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samedi 27 décembre 2014

Le Désert des Tartares - Il deserto dei Tartari, Valerio Zurlini (1976)

Le jeune lieutenant Drogo est affecté à la défense d’une forteresse isolée d’une contrée désertique montagneuse. La garnison est chargée de parer à l’éventuelle attaque des terribles Tartares. C’est le temps qui va se révéler être le pire ennemi des hommes du fort, minant leur vie dans une attente interminable sans que les fabuleux Tartares se manifestent jamais...

Au sortir du succès de Le Professeur (1972) qui l’a remis en selle, Valerio Zurlini se voit proposer par Jacques Perrin (acteur emblématique de ses premiers succès comme La Fille à la valise (1961) et Journal Intime (1962)) l’adaptation du plus fameux roman de Dino Buzzati, Le Désert des Tartares paru en 1940. Convaincu par le scénario d’André-Georges Brunelin, Zurlini se lance donc dans la grande aventure de ce qui sera son plus ambitieux et dernier, grande production internationale au casting hétéroclite et prestigieux.

Peintre d’un romanesque où il se plu à illustrer les joies et douleurs d’un premier amour dans ses œuvres les plus fameuses, Zurlini avait amené cette veine romantique vers une tonalité plus résignée avec Le Professeur. Un état d’esprit qui se prête bien à l’atmosphère désenchantée du Désert des Tartares, avec un récit en contrepoint de toutes les promesses de son postulat. Dépaysant et fantomatique, film d’aventures sans action et statique, film de guerre sans combat, Le Désert des Tartares est un grand film sur l’ennui dont les émotions ne vibrent qu’au rythme atrophié des attentes déçues de ses personnages. 

Le jeune lieutenant Drogo (Jacques Perrin) est affecté à la défense d’une forteresse isolée de l’Empire (le lieu, la période et l’empire régnant resteront flous durant tout le film) menacée par les Tartares dans une région montagneuse et désertique. Rêvant d’exploits et d’aventures, Drogo va rapidement déchanter, sentiment annoncé d’emblée par le regard admiratif que lui lance tous les officiers rencontrés et amusés par son enthousiasme. Dès la première séquence en plein désert, la photo de Luciano Tovoli fait dans l’anti Lawrence d’Arabie (1962), faisant de ces terres ensablées un mausolée exprimant plus la désolation que l’appel de l’aventure. 

Les officiers sont des momies à l’attitude résignée tel Filimore (Vittorio Gassman), commandant de la forteresse à la présence quasi spectrale tant il semble extérieur aux évènements de ces lieux dont il a la responsabilité. Tous semblent en fait usés et finalement éteint par l’attente d’un ennemi qui ne se sera jamais manifesté, ces Tartares invisibles. Le souvenir de leur possible présence est entouré d’une aura quasi mythologique qui aura presque fait perdre la raison à certains comme Ortiz (Max Von Sydow) finissant par progressivement croire qu’il a rêvé les apercevoir.

Le récit dépeint ainsi de quelle façon peu à peu cette torpeur finit par gagner un Drogo à son tour rongé par le dépit et l’ennui. L’expérience du combat rode le soldat à l’imprévu, le met sur le qui-vive et affute ses capacités. Ces sentiments d’urgences, de danger et d’adrénaline sont inconnus pour nos personnages qui face à une situation inattendue appliqueront machinalement le règlement quitte à abattre l’un des leurs qui aura daigné prendre un risque.

Les rares moments d’exaltation s’avéreront terriblement vain, une partie de chasse faisant office d’exercice et l’ascension d’un mont enneigé faisant figure de suicide masqué pour le fragile Amerling (Laurent Terzieff). L’entité de l’armée semble être un prolongement de cet immobilisme au-delà même des murs de la forteresse, condamnant ses hôtes à l’attente éternelle sans espoir d’échappatoire. Seul les plus éteint auront droit au départ, l’extérieur n’ayant plus aucun attrait après avoir gâché leurs meilleures années dans cette geôle à ciel ouvert. 

Pour les autres, l’attente sera devenue une addiction, un espoir fou que l’on guette autant que l’on redoute. La folie latente se manifeste ainsi par la vision incertaine de cet ennemi à l’horizon réelle ou rêvée. Jacques Perrin offre une prestation incroyablement habitée, vieillissant et se désagrégeant sous nos yeux par la seule force du désespoir. Et lorsque cette longue attente sera enfin comblée, le feu sera éteint depuis trop longtemps. Drogo se raccroche vainement à ce défi qu’il n’est plus en mesure de relever, Zurlini réveillant subtilement des sentiments vils entre les soldats qui auront su partager leur dépit mais pas la possible gloire qui se profile (Simeon (Helmut Griem) jubilant presque d’évincer un Drogo amoindri).

Le plus important aura donc été d’accepter ce vide sans fin, le film exprimant avec une puissance rare la quête existentielle du livre. Zurlini aura su rendre cela par la seule image, par la grâce de sa mise en scène, par la force évocatrice de son décor (la cité antique de Bam en Iran malheureusement détruite par un tremblement de terre en 2003, le film étant un ultime témoignage de sa splendeur) et la musique envoutante d’Ennio Morricone. Dans une ultime séquence magnifique, les ennemis tartares apparaissent enfin au loin telles des ombres irréelles et ne sont qu’un bruit de cavalcades incertain pour un Drogo qui n’apercevra jamais cet adversaire qu’il a tant attendu et espéré. 

Sorti en dvd zone 2 français et bluray chez Pathé

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