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mardi 10 octobre 2017

Guerre des gangs à Okinawa - Bakuto gaijin butai, Kinji Fukasaku (1971)


Gunji Sadao, oyabun du clan Hamamura sort de prison après 10 ans de détention causé par ses rivaux du clan Daito qui dirigent désormais la ville de Yokohama. Avec Ozaki, son ancien bras droit, et Samejima, les seuls rescapés de son clan, Gunji décide de quitter la ville et de refonder son clan sur l'île d'Okinawa mais pour cela il va devoir affronter les gangs déjà en place.

Guerre des gangs à Okinawa est le premier grand succès de Kinji Fukasaku dans ce qui s’affirmera comme son genre de prédilection, le film de yakuza. Plus précisément, le film fait la transition du yakuza eiga (film de yakuza) et le sous-genre du ninkyo yakuza. La différence se fait entre l’imagerie chevaleresque des yakuzas dans leurs premières incarnations cinématographiques vers celles plus réaliste et démystificatrice qu’amèneront les classiques tels qu’Okita le pourfendeur (1972) et la saga Combat sans codes d’honneur de Kinji Fukasaku. Le Vagabond de Tokyo de Seijun Suzuki (1966) fut un précurseur même si sa stylisation bariolée le place à part face au réalisme brut qu’amène Guerre des gangs à Okinawa.

 Le film se situe à un juste équilibre entre cette dimension chevaleresque et cette amoralité à venir, le sujet étant même au cœur du récit. Le début montre ainsi les rescapés du clan Hamamura démantelé suite aux manigances du clan Daito. Ce dernier incarne un gangstérisme moderne avec des activités de façades légales les plaçant dans un capitalisme dominant. Le pouvoir sur les clans ennemis ne se prend plus par la force mais sous forme d’OPA sauvage où la manipulation et la corruption de la police sont les principales armes. Dépassés, les derniers membres du clan Hamamura mené Gunji (Kōji Tsuruta) qui sort de dix ans de prison décident donc de s’exiler de leur fief de Yokohama vers l’île d’Okinawa. Encore sous occupation américaine, ces terres constituent le dernier bastion d’un gangstérisme « old school » et symbolisent un El Dorado à conquérir via les bonnes vieilles méthodes. 

 Fukasaku n’a ainsi que faire des espaces ensoleillés et de la mer d’Okinawa pour s’attarder dans les quartiers mal famés, les rues de plaisirs et les clubs enfumés où les nouveaux venus prennent leurs marques. Intimidations, démonstrations de forces et brutalités diverses illustrent ainsi l’ascension du clan Hamamura sur l’île. Le réalisateur s’appuie particulièrement sur le charisme stoïque de ses interprète et ce jusqu’au cliché (Gunji ne quitte pas ses lunettes noires, y compris pour faire l’amour) mais crée des figures fascinantes. Les anciens ennemis peuvent s’associer tel Gunji et Requin (incarné par le vrai yakuza reconverti acteur Noboru Ando, sacrément intimidant avec sa balafre de 15 centimètres) monté l’un contre l’autre dans le passé par le clan Daito et désormais frères d’armes.

C’est même le respect amené par cette affirmation virile qui peut figer une guerre en statu quo pacifique, l’escalade de violence entre Gunji et le colosse manchot Yonabal (Tomisabaru Wakayama, l’inoubliable Itto Ogami de la saga Baby Cart) s’arrêtant net après le cran démontré par notre héros dans une situation désespérée. Ce sera même un leitmotiv dans les dialogues du film, « t’as du cran ». Les « vrais » hommes savent se reconnaître entre eux et vivre dans une relative harmonie malgré leurs activités criminelles. La vilénie des clans ennemis s’affirment ainsi dans une fourberie qui refuse le combat et emploi des méthodes déloyale à l’image d’Haderuma (Rin'ichi Yamamoto), boss local et bien sûr du clan Daito qui va s’inviter sur cette île d’Okinawa.

 Tout au long du film cette existence de conquête et de violence n’exprime aucun héroïsme mais peu à peu une dimension pathétique et mélancolique. L’introduction comique du clan Hamamura les montre réduite à des jobs sans relief ou à une vie de famille ennuyeuse hors du quotidien yakuza. La vie de yakuza est la seule qui vaille d’être vécue mais ils comprendront progressivement qu’elle constitue désormais une ère révolue - si elle a même jamais réellement existée. Les frères d’armes meurent dans l’indifférence et le regret sans que l’objet de la quête ait semblé valoir le sacrifice. Gunji lui-même fuit le souvenir de son aimée dans ce tourbillon de violence et Fukasaku laisse poindre l’introspection au milieu de la furie ambiante (où son style heurté tout en zooms agressifs, caméra à l’épaule et panoramiques fulgurants fait merveille) quand le personnage se réfugie dans les bras d’une prostituée à la ressemblance troublante. 

Dès lors le combat ne vaudra que quand il s’agira d’assouvir une vengeance plutôt que conquérir un pouvoir vain. Le final n’est rien moins qu’une relecture yakuza de celui de La Horde Sauvage (1969), le film dégageant la même tonalité crépusculaire du classique de Sam Peckinpah. La conclusion furieuse sonne ainsi le glas d’une certaine image du yakuza. Kinji Fukasaku pouvait amorcer la révolution du genre avec Combat sans code d’honneur (1972). 

Sorti en dvd zone 2 français chez Wild Side

 

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