Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com et suivre le blog sur twitter à http://twitter.com/#!/JustinKwedi

Pages

dimanche 26 février 2017

Un nommé Joe - A guy named Joe, Victor Fleming (1943)

Dans une unité de bombardement en Angleterre, un pilote américain (Spencer Tracy) se signale par son audace, ses imprudences, son indiscipline. Mais c'est un as, qui réussit tout ce qu'il entreprend. Il voue une tendre passion à une convoyeuse de l'aviation américaine, avec toute la désinvolture du héros machiste. Mais la tendre aviatrice (Irene Dunne) en profite pour lui chantonner toute la tendresse de son amour. Ses chefs, pour l'assagir, veulent l'envoyer aux États-Unis, faire l'instructeur pour de jeunes pilotes. Sa bien-aimée insiste aussi. Il accepte. Mais il reste une dernière mission à accomplir, pour ce bouillant pilote de B-25 : attaquer dans l'Atlantique un porte-avions allemand. L'héroïque Joe attaque à lui tout seul le porte-avions, le coule, mais est tué par des chasseurs allemands.

A Guy Named Joe s'inscrit dans les productions Hollywoodienne destinées à contribuer à l'effort de guerre attendue par l'Office of War Information. Dans le lot on distingue les films guerre plus ouvertement spectaculaires, patriotiques et belliqueux d'où pouvaient néanmoins émerger de grands films (Aventures en Birmanie (1945) de Raoul Walsh) et destiné à réconforté les familles resté au pays (Madame Miniver (1942) de William Wyler ou le beau homefront Depuis ton départ (1944) de John Cromwell). A Guy Named Joe joue sur les deux tableaux, visuellement impressionnant et célébrant l'héroïsme des pilotes tout en nous offrant une poignante histoire d'amour. Cet équilibre est dû à la présence de Dalton Trumbo au scénario, l'auteur du roman pacifiste Johnny s'en va-t’en guerre (paru en 1939) et militant communiste actif étant une surprise sur un tel projet.

Le film oscille ainsi entre la célébration du héros macho chers à Victor Fleming et son interprète Spencer Tracy incarnant ici l'intrépide Pete Sandidge. La désinvolture et l'individualisme de Sandidge s'expriment autant aux commandes de son B-25 qu'aux bras de la volcanique Dorinda (Irene Dunne), pilote également. Le charisme tranquille du personnage se dévoile ainsi par le jeu de Spencer Tracy et son panache en situation, avec une introduction spectaculaire le voyant atterrir parfaitement après son escadrille dans une carlingue en lambeaux. Il en va de même dans la relation tendre et orageuse qu'il entretient avec Dorinda où les mots doux et caresse alternent constamment avec les coups de griffes. On sent alors la plume de Trumbo montrer l'envers de ces airs débonnaires chez Pete qui alimente un certain égocentrisme et machisme (il ne supporte pas notamment de voir Dorinda piloter). Alors que l'armure semble possiblement se fendre, Pete meurt en mission dans un acte justement marqué entre ce narcissisme et héroïsme qui le caractérise (il renonce à un sauvetage possible pour se sacrifier et détruire un porte-avion allemand). Le paradis des pilotes lui ouvre ses portes tandis que Dorinda reste inconsolable.

Le film évite le patriotisme trop marqué pour plutôt mettre en valeur la fraternité de cette communauté de pilote. Cela se jouera d'abord avec la roublardise des vieux briscards que son Pete et son ami Al (Ward Bond), cette fraternité "céleste" des pilotes aidant leurs successeurs par un retour aux sources auprès des bleus en apprentissage. C'est une belle idée qui donne du coup une vision très originale du paradis (et qui aurait plus l'être encore plus, Trumbo envisageant un au-delà où se côtoierai pilotes américain, russes et chinois mais la production imposera d'américaniser tout cela) où les disparus guident les pas des nouveaux héros en devenir. Pete sert ainsi d'ange gardien à Ted (Van Johnson) jeune pilote qui va aussi lui succéder dans le cœur de Dorinda. On retrouve le même équilibre entre morceaux de bravoures et intimisme, à la différence que Ted par sa douceur et vulnérabilité est tout ce que Pete n'était pas. Les scènes aériennes entre stock shots fournis par la US Air Force et un usage virtuose de maquettes dans les studios MGM sont vraiment très impressionnantes mais malgré tout l'apprentissage n'est pas là où on le pense.

L'amour de Pete s'exprime finalement dans ce machisme, ce nature possessive dont il ne peut se détacher même en tant qu'ange gardien et empêche Dorinda de se libérer. Ce qu'il n'avait pu réaliser vivant, il devra le résoudre en tant que fantôme dans une belle évolution que Spencer Tracy exprime avec sensibilité et nuances. Preuve de cette mue le magnifique final où l'acte le plus héroïque sera particulièrement inattendu. Victor Fleming aussi à l'aise dans la féérie (Le Magicien d'Oz évidemment) que l'action plus terre à terre évite ainsi l'imagerie céleste trop surannée souvent présente dans le cinéma hollywoodien. Le paradis des pilotes reste ainsi d’une belle sobriété tandis que les fondus enchaînés, les transitions fluides et des effets visuels sobres font le lien brillamment entre l'au-delà et le monde réel.

En coulisse le tournage fut assez houleux, Victor Fleming et Spencer Tracy menant la vie dure à Irene Dunne. Spencer Tracy avait suggéré sa maîtresse Katharine Hepburn mais la MGM optera pour Irene Dunne ce qui nécessitera donc quelques tension. En cours de tournage Van Johnson sera victime d'un grave accident de moto et alors que le studio envisage le remplacer, Spencer Tracy et Victor Fleming menacent de quitter le projet si l'on ne l'attend pas le temps de ses quatre mois de convalescence (les plus observateurs distingueront les scènes tournées avant et après l'accident avec la cicatrice visible sur le front de Van Johnson).

En échange la MGM exige donc un comportement plus courtois envers Irene Dunne et l'interruption servira à retourner les premières scènes glaciales entre Tracy et Dunne qui témoignaient de cette hostilité commune. Une belle réussite et un sommet de romantisme qui remportera un grand succès à sa sortie. Un certain Steven Spielberg le découvrira enfant et en donnera plus tard un remake avec ce qui reste malheureusement un de ses films les plus faibles, Always (1989).

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire