Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tout mes visionnages de classiques, coup de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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vendredi 4 juin 2021

Angel Guts : Red Porno - Tenshi no harawata: Akai inga, Toshiharu Ikeda (1981)


 Nami travaille dans un magasin de vêtement, à un poste tout à fait acceptable. Une de ses collègues lui parle de se faire plaisir et un peu d'argent en faisant des photos pornographiques. Nami tentée par l'expérience, fait des photos de charme qui paraissent dans le magazine Red Porno. Pour la jeune femme, c'est le début de gros ennuis...

Angel Guts : Red Porno est un Roman Porno qui participe aux tentatives de la Nikkatsu de proposer un spectacle singulier qui parvienne à se distinguer de la concurrence grandissante du marché vidéo sur ce terrain de l’érotisme. Il s’agit du quatrième volet de la saga Angel Guts, adaptée d’une série de manga de Takashi Ishii. C’est par ce biais du manga que ce dernier trouve une porte d’entrée dans le milieu du cinéma, son ambition initiale, en signant le scénario de tous les opus de la saga avant de passer plus tard à la réalisation. Son univers érotique trouble va être transcendé dans cet épisode par la mise en scène de Toshiru Ikeda. Celui-ci fit ses débuts à la mise en scène au sein de la Nikkatsu dans ce cadre du Roman Porno avant de se révéler hors du giron du studio (avec lequel il travaille pour la dernière fois sur ce film) comme un véritable maître du thriller avec le fameux Evil Dead Trap (1988) ou le film de vengeance Mermaid Legend (1984). 

Toshiru Ikeda fait en quelque sorte rentrer le Roman Porno dans la modernité à travers une mise en scène imprégnée des tendances formelles d’alors et au service d’une certaine tension. Les autres maîtres du Roman Porno comme Masaru Konuma, Tatsumi Kumashiro ou Noboru Tanaka avaient des approches naviguant entre le documentaire, l’expérimental ou l’arty alors qu’avec Ikeda nous sommes bien devant un film des années 80. Le récit est narrativement assez décousu et c’est sur les atmosphères et les émotions qu’il faut chercher un fil conducteur. Il est question ici de solitude urbaine où les protagonistes livrés à eux-mêmes se sentent comme prisonniers de l’image que les autres projettent sur eux. Pour Nami cela se traduit par le sentiment (justifié ou non) d’être épiée et harcelée par les hommes. Ce sentiment se renforcera après avoir fait des photos de charme en remplacement d’une amie et que le magazine circulera à sa grande gêne, renforçant ce sentiment d’insécurité. Dans un autre genre Oka (Toshiyuki Kitami) est un jeune marginal sans avenir sur lequel ses voisins projettent leurs peurs et médisance alors qu’un pervers arpente le quartier. 

Toshiru Ikeda capture à la fois les angoisses mais aussi les contradictions de ses personnages dans sa réalisation. Dans la solitude de leurs appartements exigus, Nami tout comme Toka cède à une forme d’abandon dans les plaisirs solitaires qui correspondent justement au regard extérieur que l’on pose sur eux et qu’ils rejettent. Ikeda dans ses choix de cadrages impudiques (les plans sous la table chauffante de Nami), par la tournure de certaines situations (Oka qui épie sa jeune voisine) fait basculer la nature timorée des personnages dans un monde de fantasme stylisé. Les éclairages rougeoyant de Yonezô Maeda amènent une dimension baroque lorgnant sur Dario Argento, transcendant un réel terne ou nous faisant basculer dans le monde du fantasme avec des séquences assez folles comme l’imaginaire humide d’Oka dans lequel il s’imagine avec Nami. 

La dichotomie entre l’extérieur urbain menaçant et cet intérieur où l’on peut laisser s’exprimer les élans lascifs traverse tout le film, que Ikeda traduit par des péripéties inattendues (lorsqu’un vrai et inquiétant pervers va effectivement faire irruption) ou des effets qui laisse transpirer ces sentiments. C’est là-dessus que repose l’attirance/répulsion entre Nami et Oka, et l’ambiguïté de certaines scènes qui les fait s’inscrire dans ce qu’ils rejettent – Nami en position de voyeuriste avec son amant avec cette télévision où ils observent leur propre ébats dans la chambre d’un love hotel. Tout cela éclaire d’un jour nouveau, et d’une interprétation différente tous les écarts et passages obligés du Roman Porno par la seule force de la mise en scène d’Ikeda. Hors des carcans du genre, ce dernier va se révéler pleinement avec son film suivant Mermaid Legend.


 Sorti en bluray et dvd zone 2 français chez Elephant

 

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