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dimanche 26 décembre 2010

L'Île mystérieuse - Mysterious Island, Cy Enfield (1961)


Durant la guerre civile américaine, des soldats de l'union s'enfuient à bord d'un ballon d'un fort où ils étaient prisonniers ; par un concours de circonstance, un soldat sudiste se retrouve avec eux dans la nacelle. Ne sachant comment piloter l'engin, ils partent à la dérive, portés par les vents violents d'une gigantesque tempête. Ils finissent par s'échouer sur une île qui semble déserte. Bientôt, deux autres naufragés les rejoignent et, alors que la vie commence à s'organiser, ils font connaissance avec les créatures qui peuplent l'île : un crabe, des guêpes, des oiseaux..., mais tous d'une taille démesurée !

Après les Mille et Une Nuits (Le Septième Voyages de Sinbad), Jonathan Swift (Les Voyages de Gulliver) et avant HG Wells et la mythologie grecque (le formidable Les Premiers hommes sur la lune, Jason et les Argonautes) le cinéma de Ray Harryhausen s'appropriait donc cet autre grand pourvoyeur d'imaginaire qu'était Jules Verne. Le film est très fidèle au livre et contrairement à notamment Les Voyages de Gulliver (évoqué en mai sur le blog) les changements destinés à correspondre à la formule des productions Harryhausen/Charles Schneer se font dans le bon sens et ne dénature pas le roman.

Le point de départ est similaire avec la fuite en ballon d'un groupe d'hommes lors du siège de Richmond sauf que contrairement au livre ils sont cette fois tous militaire et seront rejoint plus tard sur l'île par deux naufragée (le prétexte à intégrer une présence féminine aguicheuse est assez voyant surtout dès que Beth Morgan troque sa tenue distinguée pour un pagne ultra court que n'aurait pas reniée Raquel Welch). Autre légère modifications pour les connaisseurs du livre le bandit repenti Ayrton (réutilisé par Jules Verne après Les Enfants du Capitaine Grant) est déjà mort et seulement évoqué comme un ancien habitant de l'île.

Les grands thèmes de Jules Verne sur la camaraderie et l'ingéniosité des hommes les aidant à survivre démunis sur cette île sont bien là, à travers le récit qui conserve cette tonalité à la Robinson Crusoé (Dafoe fut le modèle de Verne lorsqu'il se lança dans le roman) et la narration par Cyrus (qui d'ingénieur devient donc militaire tout en conservant son ingéniosité technique). Les militaires de camps différent qui s'unissent puis se lient d'amitié dans l'adversité illustrent les idées de Verne et permettront d'introduire de manière cohérente le Capitaine Nemo, présence bienveillante et mystérieuse planant sur l'île.

Alors que le livre est un pur récit de survie face à l'hostilité de la nature, Harryhausen ajoute pour plus de piquant une foultitude de créatures au proportions titanesque pour des morceaux de bravoures impressionnants. La première apparition d'un crabe géante est palpitante et inattendue, un volatile un peu ridicule offre tout de même une sacrée scène techniquement virtuose et on est pas loin de basculer dans l'épouvante avec des abeilles géantes peu ragoutantes. Le scénario lie habilement ses apparitions aux expériences de Nemo pour rendre le monde meilleur (notamment la faune gigantesque de l'île).

Parfois mal servi par des réalisateurs peu doués et des castings transparents (les seuls effets sauvant les films) Harryhausen offre une ses production les plus réussies grâce à la présence derrière la caméra du solide Cy Enfield le réalisateur du fameux Zoulou et les acteurs sont solides dans l'ensemble notamment Michael Craig en Cyrus.

Par contre sans être mauvais Herbert Holm affiche nettement moins de prestance en Nemo que James Mason dans le Vingt Mille Lieues sous les mers de Richard Fleischer ou même Omar Sharif dans l'excellent feuilleton tv des 70's (si on veut une adaptation fidèle c'est celle là qu'il faut voir). C'est d'autant plus vrai dans la scène où il périt assez quelconque alors que Mason est majestueux à ce moment là et que Sharif dans une scène similaire dégageait une sacrée émotion dans ses derniers moments (gros souvenir d'enfance son dernier regard avant la fin !).

Techniquement le film est une grande réussite multipliant les prouesses. La traversée en ballon d'ouverture, l'île où le décor (la même plage que Le Septième Voyages de Sinbad pour les extérieurs le reste dans les studios de Shepperton) se dote d'un exotisme irréel par l'ajout de prodigieux matte painting compte parmi les images les impressionnantes sans parler des séquences sous marine où on entraperçoit des ruines de l'Atlantide (directement inspiré des dessins de Ferat dans l'édition originale du livre) et une éruption volcanique finale dantesque. Le design du Nautilus est un poil décevant par rapport au film de Fleischer ceci dit, mais ce ne sont que de petites broutilles pour ce formidable film d'aventures porté en plus par un fantastique score de Bernard Herrmann.

Sorti en dvd zone 2 anglais doté de sous titre français dans la collection Harryhausen


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