Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com et suivre le blog sur twitter à http://twitter.com/#!/JustinKwedi

Pages

mercredi 23 juin 2010

Le Temps d'aimer et le temps de mourir - A Time To Love and A Time to Die, Douglas Sirk (1959)


1944. Alors qu'il revient dans sa ville natale pour une permission de trois semaines, Ernst Graeber, jeune soldat allemand envoyé sur le front russe, rencontre Elisabeth Kruse, dont il tombe amoureux. Mais la guerre qui continue va bouleverser leur histoire...

Adapté d'un roman de Erich Maria Remarque farouche pacifiste traumatisé par son expérience de la 1ere guerre mondiale ( et déjà adapté plusieurs fois au cinéma comme pour "A l'ouest rien de nouveau"), le film est également une forme d'exutoire pour le réalisateur Douglas Sirk. Exilé aux Etats-Unis lors de la montée du nazisme, son fils embrigadé par son ex femme (pour le punir de son remariage avec une juive) dans les jeunesse hitlérienne et fut porté disparu sur le front russe. L'histoire représente ainsi une vision fantasmée et romancée par Sirk de ce qu'il espère avoir été les dernières semaines de son fils.

Le début sur le front russe est ainsi très dur, entre les les conditions climatique extrêmes, des soldats usés et sans idéal et certains débordements de violence choquant comme cette exécution de civils arbitraire. Certains traits d'humour très noir font leur petit effet comme l'arrivée du printemps qui signifie le dégel des cadavre, et les soldats essayant d'estimer le mois de la mort d'après la congélation. Ajouté aux taupes de la Gestapo guettant le moindre écart, le film offre une vrai vision de cauchemar du front russe. On s'attache ainsi au destin de Ernst Graeber, et du répit qui lui est offert par 3 semaines de permission. Là encore, entre bombardements quotidiens, pénuries et convocation arbitraire de la Gestapo, la mort circulent au quotidien, renforcé par le tournage en Allemagne sur les lieux des évènements.

La seule lueur d'espoir est incarnée par l'histoire d'amour entre Graeber et Elisabeth Kruse. Après des années d'obéissance contrainte en tant que soldat de métier, la rencontre lui permet d'ouvrir les yeux et d'exprimer son amertume sur la situation en Allemagne tandis pour elle c'est l'occasion de retrouver un réconfort après que son père ait été déporté en camp de concentration. Les deux acteurs sont très bons et touchant et Sirk atteint des sommets de puissance mélodramatique, tout les moments heureux étant régulièrement obscurcis par un évènement rappelant la situation désespérée mais où le couple parvient toujours à faire face.

Quelques rares moment de légèreté comme les blagues de potache dans l'infirmerie des soldats blessés plaisantant sur leur conquêtes féminines où sur les tromperies de leurs femme allège un peu un film au ton très noir. La conclusion est assez terrible et témoigne de l'absurdité provoquée par les conflit avec le héros victime de la main même de celui qu'il venait d'épargner, dans un front russe encore plus apocalyptique.

Sortie en dvd zone 2 dans une très belle édition (à l'instar des autres grand film de Sirk) chez Carlotta.

3 commentaires:

  1. J'ai vu ce film il y a quelques années lors d'une rétrospective, et je l'avais beaucoup aimé.

    Le travail de Douglas Sirk a longtemps été sous estimé parce qu'il s'est surtout illustré dans le genre du "mélo", souvent méprisé ; c'est seulement depuis peu, avec la réédition de son oeuvre sur support dvd, qu'on revient sur ce jugement trop hâtif.

    Le temps d'aimer et le temps de mourir est un très beau film, porté par deux comédiens d'exception. La mise en scène est curieusement très colorée. Le film, construit en trois parties, montre l'absurdité de la guerre ; les scènes qui se passent dans les caves, au moment des bombardements, montrent très bien, je trouve, ce que pouvait être le quotidien angoissant des civils au cours de cette période.

    J'ignorais tout des faits autobiographiques permettant d'éclairer le sens de ce film, merci pour ce billet. ;)

    RépondreSupprimer
  2. Oui Sirk était un peu négligé, surtout en France où les films ont été longtemps invisible avant les récentes rééditions dvd.C'est vrai que le genre très populaire du mélo l'a peut être desservi surtout que lui même affirmait parfois traiter tout ses films avec ironie.
    Content de vous avoir éclairé sur l'aspect plus personnel de Sirk à son film, le livre d'entretien avec Jon Halliday est vraiment passionnant pour en savoir plus si vous ne l'avez pas lu. :-)

    RépondreSupprimer
  3. C'est signé Remarque, c'est donc cruellement désenchanté.

    Un très beau film de Sirk. Peut-être son meilleur.

    RépondreSupprimer