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mercredi 3 août 2011

Plus féroces que les mâles - Deadlier than the Male, Ralph Thomas (1967)


Henry Keller est un magnat du pétrole. Alors qu’il voyage à bord de son Boeing personnel, un cigare piégé l’envoie ad patres, la faute à l’hôtesse qui n’en est pas vraiment une, mais plutôt une tueuse redoutable, Irma Eckman (Elke Sommer), travaillant pour une organisation secrète. Après avoir mis en route le détonateur d’une bombe, elle saute en parachute, près des côtes où l’attend un hors-bord piloté par sa complice Penelope (Sylva Koscina).A la suite de l’explosion de l’avion, le détective privé Hugh « Bulldog » Drummond (Richard Johnson) est engagé par une compagnie d’assurances afin de déterminer ce qui a pu provoquer l’accident.

Au milieu des années 60, la plaque tournante de la culture populaire est incontestablement le Swinging London. Mode vestimentaire, musique pop initiée par les groupes de la British Invasion comme les Beatles, les Who ou les Rolling Stones, toutes les révolutions et idées ayant vu le jour au cours de cette décennie magique imprègnent encore le paysage culturel contemporain.

Au cinéma, le symbole de la domination anglaise sur le monde du divertissement est sans conteste la série des James Bond. Alors que le cinéma américain s’enfonce dans des superproductions boursouflées et que le Nouvel Hollywood des Coppola et Lucas n’a pas encore éclos, l’agent secret de sa majesté représente à lui seul le cinéma d’entertainment, divertissant et dépaysant. La série vit son âge d’or avec les mythiques premiers épisodes de Sean Connery et en cette année 1967 sort l’un de ses plus flamboyants volets, On ne vit que deux fois.

Un tel succès ne pouvait que susciter des clones moins inspirés. Aux USA, la réplique viendra de la série des Flint avec James Coburn et des Matt Helm joué par Dean Martin. On ne compte plus les copies venues d’Europe comme les Coplan ou l’ovni Opération frère cadet (avec Neil Connery, propre frère de Sean !) et même la télévision paiera son tribut à Bond avec la série Des agents très spéciaux. Si certaines de ses œuvres peuvent s’avérer vaguement amusante, dans l’ensemble, elles ne sont que des décalques sans idées des James Bond. Parmi la rangée de suiveurs, Plus féroces que les mâles se détache pourtant incontestablement.

Le film adapte les aventures de Bulldog Drummond, personnage de roman créé par H. C. Mc Neil dans les années 20. Très populaires à l'époque, les pérégrinations du héros furent même poursuivies de longues années après la mort de l'écrivain par d'autres auteurs. Des adaptations virent le jour dès le temps du muet et le héros fut incarné par quatre acteurs (Jack Buchanan, Ronald Colman, John Howard, Walter Pidgeon ) avant le film de Ralph Thomas. Le succès énorme des James Bond initie donc le grand retour de Bulldog Drummond sur les écrans. En dépit d’un relifting destiné à le rendre conforme à l'époque, le personnage n’est pas dénaturé. Richard Johnson évoque physiquement Sean Connery, sans le côté menaçant, le charisme et la présence animale de ce dernier, mais fait preuve d'une classe et d'une élégance folles tout en étant très convaincant dans les scènes d'action (dont un combat durant lequel il corrige deux adversaires dans un parking). Il incarne donc un Bulldog Drummond parfait, distinguant bien ce qui le détache d’un Bond, les talents d’enquêteurs et la place plus importante accordée à la réflexion.

Bien que s'inscrivant dans la vague de tous les films d'espionnage mi-sérieux, mi-légers sortis dans le sillage des James Bond cités plus haut, Plus féroce que les mâles ne tombe jamais dans la parodie absurde à la Flint. L'intrigue se suit avec intérêt de bout en bout, tout en maintenant le côté pop et délirant bien prononcé de l'ensemble. Scénariste de quelques-uns des plus fameux films de la Hammer, Jimmy Sangster offre un récit parfaitement équilibré entre tension et dérision tandis que derrière la caméra, le vétéran du cinéma britannique Ralph Thomas assure le spectacle avec efficacité.

Un des grands atouts du film est évidemment son redoutable duo de tueuses, aguicheur et menaçant, que les amateurs de série B italiennes connaissent bien. La blonde et allemande Elke Sommer qu'on a pu voir entre autres chez Bava (Baron Vampire, Lisa et le Diable) est la redoutable Irma, tueuse froide et méthodique. La brune Sylva Koscina (femme d'Hercule dans les deux premiers volets de Pietro Francisi Les Travaux d'Hercule et Hercule et la Reine de Lydie) est quant à elle Pénélope, séductrice, kleptomane et adepte de la torture raffinée.

Diablement sexy et complémentaires, elles illuminent l'écran à chaque apparition. La plus mémorable reste une des premières séquences : une cible est brutalement abattue à coup de harpon et ce, avec le sourire. Le grand méchant à la Blofed est quant à lui remarquablement incarné par Nigel Green dans un rôle voisin (mais en plus fou et excessif évidemment) de celui qu'il jouait dans Ipcress, danger Immédiat, grand classique de l’espionnage des années 60 avec Michael Caine.

Trépidant et élégant (le générique est chanté par les Walker Brothers), le film s’offre quelques réjouissants moments d'excès. Les pièges meurtriers des deux tueuses débordent d'inventions (comme le fameux cigare tueur) et la découverte du harem multi ethnique du méchant dans un manoir gothique offre un décalage étonnant, entre l’épouvante de la Hammer et le conte des Mille et une nuits. Le tout culmine lors d’une incroyable scène de partie d'échecs grandeur nature avec un décor fabuleux, digne des constructions les plus folles de Ken Adam sur les Bond.

Le film connaîtra un grand succès amplement mérité, une suite étant même produite deux ans plus tard avec la même équipe (sans les deux tueuses et le personnage du neveu) intitulée Some Girls Do. Moins réussie car cédant à tous les clichés « Bondien » (Drummond s’y transformant en séducteur macho) que le premier film avait sut habilement esquiver, elle signa le glas du personnage au cinéma, pour un temps du moins. Néanmoins, Plus féroce que les mâles demeurent un des avatars les plus réussis des James Bond, témoin d’une période plus légère et insouciante et ne mérite en aucun cas l’oubli relatif dans lequel il est tombé.

Sorti uniquement en dvd zone 2 anglais dans un coffret contenant le film et sa suite dont on reparle très vite sur le blog...


3 commentaires:

  1. Ah, je ne l'ai pas vu, celui-là ! Mais votre présentation donne envie. Quoique... J'ai quand même de très mauvais souvenirs de Ralph Thomas. Même en les regardanr aux énièmes degrés. On y trouve toujours des phrases qui osent, genre "Vous boirez bien un drink?". ça me fait rire beaucoup mais... pas plus de 10 minutes quand même !
    Moi, j'aime beaucoup le 1er "Flint" de Gordon Douglas. Il est très drôle, très macho, très anti-Russes et le final est réjouissant. Faut voir ça en ayant à l'esprit le contexte culturel, social, politique et mondial des mid-sixties. Et ça en dit long, en fait.
    Le Flint n°2 par contre était épouvantablement dénué d'humour. Mais il n'était pas Gordon Douglas.
    L.F.

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  2. Oui c'est vrai que le 1er Flint est bien sympathique (et James Coburn excellent) mais dans le genre même si le film n'est pas sans défauts je préfère la parodie de Bond "Casino Royale" complètement fou. Il y a aussi le méconnu et trépidant "Fathom" avec Raquel Welch en apprenti espionne qui est très bon aussi j'en parlai là

    http://chroniqueducinephilestakhanoviste.blogspot.fr/2010/06/fathom-leslie-h-martinson-1967.html

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  3. Aaaahh ! "La Super girl nommée Fathom" ! Elle est... Je me tords de rire ! C'est quand même in-regardable mais c'est trop trop drôle! Le Cinéma Bis, faut voir ça en "soirées spéciales films déjantés" avec des potes cinéphiles avertis ! "Casino Royale" aussi, c'est inénarrable ! Ou les giallo italiens par exemple. Là non plus, je ne vois pas qui peut regarder ça à part des dingues dans notre genre! Faut des codes, quand même..!! Mais j'adore !
    Lisa Fremont

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