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mardi 28 décembre 2010

Fantômes à Rome - Fantasmi a Roma, Antonio Pietrangeli (1961)

Le vieux prince Don Annibale di Roviano cohabite avec ses fantômes ancestraux dans son antique palais romain. Il refuse l'offre alléchante que lui fait une société immobilière qui voudrait acheter son palais pour en faire un grand magasin. Le prince meurt subitement et Reginaldo, son héritier, conclut la vente.

Quand la comédie italienne décide de se teinter de fantastique ça donne ce petit bijou un peu oublié de Antonio Pietrangeli, fameux scénariste (La Terre Tremble et Ossessione pour Visconti, Europa 51 pour Rosselini entre autres...) et auteurs de quelques grandes réussite en tant que réalisateur comme Adua et ses compagnes. Fantômes à Rome, commande du producteur Franco Cristaldi au casting prestigieux bien que moins personnel n'en demeure pas moins brillants.

Le principe est assez classique du film de fantôme avec des revenants qui vont tout faire pour empêcher leur demeure de tomber entre les mains d'un promoteur immobilier souhaitant la transformer en garage. Tout est dans le traitement assez irrésistible grâce au scénario finement ciselé de Pietrangeli, aidé entre autres par un Ettore Scola pas encore passé à la réalisation. On découvre donc l'attachant et acariâtre vieillard Don Annibale di Roviano dernier prince de sa lignée cohabitant joyeusement avec les fantômes de ses ancêtres, tous mort dans des circonstances rocambolesque.On trouve Reginaldo (Marcello Mastroianni) séducteur mort en glissant du balcon d'où il quittait la chambre d'une maîtresse (et condamné dans l'au delà à ne porter qu'une chaussure l'autre ayant été perdue au moment fatidique), Flora (la belle Sandra Milo) jeune fille suicidée par dépit amoureux ou encore le Frère Bartolomeo (Tino Buazelli) victime de sa gourmandise lorsqu'il mangea des boulettes de viandes pleines de mort aux rats.

La première partie pose les règles de coexistence entre le monde des morts et des vivants, les revenants pouvant intervenir physiquement de manière restreinte (mais source de nombreux gags) et surtout psychologiquement en influençant les actions et pensées des humains. Chaque fantôme possède une personnalité bien marquée et attachante, tel Mastroianni profitant de son statut pour reluquer les belles plantes dans leur intimité voir plus, ou encore la nature lunaire et dingue de Sandra Milo. Les bons mots pleuvent et les situations délirantes également jusqu'à la mort accidentelle du prince qui enclenche l'intrigue puisque le palais semble menacé si le seul héritier (Mastroianni dans un double rôle voir plus grosse surprise à la fin) cède au promoteurou à sa fiancée (Belinda Lee) intéressée.

Un des grands atouts est que malgré l'humour l'aspect fantastique est traité avec rigueur tout en déclinant une belle poésie. Les tenues blanches immaculées et le teint blafard des fantômes contraste avec l'éclatant technicolor, tout comme l'atmosphère éthérée de leur univers avec le côté réaliste et "vivant" du quartier romain où se déroule l'histoire. Dès lors tout en conservant un caractère bien trempé, les spectres s'en donne à coeur joie dans les faculté offerte par leur statut, traverser les murs, déplacer les objets.

En toile de fond, c'est la question de la modernité se faisant dans le le mépris du passé qui se dessine et les fantômes et leur disparition annoncées ne sont qu'une métaphore de l'oubli dans lequel l'inculture et l'appât du gain sacrifie le patrimoine ici sous la forme de spéculation immobilière (dont un savoureux moment où Gassman se plaint de son acienne demeure devenue une barre HLM sans âme). Au delà des murs en eux même, c'est aussi une manière de vivre qui disparaît par ce phénomène, Pietrangeli l'illustre d'ailleurs avec quelques figures hautes en couleurs du quartier comme la Reine déchue jouée par une cabotine et touchante Lilla Brignone.Cette thématique s'exprime pleinement dans l'ultime astuce trouvées par les fantômes pour conserver leur demeure, en faire un monument historique. C'est l'occasion d'une mémorable apparition finale de Vittorio Gassman plus cabot que jamais en peintre soupe au lait dont l'oeuvre confondue avec celle du Caravage est l'occasion de colère dantesque.

Drôle, élégamment mis en scène et porté par un superbe score de Nino Rota une grande réussite parmi les plus originale de la comédie italienne.

Sorti uniquement en dvd zone 2 chez SNC/M6 Vidéo

extrait

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