Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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lundi 8 août 2011

Up the Junction - Peter Collinson (1968)

Dans les années 60 à Londres, une jeune femme (Suzy Kendall) qui veut couper court avec ses origines aisées, s'installe dans le quartier populaire de Battersea à la recherche d'une réalité sociale plus crue. Elle trouve un boulot dans une usine et se lie d'amitié avec deux soeurs, Rube (Adrienne Posta) et Sylvie (Maureen Lipman) qui lui font partager leur quotidien entre pubs, flirts et virées en motos. Elle rencontre Peter (Dennis Waterman) qui lui n'aspire qu'à une meilleure vie... 
 
Grand classique anglais des 60's, Up the junction est en quelque sorte un prolongement des préoccupations du "free cinema" qui domina le cinéma anglais au début de la décennie. En dépit de thème communs, l'époque a cependant changée et à la constante impasse, au noir et blanc et à la province blafarde et sinistre des films du "free cinema" Up The Junction se distingue par son cadre londonien foisonnant, l'usage de la couleur et une tonalité plus libérée (dans le langage, les tenues flashy et le rapport au sexe) en rapport avec l'évolution des mœurs d'alors. 

Le film est une adaptation d'un roman culte de Neil Dunn qui connut une première version filmée pour la télévision par Ken Loach. Vénéré par la jeunesse anglaise, le livre (et par extension le film) a inspiré un de ses plus grands morceaux au groupe Squeeze avec l'éponyme single Up the junction et tout fan de Pulp ne manquera pas de faire le rapprochement entre l'intrigue de Neil Dunn et les paroles de Jarvis Cocker sur leur grandiose Common People.

L'histoire dépeint le destin de Polly Dean (Suzy Kendall), jeune fille de bonne famille qui lassée de l'hypocrisie de son milieu nanti décide de se confronter à la "vraie" vie en quittant le quartier huppés de Chelsea pour ceux plus populaire de Battersea, le titre Up the Junction signifiant (physiquement comme symboliquement) la traversée pour passer de l'un à l'autre. Si ce fait ne nous est concrètement pas tout à fait révélé immédiatement (même si à la revoyure c'est explicite dès la première séquence où la caméra survole Londres illustrer le passage d'un quartier à un autre) la distinction et le port de notre héroïne la distingue immédiatement dans son nouveau milieu où elle a rapidement trouvé un emploi à l'usine. 

Durant tout le film Polly n'aura de cesse de fuir toute trace de son luxe passé, sacrifiant sa belle chevelure et ses tenues élégante pour des vêtements plus criards et une coupe courte tendance, choisissant l'appartement et les meubles les plus miteux au désespoir même de ses nouvelles amies. La mise en scène de Peter Collinson (réalisateur dont on se souvient surtout de l'excellent film de casse L'Or se barre avec Michael Caine) adopte ainsi le regard de Polly pour offrir une vision pittoresque et radieuse des quartiers populaires londonien : pubs enfumés où on discute, draguent et chantonne entre deux pintes, marché au fripes grouillant, l'usine où règne une belle complicité et solidarité féminine. Collinson oscille entre la rêverie pure et le réalisme poétique, bien aidé par une bande son fabuleuse signé par les Manfred Mann soit certaines des vraies icônes de ce Swingin' London.

Le ton bascule progressivement avec la romance de Polly et de Peter (Dennis Waterman), archétype du working class hero bien décidé à s'extraire de son milieu. C'est la réserve et la distinction de Polly qui l'attire en premier lieu chez elle ce qui donnera plus tard une scène de séduction absolument délicieuse. Emmenant Polly dans la chambre délabrée de son ancienne demeure, Peter lui avoue intimidé qu'il n'ose l'embrasser de la manière rustre dont il se serait pris avec une autre et lui chuchote un seduce me qui conclue la scène par un langoureux baiser. 

Peu à peu va néanmoins se manifester le fossé qui sépare Polly de Peter mais aussi de ce milieu où elle se plaît tant. Cette train de vie modeste et austère elle le savoure sans le savoir à la manière d'un anthropologue car elle a connu le luxe tandis que Peter qui n'a vécu que dans ce qu'il considère comme une fange ne rêve que d'ailleurs (mais de manière tout aussi superficielle comme le montre la conclusion).

Les aspects les plus glauques s'exposent alors comme pour montrer l'envers du décor avec son lot de violence conjugale, une sordide séquence d'avortement ou encore la mort qui surgit de manière inopinée et cruelle... La conclusion laisse un certain goût amer et ambigu où on ressent comme un impossible rapprochement des différentes couches sociales, autant à cause de la bienveillance hautaine des nantis que des idées arrêtées des plus démunis. Un petit bijou qui gagne à être découvert en tout cas. Un petit bijou qui gagne à être découvert en tout cas.

Sorti en dvd zone 2 anglais et doté de sous titres anglais.

Extrait
 

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