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vendredi 14 juin 2013

La Vénitienne - La Venexiana, Mauro Bolognini (1986)


A Venise, alors que la population redécouvre la joie de vivre après les années de peste noire, Valeria et Angela, deux femmes nobles et respectables, remarquent dans la foule un jeune et bel étranger, plein de charme. Chacune d'elle va, à sa manière, tenter de conquérir le jeune homme devenu objet de convoitise pour une nuit d'amour. C'est d'abord Angela qui fait rechercher l'inconnu par son valet Bernardo qui réussit à convaincre le jeune homme de le suivre...

Avant-dernier film de Mauro Bolognini, La Venexiana voit le réalisateur offrir une véritable ode au désir et son œuvre la plus charnelle. Bolognini cherche ici à capturer l'esprit régnant à une période donnée de la Venise du XVIe siècle. De la mi-juin 1575 à décembre 1576, la ville subit les ravages d'une épidémie de peste qui décime la population. Longtemps cloitrés et/ou soumis à la quarantaine, les survivants sont donc animés d'un désir de vivre pleinement se traduisant par un éveil des sens qui imprègne la ville d'un torrent de sensualité.

Bolognini explore cet état d'esprit à travers le destin de trois personnages le temps d'une nuit fort animée. Un bel étranger (Jason Connery) de passage à Venise et en quête de sensation va affoler la libido d'Angela (Laura Antonelli) veuve trop longtemps isolée et Valeria (Monica Guerritore), jeune femme mariée et également issue de la noblesse. Ce statut social (ainsi que la stricte condition de veuvage pour Angela) les soumet à une retenue d'autant plus pénible alors que le stupre submerge la ville, la caméra de Bolognini voguant joyeusement dans des ruelles où s'animent joyeusement seins nus des prostituées.

Comme pour signifier le changement de mentalité, la rencontre et le coup de foudre intervient durant une procession religieuse où les regards de Valeria et l'étranger se croise, avant que ce dernier heurte accidentellement Angela. Ce désir surgissant de manière brutale et incontrôlable, Bolognini ne fait preuve d'aucune subtilité et raffinement inutile en particulier concernant le personnage de Laura Antonelli. Dès son réveil, Angela scrute avec envie les étreintes animant les tableaux qui ornent sa demeure et lorsqu'elle percute Jason Connery, son regard s'attarde autant sur ses traits angéliques que son entrejambe.

Bolognini lorgne même sur l'érotisme soft lors d'une scène presque saphique où Angela va faire part de son désarroi et demander conseil sexuel à sa servante Nena (Clelia Rondinella) dans sa chambre, le geste se joignant à la parole. La maîtrise visuelle coutumière de Bolognini évite à l'ensemble de sombrer dans la vulgarité, le réalisateur sachant faire monter la tension sexuelle puis la laisser exploser dans un savant équilibre où les étreintes se font crues et délicate à la fois.

C'est d'ailleurs cette tonalité contrastée qui fait le charme du film. Le joyeux marivaudage (les échanges piquants avec le pétillant personnage d'Oria, servante de Valeria jouée par Cristina Noci) alterne avec le romantisme le plus exalté (les envolées poétiques entre Jason Connery et Laura Antonelli se dévorant des yeux) et une sensualité moite où le sexe ardent et amusé (le montage alterné sur les galipettes plus farceuses de la domestique d'Angela) cohabitent avec entrain. Ce côté décomplexé fait éviter tous les pièges aux différentes directions de l'intrigue. Chaque personnages suit ses envies et vit dans l'instant et sans s'inscrire dans un cliché. Il n'y a plus de clivage homme/femme lorsqu'ils se confrontent à leur passions comme l'annonce la citation d'ouverture.

Jason Connery (jamais nommé) pourrait paraître machiste en bellâtre profitant de deux jeunes femmes mais est au contraire aussi sincère quand il déclare sa flamme à chacune d'elle dans cette nuit sans lendemain. Monica Guerritore figure tout d'abord la noble hautaine s'amusant du désir qu'elle provoque mais abandonnée à son tour mettra toute fierté de côté pour rattraper déguisée en homme l'objet de ses fantasmes.

Laura Antonelli n'est quant à elle jamais meilleure que quand elle joue des personnages inversement confiant du charme affolant qu'ils affichent à l'écran, que ce soit dans un registre comique (la femme au foyer soumise aux fantasmes de son époux dans Ma femme est un violon, l'aristocrate faussement prude de Mon dieu comment suis-je tombée si bas) ou dramatique (l'épouse trompée et introvertie de L'Innocent de Visconti). Ici elle affiche une quarantaine resplendissante pour jouer une femme mûre doutant de son attrait, dévoré par un désir incandescent et qui va s'abandonner comme jamais le temps d'une nuit torride. C'est finalement la dernière occasion d'admirer sa beauté dans un grand rôle avant les déboires dramatiques qu'elle connaîtra avec la chirurgie esthétique.

Bolognini fait comme souvent des miracles dans sa reconstitution avec un budget qu'on devine modeste. Il saisit dans des tableaux captivant les tranches de vies de ce quotidien vénitien (gondoliers, travailleurs...) qui s'estompe la nuit venue pour illustrer l'animation des tavernes, l'ombres des couples dans les coins sombres des ruelles.

Le resserrement des environnements et donc les scènes d'intérieurs laissent voir les cadres chargés de symboles et les scènes sexuelles où s'expriment l'attente, la satisfaction et la langueur de l'après avec une force rare. C'est ce sentiment d'éphémère qui fait si bien passer cette gamme d'émotion, ce dont sont bien conscient nos personnages conscient d'avoir vécu un instant unique auquel ils ne se raccrochent que par le souvenir qu’ils sauront en garder, sans s'attarder. Laura Antonelli fermant ses volets et ce plan final de gondole s'éloignant au loin dise cela de la plus belle des façons, par l'image dans les sublimes derniers instants du film.


Sorti en dvd zone 2 français chez Opening

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