Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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mardi 18 juin 2013

Mimi métallo blessé dans son honneur - Mimì metallurgico ferito nell'onore, Lina Wertmüller (1972)

Mimi, un manœuvre sicilien, refuse de se plier aux règles de la mafia. Privé de travail, il s’expatrie, laissant sa femme Rosalia en Sicile. À Turin, Mimi ne tarde pas à être à nouveau contacté par l’Organisation et, comprenant la menace, il se fait plus coopératif. Promu métallo, puis contremaître, il tombe amoureux fou de Fiorella avec qui il a un fils. C’est alors que la mafia le rapatrie en Sicile où sa femme légitime l’attend…

Mimi Metallo blessé dans son honneur est le film qui révèle le talent d'une Lina Wertmüller à la carrière déjà bien remplie mais relativement confidentielle. Les penchants anarchiste, féministes et la dénonciation machiste qui l'animent s'expose dans un tout cohérent, hilarant et grinçant pour ce classique qui lance un formidable cycle créatif pour la réalisatrice. Le scénario se situe à mi-chemin entre les comédies caustiques siciliennes de Pietro Germi (Divorce à l'italienne, Séduite et abandonnée) dans la dénonciation des moeurs archaïques locales et une facette politisée typique des Années de Plomb. Lina Wertmüller va faire siennes ces influences dans une sorte de comédie humaine cruelle et ironique.

Le début du film nous présente une Sicile arriérée et corrompue où se morfond notre héros Mimi (Giancarlo Giannini). Entre la vie de couple sans saveur avec sa trop prude épouse Rosalia (Agostina Belli) et sa modeste condition d'ouvrier, Mimi ne s'égaye qu'au contact des quelques sympathisants de gauche et syndicaliste qui s'opposent mollement aux règles de la mafia. C'est à leur écoute que son destin bascule lorsqu'il ne vote pas pour un candidat de la mafia aux élections et est privé de travail en représailles. C'est l'occasion pour notre héros de quitter son cocon et d'aller tenter sa chance à Turin, dans ce nord de l'Italie plus riche et supposé plus civilisé et équitable.

Lina Wertmüller l'isole dans la grisaille urbaine le temps d'un plan d'ensemble lourd de signification. Le cadre change mais les injustices restent dans des proportions plus vastes au sein de ce nouvel environnement où Mimi sera de nouveau exploité en tant qu'ouvrier du bâtiment dans des conditions précaires. La première ambiguïté annonciatrice de la suite interviendra après la mort accidentelle d'un ouvrier que cherchent à dissimuler les sinistres employeurs mafieux. Témoin de leurs malversations lorsqu'ils voudront se débarrasser du corps, Mimi sauve sa peau en s'inventant une parenté avec le Don de sa région, y gagnant au passage une promotion pour un plus confortable emploi en usine. Dès lors toutes les manifestations d'engagement politique de Mimi sonneront faux par cet acte de lâcheté initiale qui en annoncent d'autres où sauver sa peau importe plus que la cause. Lina Wertmüller donne un possible salut à Mimi par l'amour et la belle romance qu'il va entretenir avec la trotskiste Fiorella (Mariangela Melato formant pour la première son mythique duo comique avec Giancarlo Giannini). Habitué aux siciliennes soumises, Mimi est subjugué par la gouaille et le charisme de cette femme libre, abandonnant ses manières rustres pour exprimer sa part la plus vulnérable et sensible afin de la séduire.

Le temps d'une longue séquence romantique magnifiquement filmée par Wertmüller on assiste à la détresse de l'amant repoussé, aux sentiments progressivement ébranlé de l'aimée et de l'union finale avec une sensibilité infinie pour ce qui est le moment le plus sincère du film. Le féminisme de Lina Wertmüller s'y dévoile autant par l'abandon de Mimi exprimant finalement son côté féminin (la déclaration désespérée les yeux baignées de larmes est particulièrement touchante) pour toucher Fiorella également devenue femme accomplie en cédant pour la première fois à un homme qu'elle aime. Ce bel espoir ne résiste pas pas au retour malheureux en Sicile. Les petites concessions concédées par Mimi auront dévoilé un être malléable que même cet amour ne pourra rattraper. Mimi est un être constamment coupé entre plusieurs mondes : le monde communistes et celui des patrons véreux où il s'avère un contremaître aussi impitoyable que ceux qu'il dénonçait et surtout l'écart entre l'être civilisé et moderne en lequel la ville est supposée l'avoir transformé et le sicilien machiste qu'il n'a finalement jamais cessé d'être. Le script malin l'exprime de façon outrancière (la crise de démence de Mimi lorsqu'il apprend qu'il est cocu) et inventive, la vengeance par crime d'honneur prenant un tour sophistiqué illustrant une nouvelle fois bien la lâcheté de Mimi même pas capable de faire usage de la violence brute de ces ancêtre pour se venger. 

 La scène finale d'un mimétisme cinglant avec l'ouverture montre ainsi un cycle perpétuel de la corruption (qui arbore un même visage) régnant sur cette Sicile et l'Italie de manière plus vaste. Le profit, le cynisme et l'individualisme gagne sur les idéologies dans une terrible impasse politique et morale. Une grande réussite qui vaudra à Giancarlo Gianinni de nombreuses récompenses pour sa magistrale prestation tandis que Lina Wertmüller creusera le même sillon dans une veine plus mélodramatique dans le suivant et magnifique Film d'amour et d'anarchie (1973).

Sorti en dvd zone chez SNC/M6 Video

lundi 17 juin 2013

Cloud Atlas - Andy et Lana Wachowski, Tom Tykwer (2012)


À travers une histoire qui se déroule sur cinq siècles dans plusieurs espaces temps, des êtres se croisent et se retrouvent d’une vie à l’autre, naissant et renaissant successivement… Tandis que leurs décisions ont des conséquences sur leur parcours, dans le passé, le présent et l’avenir lointain, un tueur devient un héros et un seul acte de générosité suffit à entraîner des répercussions pendant plusieurs siècles et à provoquer une révolution. Tout, absolument tout, est lié. 

Le temps du succès et de la hype des Matrix semble bien loin pour les Wachowski, qui auront profité du crédit de leur saga pour se montrer de plus en plus audacieux. Matrix Reloaded (2003) avait à l'époque décontenancé en renversant et en remettant en cause le mysticisme du premier volet, volonté maladroitement poursuivie dans Matrix Revolutions (2003), qui concluait la trilogie sur une note mitigée. Les Wachowski semblaient en fait constamment coincés entre l’univers froid et technologique qu’ils avaient façonné, pas loin d’être pompeux par instant (les noms des personnages lourds de symbolique, les tirades philosophiques vulgarisant Baudrillard), et des velléités bien plus chaleureuses et candides observées dans leur film noir lesbien Bound (1996). Cet équilibre entre sophistication de la forme et vraie puissance dramatique, ils allaient l'atteindre avec le formidable Speed Racer (2008).

Objet pop quasi expérimental au croisement de l’animation japonaise, du manga, du jeu vidéo et du cartoon, Speed Racer était un divertissement galvanisant et virtuose dont la tonalité naïve exprimait les thématiques du duo avec bien plus de force et d’efficacité que le sérieux papal des Matrix. Ce film, parmi les plus inventifs des années 2000, allait pourtant être un fiasco commercial retentissant et logique car sorti la même année que le carton The Dark Knight (Christopher Nolan, 2008), mètre étalon du blockbuster dont l’ambition passait par une approche adulte lourdement assénée.

 Dans Cloud Atlas, les Wachowski semblent aller au bout de leur évolution avec cette épopée aux confins du temps et des genres, où un dispositif complexe sert un grand mélodrame et des questionnements profonds au cœur de chacune de leurs œuvres. Adaptant le roman Cartographie des nuages (2004) de David Mitchell, Cloud Atlas est un film choral où s’entremêlent six histoires étalées sur cinq siècles. Six histoires et autant d’approches, d’atmosphères et de genres différents abordés : film historique, science-fiction, comédie caustique, thriller politique, film post-apocalyptique… Si ce type d’approche n’est pas complètement neuf, le crédo et la maestria narrative ici en place en font une expérience unique.

Plutôt que de lier artificiellement les différents récits vers un crescendo dramatique commun en forme d’effet papillon temporel, l’approche est plus originale. On retrouve les mêmes acteurs d’une histoire à l’autre (plus ou moins identifiables pour certains, le générique de fin dévoilant qui est qui étant en ce sens fort amusant) qui seront tour à tour héros, méchants, en retrait ou au centre des évènements. Tom Hanks passe ainsi de l’affreux médecin empoisonneur et rapace en 1849 au savant amoureux en 1973, Jim Broadbent de l’éditeur poissard et attachant en 2012 au compositeur de génie retiré en 1936 - il en va de même pour tout le casting.

D’autres, comme Hugh Grant, creusent le même sillon négatif à travers les époques, Hugo Weaving incarnant même un mauvais génie démoniaque pour les peuplades primitives de la partie post-apocalyptique. Le lien entre tous ces moments, la manière dont se répondent toutes ces voies/voix et cette possibilité de rattraper les erreurs d’une vie dans une autre incarnation symbolisent ainsi par l’image l’idée de karma.

Les Wachowski l’avaient déjà exprimée avec le Néo de Matrix, l’Élu apte à vaincre la matrice mais venant après l’échec de bien d’autres comme le souligne la séquence de l’Architecte dans Matrix Reloaded. Le héros de Speed Racer semble également condamné à suivre une trajectoire parallèle à celle de son frère disparu, mais là aussi ce karma doit lui permettre de suivre son chemin propre. Tom Tykwer, coréalisateur avec les Wachowski, avait également exploré la question dans son Cours, Lola, cours (1999), où le récit proposait trois possibilités afin que son héroïne se sorte d’affaire.

Nécessité par l’ampleur du récit, le tournage des différents épisodes fut donc réparti entre les Wachowski et Tom Tykwer, chacun étant marqué du sceau de ses auteurs. On retiendra notamment pour les Wachowski la révolte de l’androïde serveuse Sonmi en 2144, reprenant le message sur l’endormissement des masses, chair à produire, de Matrix - ou dans leur adaptation de V pour Vendetta pour James McTeigue en 2006). Le duo reprend ses motifs avec une poésie décuplée pour signifier ce moment de libération, d’humanisation de la machine enfin consciente du monde qui l’entoure et rétive à la tyrannie.

Il en va de même dans ce monde revenu à l’âge de pierre où Zachry (Tom Hanks) cesse d’avoir peur et dépasse sa condition d’oppressé. Moins identifiable thématiquement, on reconnaît néanmoins la patte de Tom Tykwer à travers le romantisme et la noirceur du segment romantique musical de 1936 - et son acteur du Parfum (2006) Ben Whishaw -, et un peu de la tension de L’Enquête (2009) pour l’ambiance de complot de 1973.

La cohérence tenant l’ensemble aura été amorcée par le tourbillon de la scène d’ouverture, qui brasse les six histoires comme une seule. Les temporalités et univers se répondent les uns aux autres par un montage virtuose (aboutissement des expérimentations des Wachowski en la matière, notamment dans Speed Racer qui constituait déjà un vrai tour de force) faisant la bascule par un rebondissement, un détail en forme d’association d’idées ou une simple phrase dans une symphonie envoûtante.

Le karma et la destinée sont au cœur du va-et-vient qui naît de cet aspect flottant et par une symbolique marquée (la tâche de naissance en forme de comète liant certains personnages). Film total, Cloud Atlas mêle intimisme et grandiloquence, légèreté et emphase avec une foi et un plaisir de raconter réjouissants. Une œuvre ambitieuse et risquée qui, paradoxalement, par cette universalité, risque d’en laisser quelques-uns sur le côté ; comme en témoigne l’accueil américain, catastrophique, du film. Plus les Wachowski s’ouvrent, moins ils sont suivis mais plus le cinéphile est ébloui.

Sorti en dvd zone 1 chez Warner et sera disponible en juillet en dvd zone 2 français

dimanche 16 juin 2013

Courage fuyons - Yves Robert (1979)


Martin Belhomme est un lâche de naissance, d'ailleurs chez lui la lâcheté se transmet de génération en génération. Après une enfance passée dans le tumulte de l'Occupation, il se "fait marier" par Mathilda qui décidera tout pour lui: ils auront deux enfants et il deviendra pharmacien, lui qui vouait une passion pour la musique. Mais au terme de cette vie monotone, survient Mai 68, et sa lâcheté va paradoxalement le conduire dans une folle aventure, loin des siens, avec Eva, ravissante blonde chanteuse dans un cabaret d'Amsterdam. Dès lors, il fera tout son possible pour séduire la belle, et passer pour un aventurier à ses yeux.

La filmographie d'Yves Robert est peuplée d'homme-enfant pour lesquels la réalité et son quotidien sont des prisons qu'il faut fuir à toutes jambes. Cette fuite peut se faire dans l'aventure (le diptyque des Grand Blond), la farce (le tordant Les Copains) ou la paresse (Alexandre le Bienheureux), La doublette Un éléphant ça trompe énormément/ On ira tous au paradis offrant une sorte d'aboutissement à cette thématique pour Yves Robert. Plutôt que de s'attaquer à un troisième volet de ce grand succès, Yves Robert et son scénariste explore une nouvelle fois la question de manière très différente dans ce Courage fuyons taillé sur mesure pour le talent de Jean Rochefort.

N'écoutant que son courage qui ne lui disait rien, il se garda d'intervenir. Jules Renard

Ce penchant à la fuite qui caractérise les personnages masculin de d'Yves Robert, Martin Belhomme (Jean Rochefort) en rêve mais ne peut s'y résoudre. La cause ? Un penchant héréditaire pour la lâcheté (génialement expliqué en flashback sur le destin malheureux de ses pères et grand-pères) qui l'enferme dans une situation de plus en plus inextricable. Epris de liberté et rêveur, il "se fait marier) par une épouse tyrannique et autoritaire (Dominique Lavanant). Il ambitionne d'être musicien ? Cette même épouse l'installe dans une sinistre carrière de pharmacien de quartier.

Les évènements de Mai 68 se déroulant parallèlement à l'intrigue offre une parfaite symbolique de la situation de notre héros. Tout comme cette jeunesse s'élevant enfin contre la rigueur de cette France Gaullienne, l'immature Martin se rebelle face à son existence conventionnelle et sans saveur. Cela se fera par le mimétisme d'une lâcheté qui ne l'a pas quitté, Martin le temps d'une hilarante scène détruisant sa propre voiture en compagnie des jeunes survoltés qui l'entourent (parmi lesquels on reconnaitra un tout jeune Gérard Darmon) et qu'il ne souhaite surtout pas froisser.

Martin va réellement changer par la rencontre de la belle Eva (Catherine Deneuve), magnifique créature qui va lui permettre enfin de sortir de sa coquille peureuse. Eva n'exige et n'attend rien de lui, ne lui pose ni condition ni ultimatum et par cet amour sans contrainte va permettre à Martin d'endosser un personnage plus assuré, charismatique et attirant. Après la narration très sophistiquée de cette première partie Yves Robert laisse s'exprimer cette liberté nouvelle et le bonheur de son héros dans une longue séquence romantique laissant déambuler le couple dans une Amsterdam idéalisée, cliché compris (la traversée d'un joli champ de tulipe).

Ses peurs ne vont pas tarder à le rattraper avec l'apparition d'un ancien amant récalcitrant le menaçant de mort et l'ampleur de la fuite sera proportionnelle à celle de l'inattendu courage initial, Martin retournant chez lui en se faisant passer pour amnésique. Retrouvant sa coquille plus profondément encore, Martin va pourtant être tiré sa médiocrité par une Eva l'acceptant et l'aimant tout trouillard qu'il est. Yves Robert offre un bonheur mérité à son héros sans pour autant le changer. Il y a d'un côté les héros et les sauveurs et de l'autre les créatures apeurées qui n'aspirent qu'à survivre et n'en ont pas moins de mérite.

La mémorable conclusion fait finalement de cette peur un surprenant trait commun au couple et plutôt que de s'unir grâce à une action téméraire qu'aucun d'eux n'ose effectuer, c'est dans cette faiblesse qu'ils se reconnaissent mutuellement qu'ils pourront s'aimer à leur manière très originale.

Jean Rochefort tout en charme fuyant, gouaille distanciée et lucide, est absolument parfait et Catherine Deneuve resplendit en objet fantasmatique qui va révéler un registre plus complexe. Le film n'est sans doute pas aussi équilibré que d'autres grandes réussites d'Yves Robert (quelques longueurs et des transitions peu fluides dans les gros rebondissements) mais sa tendresse et l'originalité de son propos (la fin est réellement mémorable) en font une de ses œuvres les plus attachantes.

Sorti en dvd chez Gaumont

vendredi 14 juin 2013

La Vénitienne - La Venexiana, Mauro Bolognini (1986)


A Venise, alors que la population redécouvre la joie de vivre après les années de peste noire, Valeria et Angela, deux femmes nobles et respectables, remarquent dans la foule un jeune et bel étranger, plein de charme. Chacune d'elle va, à sa manière, tenter de conquérir le jeune homme devenu objet de convoitise pour une nuit d'amour. C'est d'abord Angela qui fait rechercher l'inconnu par son valet Bernardo qui réussit à convaincre le jeune homme de le suivre...

Avant-dernier film de Mauro Bolognini, La Venexiana voit le réalisateur offrir une véritable ode au désir et son œuvre la plus charnelle. Bolognini cherche ici à capturer l'esprit régnant à une période donnée de la Venise du XVIe siècle. De la mi-juin 1575 à décembre 1576, la ville subit les ravages d'une épidémie de peste qui décime la population. Longtemps cloitrés et/ou soumis à la quarantaine, les survivants sont donc animés d'un désir de vivre pleinement se traduisant par un éveil des sens qui imprègne la ville d'un torrent de sensualité.

Bolognini explore cet état d'esprit à travers le destin de trois personnages le temps d'une nuit fort animée. Un bel étranger (Jason Connery) de passage à Venise et en quête de sensation va affoler la libido d'Angela (Laura Antonelli) veuve trop longtemps isolée et Valeria (Monica Guerritore), jeune femme mariée et également issue de la noblesse. Ce statut social (ainsi que la stricte condition de veuvage pour Angela) les soumet à une retenue d'autant plus pénible alors que le stupre submerge la ville, la caméra de Bolognini voguant joyeusement dans des ruelles où s'animent joyeusement seins nus des prostituées. Comme pour signifier le changement de mentalité, la rencontre et le coup de foudre intervient durant une procession religieuse où les regards de Valeria et l'étranger se croise, avant que ce dernier heurte accidentellement Angela. Ce désir surgissant de manière brutale et incontrôlable, Bolognini ne fait preuve d'aucune subtilité et raffinement inutile en particulier concernant le personnage de Laura Antonelli. Dès son réveil, Angela scrute avec envie les étreintes animant les tableaux qui ornent sa demeure et lorsqu'elle percute Jason Connery, son regard s'attarde autant sur ses traits angéliques que son entrejambe.

Bolognini lorgne même sur l'érotisme soft lors d'une scène presque saphique où Angela va faire part de son désarroi et demander conseil sexuel à sa servante Nena (Clelia Rondinella) dans sa chambre, le geste se joignant à la parole. La maîtrise visuelle coutumière de Bolognini évite à l'ensemble de sombrer dans la vulgarité, le réalisateur sachant faire monter la tension sexuelle puis la laisser exploser dans un savant équilibre où les étreintes se font crues et délicate à la fois. C'est d'ailleurs cette tonalité contrastée qui fait le charme du film. Le joyeux marivaudage (les échanges piquants avec le pétillant personnage d'Oria, servante de Valeria jouée par Cristina Noci) alterne avec le romantisme le plus exalté (les envolées poétiques entre Jason Connery et Laura Antonelli se dévorant des yeux) et une sensualité moite où le sexe ardent et amusé (le montage alterné sur les galipettes plus farceuses de la domestique d'Angela) cohabitent avec entrain. Ce côté décomplexé fait éviter tous les pièges aux différentes directions de l'intrigue. Chaque personnages suit ses envies et vit dans l'instant et sans s'inscrire dans un cliché. Il n'y a plus de clivage homme/femme lorsqu'ils se confrontent à leur passions comme l'annonce la citation d'ouverture.

Jason Connery (jamais nommé) pourrait paraître machiste en bellâtre profitant de deux jeunes femmes mais est au contraire aussi sincère quand il déclare sa flamme à chacune d'elle dans cette nuit sans lendemain. Monica Guerritore figure tout d'abord la noble hautaine s'amusant du désir qu'elle provoque mais abandonnée à son tour mettra toute fierté de côté pour rattraper déguisée en homme l'objet de ses fantasmes. Laura Antonelli n'est quant à elle jamais meilleure que quand elle joue des personnages inversement confiant du charme affolant qu'ils affichent à l'écran, que ce soit dans un registre comique (la femme au foyer soumise aux fantasmes de son époux dans Ma femme est un violon, l'aristocrate faussement prude de Mon dieu comment suis-je tombée si bas) ou dramatique (l'épouse trompée et introvertie de L'Innocent de Visconti). Ici elle affiche une quarantaine resplendissante pour jouer une femme mûre doutant de son attrait, dévoré par un désir incandescent et qui va s'abandonner comme jamais le temps d'une nuit torride. C'est finalement la dernière occasion d'admirer sa beauté dans un grand rôle avant les déboires dramatiques qu'elle connaîtra avec la chirurgie esthétique.

Bolognini fait comme souvent des miracles dans sa reconstitution avec un budget qu'on devine modeste. Il saisit dans des tableaux captivant les tranches de vies de ce quotidien vénitien (gondoliers, travailleurs...) qui s'estompe la nuit venue pour illustrer l'animation des tavernes, l'ombres des couples dans les coins sombres des ruelles. Le resserrement des environnements et donc les scènes d'intérieurs laissent voir les cadres chargés de symboles et les scènes sexuelles où s'expriment l'attente, la satisfaction et la langueur de l'après avec une force rare. C'est ce sentiment d'éphémère qui fait si bien passer cette gamme d'émotion, ce dont sont bien conscient nos personnages conscient d'avoir vécu un instant unique auquel ils ne se raccrochent que par le souvenir qu’ils sauront en garder, sans s'attarder. Laura Antonelli fermant ses volets et ce plan final de gondole s'éloignant au loin dise cela de la plus belle des façons, par l'image dans les sublimes derniers instants du film.

Sorti en dvd zone 2 français chez Opening

Extrait

jeudi 13 juin 2013

Wild Boys of the Road - William A. Wellman (1933)



Pendant la Grande Dépression des années 1930 aux USA des centaines de milliers d'adolescents miséreux, les Hobos, se retrouvent à errer sur les routes, tenaillés par la faim et traqués par la police ...

William A. Wellman scrute la Grande Dépression à travers le regard adolescent pour un résultat aussi naïf que cruel et sombre dans ce superbe Wild Boys of the Road. Le film démarre dans une photographie de vie américaine ordinaire avant que la réalité rattrape déjà cette jeunesse. Eddie (Frankie Darro) et Tommy (Edwin Phillips) sont deux adolescents de sortie avec leurs petites amies mais problème, ils sont fauchés et n'ont pas de quoi payer l'entrée à la soirée dansante où ils se rendent. Une astuce amusante et le tour est joué, ils se trouvent à l'intérieur mais démasqués ils en seront chassés.

Ce premier rejet relativement anodin initie déjà la dimension de paria et de rejet que vont ressentir nos deux héros et par extension la jeunesse pauvre d'Amérique qu'ils représentent. On découvrira ainsi l'environnement démunis dans lequel les deux garçons évoluent, Tommy vivant seul avec sa mère sans travail tandis que le père d'Eddie vient de perdre le sien. La culpabilité du poids qu'ils représentent pour leur famille incitent les amis au sacrifice, en abandonnant ce qu'ils ont de plus cher d'abord d'un point de vu matériel (scène aussi simple que bouleversante quand Eddie vend sa voiture et peine à cacher ses larmes) puis en quittant le foyer pour chercher du travail.

Comme toujours dans les œuvres Pré-Code, la narration est limpide et efficace et les thématiques s'expriment dans l'action et par l'image le film durant à peine plus d'une heure. Eddie et Tommy deviennent ainsi des "hobos" précoces et si leurs aînés ne trouvent pas de job dans cette Amérique en crise, ils ne pourront guère faire mieux. Le film offre ainsi un road movie, une odyssée sans but où ils rencontreront d'autres laissés pour compte de leur âge pour former une communauté vivant au gré des voyages dans des wagons insalubres, de la fuite ou de l'affrontement des figures d'autorités (et plus généralement adultes comme le montrera un rebondissement final) néfastes que sont la police et/ou les contrôleurs, du volt et de la mendicité.

Wellman instaure une tonalité faite d'extrême candeur (malgré leurs larcins ces jeunes restent des figures pures victimes des évènements) notamment grâce à la très attachante prestation de Frankie Darro en Eddie avec une bouille respirant la bonté et la détermination.

Cet élan est régulièrement brisé par une noirceur où le monde qui les entoure se rappelle au souvenir des jeunes voyageurs lors de terrible moments : un protagoniste amputé après avoir eu la jambe écrasé par un train, une adolescente violée dans un wagon par un contrôleur de train concupiscent.

La conclusion vient amener un peu de lumière et d'espoir, soulignant ainsi que même dans la tourmente l'Amérique n'oublie pas ses enfants. L'ultime échange entre Eddie et Tommy, soulignant cette amitié indéfectible en un regard clôt le film de la plus belle des façons.

Sorti en dvd zone 2 chez Warner dans la collection Trésors Warner Pré-Code

mardi 11 juin 2013

Film d'amour et d'anarchie - Film d'amore e d'anarchia, Lina Wertmüller (1973)


La tenancière d’une maison close à Rome, Salomé de Bologne, accueille un soi-disant cousin qui est en réalité un camarade anarchiste. Ce dernier, un simple paysan nommé Tonino, est chargé de préparer un attentat contre Mussolini. Il ne va pas tarder à s’amouracher d’une des pensionnaires, Tripolina, qui cherche à le détourner de sa mission. Tonino se retrouve alors tiraillé entre ses idéaux politiques et son histoire d’amour contrariée.

Lina Wertmüller avait rencontré quelques succès d'estime, essentiellement locaux en début de carrière durant les 60's (après avoir été notamment l'assistante de Fellini sur 8 1/2) mais ce n'est qu'en 1972 (après avoir abandonnée quatre ans la réalisation) avec Mimi métallo blessé dans son honneur qu'elle rencontra enfin un vrai plébiscite critique et public lui ouvrant les portes du marché international. Elle exprimait pleinement dans ce film ses velléités anarchistes où à travers une satire des mœurs siciliennes elle dénonçait le machisme régnant au sein de la société italienne. Film d'amour et d'anarchie poursuit cette embellie de la réalisatrice et explore à nouveau ces thèmes à travers ce croisement de drame et de comédie historique nous plongeant en pleine ère du fascisme.

 Le film s'inscrit ainsi dans la vague de tous ces films italiens de l'époque ayant pour cadre le fascisme afin d'évoquer de manière détournée l'inquiétant attrait de cette idéologie par la jeunesse d'alors (Le Jardin des Finzi Contini (1970) de Vittorio De Sica) et bien sûr les années de plombs où l'activisme extrême des militant plongeait le pays dans le chaos (Chronique d'un homicide (1972) de Mauro Bolognini explorant magnifiquement la question). Lina Wertmüller délivre là une œuvre puissante, lucide et romanesque où le grand mélodrame se dispute à la farce.

Le titre du film résume clairement l'impasse dans laquelle va se trouver notre héros Tonino (Giancarlo Giannini). Modeste paysan révolté par le meurtre de son meilleur ami anarchiste froidement abattu dans le dos par les carabiniers, le désir de vengeance va lui faire épouser la cause. Il est envoyé à Rome dans une maison close où la prostituée Salomé (Mariangela Melato) sera son contact dans la préparation d'une tentative d'assassinat de Mussolini.

Il est pourtant peu à peu détourné de sa mission lorsqu'il tombera amoureux d'une des prostituées de la pension, la belle Tripollina (Lina Polito). Lina Wertmüller va dans un premier temps user d'une forme d'excès pour figer chacun des personnages dans son monde. Giancarlo Giannini, tout entier dévoué à son destin évoque par son allure un détonant croisement entre l'exalté, l'idiot et le plouc innocent. Son jeu tout en retenue interroge sur ses motivations (les raisons de son engagement n'étant clairement dévoilé que vers la fin), les airs ahuris, l'allure gauche et la transformation physique effectuée par Giancarlo Giannini (teint en roux et couvert de tâche de rousseur renforçant ses airs candides) le rendant insaisissable. Simplet ou vrai anarchiste, rien ne semble vouloir l'écarter de sa route, à peine une galipette avec l'extravagante Salomé.

Cette dernière magnifiquement incarnée par Mariangela Melato (déjà de l'aventure Mimi métallo blessé dans son honneur) incarne quant à elle toute la vulgarité associée au lupanar et à ses occupantes. Lina Wertmüller fait donc multiplier le défilé lascif des prostituées, leurs langages fleuris et leurs tenues racoleuses, le tout culminant lors d'une scène de repas épique où les insultes pleuvent.

Dans ces mondes semble-il cloisonnés, un sentiment moins obtus que la cause anarchiste, moins intéressé que le commerce du corps va pourtant naître. La fange que représente la maison close et l'aveuglement de la cause politique s'effacent progressivement avec le rapprochement inattendu entre Tonino et Tripollina. Lina Wertmüller capture ce sentiment naissant avec une délicatesse infinie, saisissant un long échange de regard entre eux alors que la maisonnée pousse la chansonnette puis lors d’un long échange en campagne où les masques tombent. Tripollina use de sa séduction la plus agressive pour provoquer la réaction une réaction machiste qu'elle connaît bien (et lui fera passer le trouble qu'elle ressent) mais c'est le moment pour Tonino de dévoiler enfin l'être sensible qui se cache sous l'activiste simplet.

Une scène d'amour magnifique achève de sceller ce lien si délicatement amené par la mise en scène inspirée de Lina Wertmüller. Cette façon d'aller au-delà de la surface, de dévoiler l'humain sous l'idéologie et le milieu ne s'applique pas à la vision du fascisme synonyme de toutes les tares de cette société. Le dignitaire fasciste joué avec excès par Giacinto Spatoletti est ainsi une caricature grotesque du Duce multipliant les poses bravaches et les envolées machistes célébrant la virilité toute puissante du mâle italien. La réalisatrice accentue l'idée par la symbolique en faisant déambuler le personnage autour de monuments fascistes aux accents phalliques ou affichant de grands personnages historiques auxquels s'identifie Mussolini. Cette ouverture est malheureusement brève tant l'amour ne peut totalement surmonter les fêlures ayant conduit à cet engagement. Ce même machisme entrave finalement aussi Tonino ne pouvant renoncer à son attentat dont il a besoin pour enfin se sentir "homme", lui qui se sera constamment dérobé n'est pas loin de ce qu'il combat lors d'une explosion de colère finale.

C'est chez les femmes que repose finalement la sagesse car n'obéissant pas à cette logique de démonstration de force, Salomé renonçant à sa haine et compréhensive durant les dernières séquences et bien sûr Tripollina (Lina Polito ses traits juvéniles, son jeu expressif et ses allures de stars du muet dégage une belle fragilité) prête à tous les sacrifices. C'est donc dans l'urgence, dans l'instant que le film peut déployer sa fibre romanesque.La première scène d'amour est ainsi interrompue par l'appel pressant du fasciste, Tonino s'interpose brièvement dans le défilé de clients de Tripollina (filmée comme une scène de marché par Wertmüller) et bien sûr les deux derniers jours avant l'attentat offre une attente fébrile aux deux amants.

Longtemps figé dans la maison close (si ce n'est la sortie avec le fasciste) le cadre daigne s'aérer, Lina Wertmüller dévoilant une inspiration picturale impressionniste (on pense à Toulouse Lautrec lors de la grande scène de défilés des prostituées) dans des cadrages somptueux (belle photo vaporeuse de Giuseppe Rotunno et une direction artistique flamboyante de Gianni Giovagnoni. Magnifique score également de Nino Rota et Carlo Savina (dont un des thèmes a dû plus qu'inspirer Metallica pour l'introduction de son Nothing Else Matters). Dans cette époque troublée (celle de l'intrigue comme celle de la production du film), cet attrait des extrêmes rend tous autres liens éphémères et voués à l'échec. L'inutile sacrifice final, illustrant le caractère vain de ces attentats plus valorisant pour le terroriste passé à la postérité pour son acte que la cause.

Sorti en dvd zone 2 français chez SNC/M6 Vidéo

lundi 10 juin 2013

The Bling Ring - Sofia Coppola (2013)


À Los Angeles, un groupe d’adolescents fascinés par le people et l’univers des marques traque via Internet l’agenda des célébrités pour cambrioler leurs résidences. Ils subtiliseront pour plus de 3 millions de dollars d’objets de luxe : bijoux, vêtements, chaussures, etc. Parmi leurs victimes, on trouve Paris Hilton, Orlando Bloom et Rachel Bilson. Les médias ont surnommé ce gang, le "Bling Ring". 

Sofia Coppola aura exploré de bien des façons au cours  de sa filmographie le spleen et la solitude des jeunes filles. L’approche se fit évanescente et rêveuse dans l’inaugural Virgin Suicide (1999), intimiste et romantique dans Lost in translation (2003) et puis fut marquée par un faste de sons et lumières contrebalançant le spleen ambiant dans le superbe Marie-Antoinette (2006). Adolescentes ou jeunes adultes, les personnages féminins y étaient confrontés à leur mal-être et un sentiment d’isolation où se ressentait constamment l’empathie d’une Sofia Coppola y mêlant beaucoup de ses propres fêlures. Ces trois premiers films constituaient dans leur facture esthétique et l’âge croissant de ses héroïnes une sorte de trilogie idéale par rapport à laquelle Somewhere (2010) fit inévitablement figure de redite. Si effectivement Sofia Coppola y creusait sans doute une fois de trop le même sillon, l’ambiance cotonneuse, la fragilité de la jeune Ella Fanning (encore épatante récemment dans Ginger et Rosa) et l’imagerie désacralisée de cet Hollywood le rendait assez entêtant.

La réalisatrice fait réellement sa mue avec The Bling Ring qui lui ouvre sans doute la voie à d’autres horizons.  Le film transpose les méfaits du gang des Bling Ring, groupe d’adolescent qui  entre 2008 et 2009 se firent connaître en cambriolant des résidences de célébrités hollywoodiennes.  Après avoir été arrêtés et condamnés, ces forfaits ouvrirent au contraire aux jeunes criminels les portes de la célébrité puisque certains devinrent des vedettes du showbiz ayant entre autres leur propre émission de télé-réalité. Le scénario s’inspire de l’article de la journaliste  Nancy Jo Salles consacré au gang paru dans Vanity Fair et la narration comme l’esthétique du film reprend ainsi ce côté glamour, chic et choc et urgent inspiré des milieux fascinant nos voleurs.

Le côté éthéré et en apesanteur ressenti dans tous les films précédents disparait complètement ici. Cette approche se justifiait par la tendance à l’introspection des personnages, mais les « Bling Ring » n’ont guère de temps à y consacrer. Tous va ici très (trop) vite au service du vide : le défilé de citation et d’essayages de marques de luxe quand s’accumule le butin, les sorties en boite pour observer d’un œil envieux les célébrités puis pour exhiber ses atours fraichement dérobés. Les dialogues creux des adultes servant des mantras absurde (excellente Leslie Mann en maman dépassée) annoncent l’avenir de ces jeunes pour l’instant fascinés par l’icône du vide par excellence, Paris Hilton dont la demeure sera plus d’une fois visitée. 

L’esthétique est donc à l’avenant, Sofia amplifiant les penchants les plus tapageurs de son Marie-Antoinette avec une bande son énergique, un montage saccadé et une image passant par divers format épousant toujours (directement ou non) le besoin des Bling Ring d’être regardé. Le format numérique plus immédiatement immersif dans leur intimité alterne ainsi avec les caméras vidéos filmant les intrus, la caméra omnisciente (et moralisatrice ?) de Coppola observant dans une magnifique plongée nos voleur déambulant dans une maison et bien sûr des inserts des mises à jour régulière des pages Facebook de chacun après chaque nouveau méfaits. Car c’est bien ce désir d’être admiré, regardé et jalousé qui perdra les Bling Ring absolument pas discret quant à leurs activités nocturnes.

Dépeint ainsi, les personnages pourraient sembler détestables d’autant que Sofia Coppola ne se reconnaît pas en eux au contraire de ces œuvres antérieures (la plongée précitée affirmant cette distance face aux évènements). Néanmoins même si déformée à l’aune de la génération Facebook/twitter cette communauté adolescente ne diffère pas tant de celles passées et le film évite tout constat réactionnaire. Les jeunes acteurs sont épatants de complicité et d’énergie, la superficialité comme la lucidité se révélant avec cette nouvelle renommée. 

Les apartés les montrant en interview revenir sur les évènements apporte ainsi un recul bienvenu avec un Mark (Israel Broussard attachante révélation) conscient de ses erreurs, Nicki (Emma Watson à la carrière post Harry Potter toujours aussi épatante) en parade marketing ou le cerveau de l’affaire Rebecca (Katie Chang) au sang-froid glaçant pour son âge. Les cambriolages auront ainsi nourrit les manques de chacun, celui de se faire des amis, posséder et surtout d’être vu.

Sofia Coppola réalise là un pendant au Spring Breakers de Harmony Korine sorti cette année. Seulement là où Korine stigmatisait le vide du rêve de ses fêtardes adolescentes, il célébrait aussi la liberté et l’hédonisme de leur choix dans une imagerie fantasmée épousant leur trip « sex drugs and rock’n’roll » jusqu’au bout pour un résultat grandiose (l’extraordinaire séquence sur le Everytime de Britney Spears ou le final façon girls and guns). Le rêve était creux vu de l'extérieur, mais c'était le leur et elles le vivrait à fond.

Un Michel Gondry savait aussi ramener une vraie bienveillance dans son beau teen movie 2.0 The We and The I (2012) où les artifices modernes révélait des ados comme les autres. Là, Sofia Coppola parvient à s’extirper de l’impasse où l’avait placée Somewhere pour une vraie réussite dont néanmoins se dégage finalement une certaine froideur. Une mue qui demande confirmation dans une œuvre plus chaleureuse, Sofia Coppola n’est jamais meilleure que quand elle aime et s’identifie sincèrement à ses personnages.

 Sortie en salle le 12 juin