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mardi 30 août 2011

Two Lovers - James Gray (2008)


New York, quartier de Brighton Beach dans Brooklyn. Leonard se voit présenter par ses parents Sandra, fille du nouvel associé de son père. Leur union semble toute tracée et Leonard ne s'y oppose pas. Il rencontre également une voisine, Michelle, qui fait de lui le confident de sa relation avec un homme marié. Il tombe néanmoins profondément amoureux d'elle.

Habitué au long hiatus entre des films autant motivés par le difficile bouclage de budget que par la quête du sujet idéal, Gray semblait légèrement marquer le pas avec son film précédent La Nuit nous appartient. Aussi bon soit-il, ce dernier faisait figure de redite par rapport aux mémorables Little Odessa et The Yards. Gray y montrait pour la première fois certaines limites en sacrifiant la cohérence et la crédibilité de son script pour faire passer ses obsessions, l’auteur prenait le pas sur le narrateur (Joachin Phoenix transformé en flic de terrain en un clin d’œil…).

Dénué des ressorts du polar, Two Lovers renouvelle miraculeusement les thématiques du cinéaste en les inscrivant dans un cadre plus intimiste et réaliste, l’espace new yorkais évoquant le meilleur de la veine dramatique d’un Woody Allen.On retrouve donc Joachin Phoenix, dans un rôle à la fois proche et éloigné de celui de La Nuit nous appartient : jeune adulte en pleine dépression suite à une rupture, le personnage se retrouve pris entre deux feux.

D'un côté la sécurité, représentée par la douce et aimante Sandra Vinessa Shaw), qui faciliterait grandement les affaires de ses parents, de l'autre le risque, incarné par la fantasque et belle Michelle (Gwyneth Paltrow), dont le cœur est pourtant déjà pris par un homme marié. Gray délivre ici une adaptation officieuse des Nuits Blanches de Dostoïevski qu’il s’appropriait en ajoutant à cette dimension de dépit amoureux ses propres questionnements sur la famille, la responsabilité (la principale différence étant la présence du second amour Vinessa Shaw et des parents du héros symbole de tradition).

On retrouve cette idée, récurrente chez Gray, du choix difficile entre la tradition familiale, prison symbole de renoncement, et l’envie d’un ailleurs différent, d’horizons nouveaux, le héros se retrouvant toujours à devoir sacrifier ses désirs. Cependant, loin de la solennité de ses fresques policières, l’opposition de ces deux voies s’avère plus complexe que précédemment. Bien que présente, la pression familiale n’est pas si forte que cela, et ce n’est pas d’elle que proviendront les déboires de notre héros, mais plutôt du personnage ambivalent et perturbé de Gwyneth Paltrow, qui trouve ici son meilleur rôle.

Tout comme Joachin Phoenix, le cœur du spectateur penche immédiatement pour Paltrow. Gray multiplie ainsi les idées pour apporter charme et candeur à leur relation : ainsi de cette belle trouvaille à la fois dramatique, drôle et romantique, qui fait s'épier et communiquer les personnages par les fenêtres de leurs immeubles en vis-à-vis. Gwyneth Paltrow se rend immédiatement attachante par sa légèreté et sa fragilité dans ce rôle magnifiquement écrit, et sa douleur, conjuguée à celle de Joachin Phoenix, donne naissance au moment le plus intense du film lors de cette étreinte fiévreuse sur le toit d’un immeuble, au milieu du froid glacial. Sans aucun doute une des plus fulgurantes et poignantes scène d’amour qui soit et qui s’oppose à celle plus sobre avec Vinessa Shaw précédemment, la convention de l'une s'opposant à la passion de l'autre.

Le personnage de Michelle revêt un rôle autant symbolique que dramatique au sein du récit. Cette position qu’elle occupe dans l’immeuble d’en face incarne un futur à la fois proche et inaccessible aux yeux de Leonard, loin de la cage dorée qu’est la demeure de ses parents. C’est le trouble et les atermoiements de Gwyneth Paltrow qui semblent réduire cet espoir à l’état de chimère ainsi que l’inégalité de leur relation, l’un n’apportant bienfait à l’autre que par ce qu’il représente (une ouverture, respiration pour Joachin Phoenix), et par le manque qu’il comble (une chaleur et une présence pour Paltrow ). En dépit de la sincérité de leurs sentiments, les deux héros ne font donc que se croiser, fuyant ou courant après quelqu’un (ou quelque chose), avant le terrible renoncement final. Cette nouvelle veine de Gray trouve son plus bel aboutissement dans l'habile association de la tragédie, propre à la filmographie du cinéaste, à un prosaïque récit d’amour non réciproque, la délicate alchimie offrant ce qu'un récit intime peut posséder de plus intemporel dans son déroulement.

Gray retrouve ici son directeur photo de La Nuit nous appartient, Joachin Baca- Asay, mais leur association s’adapte au ton plus feutré de ce film. Ayant atteint le summum de l’emphase sur son film précédent, Gray se montre plus subtil ici, en focalisant essentiellement sa mise en scène sur l’interprétation de ses acteurs (le travail en amont avec Joachin Phoenix aurait été particulièrement intense), et leurs interactions. Loin d’être une régression, cette option fait naître l’émotion par la transfiguration de l’anodin, que ce soit un geste, un regard, toujours saisi avec justesse et humanité par Gray, qui rend belle la banalité de l'amour naissant. Le plus bel exemple de cette évolution serait l’échange sans paroles et lourd de sens des «two lovers» à travers leurs fenêtres, quelques instants après leur scène d’amour.

Le mal être de Leonard aura d’ailleurs étonnamment répondu avec celui de Joachin Phoenix ce qui explique sans doute la force de sa prestation dans son dernier rôle à ce jour. James Gray par cette approche épurée et à fleur de peau atteignait enfin le pic mélodramatique attendu (le final est aussi terrible qu’inoubliable avec ce dernier regard éteint de Phoenix) et réalisait son meilleur film. On est impatient qu’il lui donne enfin un successeur.



Sorti dans une belle édition chez Wild Side

Masterclass de James Gray au Forum des Images en lien ici pour les fans

4 commentaires:

  1. Complètement d'accord encore une fois. C'est de loin le plus beau film de James Gray. Un film d'un simplicité désarmante, bouleversant, avec un Phoenix parfait.

    J'ai peur du prochain Gray depuis qu'il est le meilleur pote de Canet... Mais j'espère quand même un truc bien.

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  2. D'ailleurs vivement que Phoenix refasse un vrai film (parce "Still here" c'est une curiosité mais bon...) il manque vraiment au cinéma. Si Leonardo Di Caprio est aussi un grand ami de Canet (à défaut de faire des bons films au moins il est sympa ^^) ça ne l'a pas empêché de faire de bons films ça devrait aller !
    Mais c'est vrai que ça commence à faire vivement un nouveau film pour Gray...

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  3. La tonalité de ce film surprend après l'ambiance des trois premiers de James Gray. Et TWO LOVERS s'avère aussi prenant que ces films, sujet universel quoique très localisé à NY, beaucoup d'émotion et de sensibilité.
    J'ai vu J. Phoenix déclarer qu'il abandonnait le cinéma, il paraissait bien décidé, hélas...

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  4. Pour Phoenix on peut éventuellement espérer un retour il a été à deux doigts d'être engagé pour le biopic de Hoover le prochain Eastwood il ne semble pas fermer la porte espérons... Sinon son vrai-faux documentaire "I'm still here" sur ses trois années d'errance est une sacrément autre...

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