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lundi 13 octobre 2014

Les enfants nous regardent - I bambini ci guardano, Vittorio De Sica (1944)


Un enfant est victime d'une profonde discorde conjugale entre ses parents. La mère, revenue au foyer pour soigner son enfant malade, est un moment pardonnée. Mais, au cours d'un séjour familial dans une station balnéaire, elle revoit son amant qui n'avait jamais cessé de la solliciter.

La sensibilité et les préoccupations sociales de Vittorio De Sica ne se révélèrent au monde qu’avec l’avènement du néo réalisme et des chefs d’œuvre d’après-guerre que furent Sciuscià (1946) ou Le Voleur de bicyclette (1948). Tout cela s’exprime pourtant déjà dans Les enfants nous regardent et de façons plus risquée encore puisque s’inscrivant en plein fascisme et ère dite des « téléphones blanc » célébrant la famille et une imagerie glorieuse de l’Italie. Très populaire en tant qu’acteur tout au long des années 30, De Sica s’intéresse à la mise en scène dès la fin de la décennie et signera alors trois films restant dans la veine des téléphones blanc avec les comédies Rose écarlates (1940),  Madeleine, zéro de conduite (1940), Mademoiselle Vendredi (1941)  et le film en costume Un garibaldien au couvent (1942). Les enfants nous regardent constitue la première collaboration avec son emblématique scénariste Cesare Zavattini et annoncent en tout point les grandes œuvres à venir, sans jamais avoir à rougir face à elles.

Vittorio De Sica se place à hauteur d’enfant pour inverser tous les symboles et l’idéologie du fascisme. Le garçonnet Pricò va ainsi assister au lent délitement de la cellule familiale. Sa mère Nina (Isa Pola) va ainsi quitter le foyer familial pour fuir avec son amant (Adriano Rimoldi), laissant son père Andrea (Emilio Cigoli) désespéré. Même si celle-ci finira par revenir par amour pour son fils, le mal est fait et la famille ne s’en remettra jamais vraiment. Le regard de l’enfant servira constamment de révélateur pour montrer l’envers de cartes postales, de tableaux de bonheur idéalisé de la doctrine fasciste. Alors que sa mère l’emmène jouer dans un jardin public, Pricò va ainsi surprendre l’entrevue secrète entre sa mère et son amant. Plus tard ce dernier rejeté s’introduira dans le foyer familial en l’absence du mari pour regagner les faveurs de Nina et la poursuivra de ses assiduités jusque sur leur lieu de vacances. 

Le regard impuissant de l’enfant sert de révélateur à l’hypocrisie morale ambiante (y compris de façon plus légère avec la jeune fille retrouvant son fiancé durant l’épisode chez la grand-mère, la tante maîtresse d’un riche homme d’affaire ou les couturières chuchotant les aventures sexuelles) où il voit son quotidien se briser et les failles de ses parents se révéler. C’est bien cette mère aimante mais de plus en plus indigne car cédant à ses désirs au détriment de son fils qu’elle délaisse pour les bras de son amant. 

La facette morale et religieuse qu’on aurait pu suspecter est contrebalancée par la faiblesse de caractère du père. Le modèle familial classique figé qu’impose l’imagerie fasciste le laisse démuni lorsqu’il se trouve seul face à son fils. Il ne cesse de le balader de parent en parent, attendant le retour de son épouse adultère sans jamais envisager qu’il pourrait être capable de l’élever seul. Quant Nina s’en ira pour de bon, il préférera une solution lâche et radicale après avoir confié Pricò à l’institution religieuse.

Le visage poupin et angélique du jeune Luciano de Ambrosis (De Sica aura toujours su magnifiquement diriger les enfants acteurs), son regard perdu et désespéré bouleverse de plus en plus quand se dessine cette terrible impasse. De Sica traduit magnifiquement ce sentiment d’impuissance dans la longue séquence où Pricò surprend sa mère et l’amant sur la plage et s’enfuit pour rejoindre son père (que l’on sait incapable de le consoler) et se perd dans la nuit noire, seul face à sa solitude. 

Lorsque les policiers le ramèneront à sa mère, celle-ci aura une attitude résignée comme pour figurer le poids que constitue cet enfant pour son épanouissement. Les efforts de réconciliations et de retour à la normal qui auront précédés paraissent terriblement vains et forcés (les époux ne paraissant plus partager qu’une vague affection) et jette un voile mélancolique sur les quelques scènes réunissant la famille comme lorsqu’ils se prennent en photo sur la plage. 

Hormis l’attachant personnage de la servante Agnese (Giovanna Cigoli), le monde extérieur ne semble d’aucun secours. Il ne constituera que des regards curieux et accusateur en quête de sujet de médisance, que ce soit cette voisine venant demander du sel pour vérifier l’absence de la mère et répandre la nouvelle ou encore les pensionnaires de la villégiature de vacance. Le pensionnat religieux qui recueille l’enfant figurera autant un refuge qu’une prison dans la façon dont l’illustre De Sica. 

La bienveillance des prêtres semble trop impersonnelle à l’image de l’uniforme qui ne distingue plus l’enfant parmi les autres et l’architecture des lieux apparait comme oppressante (la scène ou le père abandonne Pricò à l’institut). L’attention chaleureuse d’un parent et le cadre bienveillant d’un foyer ne semblent plus qu’un lointain souvenir pour l’enfant comme le montrera une déchirante scène finale. Une œuvre bouleversante et dérangeante pour le régime en place, le film tourné en 1942 ne sortant qu'en 1944 alors que Mussolini est tombé.

 Sorti en dvd zone 2 français chez Tamasa

Extrait

1 commentaire:

  1. Très bonne analyse ! On nous parle d' égoïsme, de fachisme, de faiblesse ..vécu sous le regard d'un gamin de 7 ans qui en paie le prix. J' ai eu 7 ans moi aussi et une mère avant-gardiste pour l' époque sui s' est très peu souciée de ma souuffrance à venir ! 50 ans plus tard rien a changé ou plutôt progressé dans l' inconstance des adultes qui veulent leur petits bonheurs égoïstes avant tout. L' enfant est devenu un jouet, un cadeau qu' on se fait parce qu' on y a droit ! Prêts à lui sacrifier ses racines originelles. L' élever sans père ou sans mère, l' amour qu' on lui portera forcément le comblera ! Nous vivons actuellement une autre idéologie fachiste sous le fumeux prétexte d' égalité.

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