter de nouveau cette dimension étrange et décalée. Budori est un enfant vivant des jours heureux dans la forêt aux côté de ses parents et de sa sœur Neri. Un hiver particulièrement dur va alors frapper la région et plonger sa population dans la famine. Sugii s’applique à montrer la misère à l’échelle géographique, à celle d’une population vigoureusement frappée dans son économie, et à celle plus intime de la famille de Budori à travers la désolation des paysages hivernaux, l’activité des paysans au ralenti et le foyer aux repas frugaux. La disparation des parents est traitée avec pudeur, et celle de la sœur Neri fait intervenir une dimension fantastique et onirique lorsqu’elle est enlevée par un être mystérieux. Budori se lance à leur poursuite mais échoue et va alors vivre un parcours initiatique tout en cherchant à retrouver Neri. La quête de Neri intervient à travers de purs apartés oniriques tandis que le « réel » voit notre héros vivre diverses expériences où il va s’appliquer à aider son prochain. 

Au début du film Budori écoute en classe le poème Ame ni mo makezu de Kenji Miyazawa qui est une ode à l’entraide et au souci de l’autre. Ce sera un sacerdoce pour Budori qui va accumuler les savoirs pour notamment aider un agriculteur en difficulté ou plus tard intégrer une équipe de géologue pour stopper la vague de froid frappant la ville. Gisaburo Sugii travaille ainsi une atmosphère oscillant entre réalisme et rêveries, posant une imagerie hallucinée aux décors grandiloquents et stylisés. Le problème du film est que, sans les informations biographiques et littéraires évoquées plus haut, le film parait très lent et décousu pour le néophyte  - même si la symbolique rédemptrice visant à surmonter la mort de la sœur est compréhensible.

Sugii avait su équilibrer opacité et émerveillement dans Train de nuit dans la voie lactée mais cela ne fonctionne pas totalement ici. L’écueil est tout d’abord narratif où chaque partie fonctionne sur le même rythme monocorde (Budori passant plusieurs années dans chaque lieu) sans sursaut dramatique particulier, car on privilégie une tonalité flottantte qui fonctionnait mieux dans l’unité de temps nocturne de Train de nuit dans la voie lactée. L’autre point fâcheux est esthétique avec un usage abusif du numérique qui s’il donne certaines images impressionnantes dégage une froideur qui lui ôte toute poésie. Certains choix sont d’ailleurs étranges et semblent juste là pour l’épate. Dans la dernière partie en ville, l’urbanité s’orne d’éléments steampunk alors que la nouvelle se déroulait précisément dans les années vingt pour renforcer le parallèle avec le contexte économique et l’engagement social de Kenji Miyazawa. Malgré la petite déception, Budori, l’étrange voyage n’en reste pas moins une œuvre singulière qui détonne dans le paysage de l’animation japonaise et qui mérite le coup d’œil. 

Sorti en bluray et dvd zone 2 français chez Eurozoom

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