Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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lundi 1 décembre 2014

Les Désaxés - The Misfits, John Huston (1961)


A Reno, Roslyn s'apprête à divorcer. Fasciné par la beauté de la jeune femme, un cow-boy entre deux âges lui demande de partager son existence. Elle se lie également d'amitié avec un riche éleveur et un garagiste veuf. Ils paraissent comblés mais subissent en fait une misère affective et intellectuelle.

Film crépusculaire par sa thématique, Les Désaxés endosse cette dimension de façon plus puissante encore à postériori de par le destin tragique de ses interprètes et son statut symbole de la fin de l’âge d’or Hollywoodien. Le film est l’adaptation d’un roman d’Arthur Miller par lui-même et constitue un cadeau à son épouse Marilyn Monroe, un écrin à son talent avec un personnage largement inspiré de sa vie. C’est aussi une tentative de faire se ressaisir une Marilyn à la dérive depuis quelques années entre addictions aux médicaments, mal de vivre et un mariage qui se délite. Plutôt qu’une thérapie, Les Désaxés constituera surtout  un testament pour la star qui tourne là son dernier film (terminé puisque le Something got to give de George Cukor restera inachevé) tout en trouvant un de ses rôles les plus touchant.

Roslyn (Marilyn Monroe) est une jeune femme se trouvant à Reno pour divorcer. Mélancolique, déçue par les hommes et ne sachant que faire de sa vie, elle va faire la rencontre du cow boy vieillissant Gay (Clark Gable) et de son ami Guido (Eli Wallach). Elle va les suivre pour un temps et découvrir les plaisirs d’un Nevada sauvage oublié, tout en cédant au charme viril de Gay. Ce paradis perdu va pourtant montrer progressivement son envers plus torturé, tandis que ce révèle les fêlures des protagonistes. Marilyn Monroe arrive comme déjà dit sur le tournage dans un état physique et psychologique désastreux et qui sur confirmera durant la production difficile entre ses nombreux retards, les absences et les interruptions de tournage comme lorsqu’en aout 1960 elle doit être admise en cure de désintoxication pour deux semaines. 

Ce rythme épuisera un Clark Gable vieillissant et en perte de vitesse qui depuis quelques années accepte enfin son âge dans le choix de ses rôles. Les nombreuses prises dues aux atermoiements d’une Marilyn ne sachant pas et/ou remaniant son texte, le choix courageux de réaliser lui-même ses cascades, tout cela conduira à le faire vaciller et il mourra deux semaines après la fin du tournage. Montgomery Clift apporte également ses démons sur le plateau, sa dépression et son alcoolisme s’ajoutant à un visage abimé par un terrible accident de voiture en 1956 après lequel il ne sera plus jamais le même à l’écran. Jamais aussi à l’aise que dans ce type de chaos, John Huston dirige l’ensemble avec le sens de l’anarchie qu’on lui connaît, arrivant fin saoul certain matin de tournage et accumulant les dettes de jeu que la production doit couvrir.

L’usine à rêve se montre sous un jour fort déplaisant derrière les paillettes et offre un pendant réel à la dérive de l’autre terre de légende dépeinte dans l’intrigue, l’Ouest. La vie au grand air, l’abandon de soi et l’amour passionné semble ainsi faire renaître une Roslyn rayonnante auprès d’un Gay attentionné. Les personnages doivent pourtant se reconstruire d’une manière plus profonde car l’existence qu’ils poursuivent est une illusion. 

Ils s’y raccrochent tous pour des raisons que l’on découvrira progressivement : Perce (Montgomery Clift) est un éleveur dépossédé de son domaine errant de ville en ville, Guido ne s’est jamais remis de la mort de sa femme ainsi que de son expérience de la guerre et Gay sous la désinvolture souffre de ne plus voir ses enfants. Dès lors chacun s’agrippe à son mirage avec la force du désespoir, quitte à se perdre. 

Le visage défait de Montgomery Clift et son allure frêle viennent ainsi se frotter aux rigueurs du rodéo où chaque choc est une façon de mieux oublier les douleurs présentes. Guido n’aura de cesse d’observer Roslyn d’un désir brûlant et angoissé, sans oser franchir le pas si ce n’est de façon révoltante dans la dernière partie. Enfin Gay poursuit le geste valeureux des pionniers en partant à la chasse de chevaux mustang dans le désert du Nevada. 

Mais quand cette chasse (qui n'a plus rien de valeureux dans son procédé) se justifiait par les services que rendaient les bêtes et le plaisir de les chevaucher, l’issue ne servira qu’à en faire de na la nourriture en boite pour chien. A quoi bon si les derniers vestiges d’un temps révolus ne reposent plus sur rien ? Le western crépusculaire et post-moderne naît en partie ici et trouvera son essor avec le tout aussi nostalgique et réussi Seul sont les indomptés (1962) de David Miller.

Marilyn Monroe, fragile comme une feuille d’arbre et d’une sensibilité à fleur de peau semble prête à s’effondrer au moindre désagrément. Ayant toujours su exprimer cette vulnérabilité même dans ces rôles les plus comique, elle fascine et émeut comme jamais ici en se mettant à nu (au propre comme au figuré, sa beauté n’ayant jamais été plus palpable et naturelle) avec un naturel confondant. Les fêlures se devinent douloureusement sous l’attrait, tout comme l’usure sous la présence virile de Gable et le mal-être dans le visage refaçonné et le regard perdu de Montgomery Clift. Les icônes sont à bout de force, le Hollywood de l’âge d’or touche à sa fin et ils sont enfin libres de prolonger cette faiblesse à l’écran dans une approche nouvelle. 

L’Ouest est un cimetière, un mirage dont les héros doivent s’échapper s’ils veulent renaître et après l’ouverture idéalisée, Huston capture cet espace d’une façon funèbre à travers le somptueux noir et blanc de Russel Metty. S’il laisse une chance de renouveau à ses personnages dans un magnifique final, la vie n’en laissera guère à ses acteurs qui disparaitront tous dans des circonstances tragiques (hormis Eli Wallach mort récemment à l’âge vénérable de 98 et dont le meilleur était devant lui contrairement à ses partenaires).


Sorti en dvd zone 2 et en bluray chez MGM

4 commentaires:

  1. Elle est très bonne votre approche du film. Vous ne dites pas un mot sur les mustangs : sauvages et libres pour lesquels seuls Marylin et Montgomery éprouvent de l'empathie (le mot est faible : ils s'identifient à cette liberté que le société des hommes veut entraver. J'ai vu Ellie Walach, très vieuxi, dans une cabane au bord de la mer (THE GHOST WRITER) : je ne saurais dire qu'il est meilleur — la séquence est trop brève — mais quand le cinéma nous montre comme c'était le cas ici, l'oeuvre du temps sur la chair, nous frémissons quelques secondes (Ainsi va toute chais/The way of all flesh).
    Bette Davis, sur la fin de ses jours ne m'a pas émue.
    De belle garce spirituelle (L INSOUMISE, ALL ABOUT EVE°, elle était devenue une méchante sorcière
    que (BABY jANE, L ANNIVERSAIRE). Mais là je suis, comme d'habitude, HORS SUJET.
    Pendant mes études et dans mes dissertations de littérature on me reprochait souvent de "faire
    des promenades" : personnellement, je trouve la lumière diagonale projetée par les analogies très éclairante. Dans la vie, cette tendance m'a conduite à perdre …beaucoup de temps.
    Vous, Justin, cernez bien le sujet du film !

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  2. Pas totalement d'accord avec vous sur les mustangs. Ce n'est pas le fait qu'ils soient capturés qui révolte le personnage de Marilyn, mais la vacuité du motif de cette capture. Elle accepte de participer à la capture en pensant que cela s'inscrit dans une tradition de l'aventure et d'appropriation de cet Ouest en domptant ses chevaux et va découvrir que le but est juste de se faire quelques dollars en les vendant à des fabricants de terrines de viande.

    C'est plus par la souillure bête et intéressée de cet Ouest qu'elle a appris à aimer que va se situer la révolte de Marilyn et de Montgomery Clift (qu'on aura vu très attaché à la tradition dans ses participations au rodéo). C'est plus complexe que la seule capture des bêtes mais son but et le sort qui leur est réservé preuve que l'Amérique de la conquête de l'Ouest n'est plus et à basculer dans une ère moderne capitaliste. D'ailleurs Gable retrouve une aura héroïque dès que la notion de défi est remise en avant quand il met sul au pas un mustang avant de le libérer. C'est cet esprit qui semble se perdre dans le message qu'exprime le film.

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  3. "va découvrir que le but est juste de se faire quelques dollars en les vendant à des fabricants de terrines de viande" : MAIS ça, c'est REVOLTANT!

    En revanche le rodéo rappelle que le cheval est "la plus belle conquête de l'homme".
    Le rodéo glorifie L HOMME autant que NOBLE ANIMAL

    J'ai vu ce film trois ou quatre fois dans ma vie, mais comme souvent, les Huston sont inépuisables (QUAND LA VILLE DORT et LA NUIT DE L IGUANE restent éternellement neufs. Le dernier rend hommage à votre idole : sans doute en parlez-vous quelque part, du côté de chez Swann. Jaffé est tout aussi irremplaçable ici que dans L IMPERATRICE ROUGE, et STERLING HAYDEN a ici un rôle en or, émouvant comme la fin de MOUCHETTE) Bref la galerie de portraits d'hommes peints par Huston est splendide quel que soit le film et MISFITS le confirme.

    Je n'ai pas songé, faute de bien connaître le cinéma, qu’il y avait là une séquelle de LA CONQUÊTE DE L'OUEST.

    Il y a encore de vastes étendues des USA inexplorées, ou vides de population et peut-être encore des mustangs. Non ? La conquête de l’Ouest est-elle achevée ? On ne peut tout conquérir à la fois, la planète, l’espace et l’ouest … Si je déconne, SVP, ne publiez pas !



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  4. En fait la vie sauvage idéale présentée par le film s'avère un pantomime, un rappel d'un passé glorieux d'aventures où il s'agissait de dompter et s'approprier ces le territoire. On a cette illusion avec l'épanouissement du personnage de Marilyn mais la conclusion montre bien que l'époque a changée. Et ça rejoint aussi l'idée de l'âge d'or d'Hollywood finissant avec le glamour fané des trois stars.

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