Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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dimanche 9 juin 2013

Salut l'Artiste - Yves Robert (1973)


Nicolas est comédien et, à quarante ans, attend toujours le grand rôle qui le fera sortir de l'ombre et des petits emplois alimentaires. Partagé entre sa maîtresse Peggy, son ami Clément, soumis aux mêmes contraintes de métier et sa femme Elisabeth qu'il ne voit que très rarement, Nicolas est un homme déprimé.

Yves Robert signe là une ode magnifique aux artistes de l'ombre, ceux qui n'auront jamais leur nom en haut de l'affiche mais dont la disponibilité est indispensable à l'accomplissement de tout spectacle. Nicolas (Marcello Mastroianni) est de ceux-là, courant le cachet à longueur de journée pour des emplois alimentaires, divers et variés : figurant, doubleur de dessin animé, magicien ou rôle de théâtre microscopique...

Pourtant comme le résumera parfaitement le co scénariste Jean-Loup Dabadie dans l'accroche du film, Nicolas est un homme qui "perd sa vie en la gagnant". Sa vie privée est en effet un chaos équivalent à sa vie professionnelle. Partagé entre sa maîtresse Peggy (Françoise Fabian) qu'il délaisse et sa femme avec qui il n'a pas rompu le lien Elisabeth (Carla Gravina), Nicolas se démène également avec son fils fugueur et partage ses difficultés avec son ami Clément (Jean Rochefort) comédien soumis aux mêmes vicissitudes.

Notre héros mène dans un parallèle logique ces deux existences, disponible pour foultitude de petits boulots mineur mais jamais appelé pour le grand rôle qui pourrait tout changer et constamment de passage avec ses proches pour lesquels il n'est qu'une ombre furtive cavalant entre deux cachet. La scène d'ouverture où Yves Robert nous perd malicieusement dans le château de Versailles donne le ton avec une esthétique évoquant le film historique jusqu'à ce qu'un Mastroianni grimé en Louis XIV réponde à un appel téléphonique.

Sans réelle intrigue directrice, le film suit donc le quotidien de ce personnage et exprime avec un réalisme amusé et grinçant tous les désagréments et humiliations que sont amenés à rencontrer les intermittents : pièce annulée, metteur en scène indécis et tyrannique, cachets non versés... On se demanderai presque ce qui motive encore ces artistes à poursuivre mais Yves Robert retranscrit avec autant de talent la chaleur, complicités et camaraderie régnant dans cet envers du décor au détour de quelques truculentes séquences (le spectacle de magie, la figuration pour le film de guerre).

Au fond même s’ils ne seront sans doute jamais des stars, ils font ce qu'ils aiment et demeurent de grands enfants n'ayant jamais quitté leur terrain de jeu. Le personnage de Jean Rochefort illustre bien cette idée, lui qui abandonne le métier pour la plus rentable animation commerciale en supermarché mais ne peut s'empêcher de transformer celle-ci en spectacle. Yves Robert et Dabadie avait au départ écrit le rôle de Nicolas pour Montand au départ emballé par l'idée avant de se rétracter car pensant que son public n'accepterait pas de le voir en perdant, auditionnant et courant les cachets (ce qui annonçait les difficultés de Sautet quand il lui ferait jouer un serveur dans Garçon!).

Marcello Mastroianni qui ne se plaît jamais autant qu'à dégrader et malmener son image de séducteur repris ainsi le rôle et est formidable d'humanité. Tout aura beau s'écrouler autour de lui (il termine le film dans une bien plus mauvaise posture qu'il ne l'a commencé), subir les pires désillusions dans son métier, il lui restera toujours cette petite étincelle de passion qui le fera poursuivre. Le film se conclu sur une énième figuration anecdotique de Nicolas mais loin de donner dans le pathétique, la manière qu'a Yves Robert de capturer son visage satisfait nous prouve bien qu'il est à sa place même si ce ne sera jamais la plus haute.

Sorti en dvd zone 2 français chez Gaumont


4 commentaires:

  1. bravo, bien dit; j'adorais la film Les Grands Ducs de Patrice Leconte et je viens enfin de voir le Yves Robert qui est bien meilleur (globalement). J'aime toujours la version de Patrice Leconte qui a quelques scènes plus fortes et drôles mais en moyenne le Yves Robert est bien meilleur et surtout tout aussi touchant. Quel plaisir de (re)voir et repérer tous ces acteurs! Les Grands Ducs deviendra aussi fort avec le temps; merci. Pie

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  2. Merci, je crois que je n'ai jamais vu Ls Grands Ducs si comme vous le dites c'est aussi drôle et sensible que le Yvs Robert je vais vite y remédier !

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  3. "Salut l'Artiste" est sur ma liste de films, j'ai vu plusieurs fois "Les Grands Ducs" et j'adore ce film qui me fait toujours rire par les situations et les performances 'bigger than life' de tous les acteurs, cette posture exagérée, 1er degré, a peut être fait que le film n'a pas été perçu par la critique dans toutes ses nuances de son comique et de ses (beaux) moments d'émotion. Jean-Pierre Marielle est hilarant dans une courte scène au début du film, lorsque Rochefort et Noiret le découvrent habillé de plastique en train d'abattre un mur à la masse !! Michel Blanc est excellent aussi en producteur nihiliste et véreux, quand à Catherine Jacob elle est royale en diva capricieuse, je pense que tu passera un bon moment Justin.

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    1. Ah oui Marielle/Rochefort/Noiret ! C'est la piste aux étoiles là ^^ Il va vraiment falloir se voir ça au plus vite !

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