Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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dimanche 23 juin 2013

Hollywood Babylone - Kenneth Anger


Le stupre hollywoodien n’a jamais été dévoilé avec autant de panache et de style que sous la plume corrosive de Kenneth Anger. Fasciné dès son plus jeune âge par Hollywood, Kenneth Anger y a grandi et né en 1927 a connu l’âge d’or du star-system quand les vedettes du cinéma étaient l’équivalent de demis-dieux pour le grand public. Sa fibre artistique fut toujours encouragée par sa grand-mère qui l’emmena à sa première séance de cinéma et la légende veut (bien que Warner et le générique le contredisent) qu’il joue  le Prince changelin de l’adaptation du Songe d'une nuit d'été réalisé par Max Reinhardt et William Dieterle (1935). Son homosexualité et ses premiers pas scandaleux dans la mise en scène avec le court métrage Fireworks (1947) le mirent cependant vite au ban de tout ce glamour (Il fut jugé pour obscénité) mais attira vers lui quelques-unes des personnalités les plus intéressantes de l’époque comme le sexologue Alfred Kinsey qui se servit de Fireworks pour ses travaux et se lia d’amitié avec Anger.

En 1950, Kenneth Anger s’exile en France où il retrouve d’autres expatriés victimes de la liste noire et devient la coqueluche de l’intelligentsia française notamment la rédaction des Cahiers du Cinéma. Il les régale alors des histoires et rumeurs circulant depuis des années dans la sphère hollywoodienne sur la vie dissolue de ses vedettes dont on lui conseille bientôt de réunir dans un livre. En manque de liquidités, Anger s’exécute et une première version française de Hollywood Babylone parait en 1959, éditée par Jean-Jacques Pauvert. C’est cependant une version embryonnaire (et amputée de certaines histoires sur certaines stars encore active à l’époque de la parution) qu’Anger enrichira pour la parution américaine en 1965. Le scandale est énorme et le livre est rapidement interdit avant d’être réédité cette fois sans heurts en 1974.

Hollywood Babylone narre, de l’âge d’or du muet à la fin des années 50, trois décennies de scandales d’excès divers plus ou moins secrets au sein de l’usine à rêve. L’ouvrage débute sur le tournage de l’épisode babylonien du Intolérance de D.W. Griffiths (1919), cette image reflétant la luxure constituant le quotidien Hollywoodien dès les glorieuses et insouciantes années 20 qui s’ouvrent. L’ouvrage lasse un peu sur la fin par sa lecture superficielles d’histoires finalement assez connues (l’amant mafieux de Lana Turner assassiné par sa fille, même si on savourera l’épisode où un jeune Sean Connery déjà dur à cuir corrige le petit ami trop jaloux) mais est vraiment fascinant dans son traitement de l’évolution des mœurs au fil des périodes et de la place de la morale par l’arrivée du Code Hays.   

L’industrie Hollywoodienne s’avère ainsi toute puissante et arrogante dans des dérapages que son pouvoir lui permet d’étouffer (l’incroyable meurtre impuni où le magnat de la presse William Randolph Hearst assassine par erreur un producteur alors qu’il visait Chaplin fréquentant sa maîtresse le tout sans être inquiété par la justice…). L’épisode Fatty Arbuckle vient changer la donne lorsque l’opulente vedette du splapstick verra sa carrière brisée après avoir été accusée de viol. Hollywood s’orne d’une vertu nouvelle ne calmant pas ses ardeurs mais rendant les écarts de chacun plus secrets, l’arrivée du moraliste Hays (et bientôt de son code moral) se faisant parallèlement à l’explosion de la presse à scandale traquant la moindre rumeur, faisant et défaisant les réputations à l'image des deux gossip girls Louella Parsons et Hedda Hopper.

Kenneth Anger fait d’ailleurs preuve d’un style qui fera école avec ce bagout, ce sens de la formule et un vrai talent de conteur pour nous horrifier, amuser ou réellement toucher sur certains destins tragiques. On a ainsi passé au vitriol l’attirance trouble d’un Charlie Chaplin pour les très jeunes filles, la nymphomanie vorace de Clara Bow (coupable de s’être abandonnée à tout un vestiaire de quater back…), les tournages orgiaques de Von Stroheim ou encore le journal intime quelque peu corsé de la belle Mary Astor.  C’est finalement en abordant les personnalités les moins connues ou les plus secrètes qu’Anger captive avec la vie brisée d’une Frances Farmer trop fragile pour ce monde impitoyable ou le mystère accompagnant dans la tombe les mœurs de Rudolph Valentino dans l’excellent chapitre lui étant consacré.

 Anger aura beau jurer que toutes les histoires qu’il révèle sont vraies, le doute subsiste et c’est ce qui fait le charme du livre, aussi corrosif que le plus putassier des tabloïds et qui fascine par l’envers du décor sulfureux qu’il dépeint. Ce monde nous semble aussi lointain et abstrait que pour les lecteurs de l’époque plongés dans la Grande Dépression. Tout comme eux qui malgré la rigueur morale de façade finirent par accepter les habitudes troubles des stars du grand écran (Errol Flynn s’en sortant par exemple avec une affaire de viol qui lui aurait coûté sa carrière dix ans plus tôt et renforçant au contraire son statut d’icône virile) on tourne avec une curiosité coupable les pages de ce Hollywood Babylone symbole d’un monde révolu.

Ceci est la première traduction française de la version définitive de 1965 (dans une belle édition illustrées des photos de la collection personnelle d'Anger, dont le décolleté vertigineux de Jayne Mansfield en couverture) et on espère que les éditions Tristram sortiront le volume 2 écrit par Anger dans les années 80. Un volume 3 sur la période contemporaine fut également rédigé mais vu qu’il était fortement question  de scientologie, Anger abandonna vu la menace latente que provoqueraient ses « révélations ».

2 commentaires:

  1. Ouuuhhh, ça, je rajoute à ma liste de bouquins ciné à lire! As-tu lu le "Star Machine" de Jeanine Basinger? Elle raconte brillamment le système des studios Hollywood durant l'Age d'Or ainsi que les tribulations des acteurs maltraités, exploités ou portés aux nu par les grands studios! Merci pour ton blog, je ne peux m'en passer et j'ai pu me faire une petite liste!!! J'adorerai une critique de Plein Soleil, qui ressort en salles, L'inconnu du lac aussi m'intéresserait! Merci bien!

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  2. Et non pas lu ce livre je note ça m'a l'air très intéressant de voir dans le détail cet ancien système studio contraignant pour les stars. Tout ça s'était arrêté grâce au procès qu'avait intenté et gagné Olivia de Havilland pour retrouver sa liberté ça doit être raconté dedans. Je me trouverais ça merci ! Sinon pas encore vu L'Inconnu du lac et si j'ai le temps de retourner voir Plein Soleil pourquoi pas une petite critique oui :-)

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