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mercredi 25 octobre 2017

Irréprochable - Sébastien Marnier (2016)


Constance, agent immobilière au chômage à Paris, retourne dans sa ville natale pour essayer de pourvoir un emploi dans l'agence où elle a commencé sa carrière. Une jeune concurrente, Audrey, obtient le poste à sa place. Dès lors, Constance, considérant subir une injustice et mériter l'emploi, va tout faire pour le récupérer.

Premier film de Sébastien Marinier, Irréprochable est une belle réussite qui constitue une des meilleures tentatives française récentes dans le thriller. Le réalisateur y mêle avec un vrai brio influence américaine bien digérée avec une dimension psychologique oppressante s’intégrant dans un contexte typiquement français. Le scénario fait le portrait d’une sociopathe en puissance avec Constance (Marina Foïs), une femme dont toute l’énergie se déploie en vampiriser son entourage. La révélation de ses névroses se révèle toujours par un effet d’effritement du contexte, des décors et situation dont la normalité dissimule toujours ses penchants prédateurs. La scène d’ouverture l’annonce lorsqu’on la voit se réveiller prendre sa douche et se détendre dans un appartement qui s’avère investi par effraction. Constance est un agent immobilier déchue et contrainte de revenir piteusement dans sa province natale pour s’occuper de sa mère. Son objectif sera de récupérer son ancienne place, persuadée qu’elle est de son travail irréprochable et sa nature indispensable. Mais cette ambition est mise  mal par une jeune concurrente (Joséphine Japy) qui va lui prendre sa place mais aussi un ancien amour (Jérémie Elkaïm).

L’équilibre, le professionnalisme et l’aisance de Constance constituent un masque de normalité factice. Lorsque les évènements lui échappent, cette façade s’estompe pour laisser s’exprimer la prédatrice déterminée. L’anodin d’un dialogue (la conversation où Constance apprend que sa rivale est souvent en retard au boulot et va jouer de cette faille dès la séquence suivante) ou de ces grands espaces provinciaux (avec une remarquable utilisation du cinémascope) débouche toujours sur une manipulation. Sébastien Marnier admet s’inspirer notamment du It Follows (2014) de David Robert Mitchell avec une même menace latente surgissant dans un environnement neutre. Nul besoin d’argument surnaturel cependant, la nature instable, calculatrice et imprévisible de Constance fait peser un malaise constant.

Cela s’exprime par ce miroir hypocrite lors des scènes collectives (les visites d’appartement et les sorties avec Audrey), mais aussi par la frénésie de la culture (Constance étant une sportive sculptant son corps de manière acharnée) ou de l’abandon (les scènes de sexe brutales avec Benjamin Biolay) physique dans l’isolement de son appartement ou des chambres d’hôtel. Marnier ne lâche pas le point de vue de son héroïne, la figurant comme un véritable stalker toujours filmé en amorce, retrait ou contrechamps de ses proies lors de ses traques et filatures. C’est une manière de montrer son détachement du réel qu’elle observe par le prisme déformé de sa folie. Marina Foïs livre une prestation extraordinaire et porte le film sur ses épaules de bout en bout, humanisant à sa manière dérangée la mise en scène clinique de Sébastien Marnier. Une sacrée tension pas démentie par un épilogue sobre et magistral, on est curieux de voir la tournure des futurs projets du réalisateur après pareil galop d’essai.

 Sorti en dvd zone 2 français chez Orange Studio

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