La Vallée de la vengeance est un western s'inscrivant dans le courant plus mélodramatique du genre, voyant codes spécifiques du western se greffer à un conflit essentiellement humain. Ici les convois de troupeau et une dette d'honneur sanglante sont, sans parler de prétexte, les éléments provoquant une confrontation fratricide à la Caïn et Abel entre Owen (Burt Lancaster) et Lee (Robert Walker). Lee est le fils du propriétaire terrien Arch qui l'a placé sous la tutelle d'Owen, fils spirituel, afin d'en faire un homme respectable et digne de prendre sa succession. Lee va malheureusement s'avérer un fils à papa égoïste et vénal, jalousant l'affection de son père pour Owen, et devinant les sentiments partagés entre son épouse Jen (Joanne Dru) et ce même Owen.
La première partie du film met patiemment ces enjeux en place, par l'intermédiaire d'autres sous-intrigues telle cette fratrie violente cherchant à retrouver l'homme ayant "déshonoré" et mis en enceinte leur sœur. Ils soupçonnent Owen qui cherche pourtant à protéger Lee qui lui rendra bien mal sa sollicitude. Le film n'a pas l'emphase dramatique et l'outrance formelle d'un Duel au Soleil (1946), ni la profondeur psychologique de La Vallée de la peur de Raoul Walsh (1947) ou Les Furies d'Antony Mann (1950) auxquels il pourrait être comparé sur ce registre plus mélo et introspectif. Il est cependant rondement mené par un Richard Thorpe qui n'est pourtant pas un spécialiste du western. Les morceaux de bravoure sont sec et brutaux, tel ce mano à mano à l'arme blanche, ou un duel final à la brièveté sanglante. Tous les registres fonctionnent en tout cas très bien, Irving Ravech au scénario montrera d'ailleurs de belles aptitudes par la suite sur ce type de saga familiale sur fond de grands espaces dans Les Feux de l'été (1958), Le Bruit et la Fureur (1959) et Le Plus Sauvage d'entre tous (1963) de Martin Ritt, Celui par qui le scandale arrive de Vincente Minnelli (1960).
Le casting contribue aussi grandement à cette réussite. Burt Lancaster dont c'est le premier western y trouve l'occasion de sortir de son personnage taiseux, torturé et maudit des films noirs, d'imposer une profondeur et physicalité sans tomber dans les excès rigolards de ces films d'aventures (La Flèche et le flambeau (1950) et Le Corsaire Rouge (1952)). Robert Walker dont c'est l'avant-dernier film avant son décès précoce offre aussi une belle ambiguïté à ce frère complexé, et Joanne Dru est plus qu’un simple enjeu amoureux par son charisme. Belle réussite méconnue donc.
Sorti en dvd zone 2 français chez PVB




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