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mardi 10 avril 2012

Le Roman de Marguerite Gautier - Camille, George Cukor (1936)

Dans le Paris mondain de 1847, les rencontres galantes ont lieu au théâtre, au bal et dans les cercles de jeux où la discrétion est de mise... et le jeu c'est l'amour. Marguerite Gautier est une de ces jolies courtisanes qui vivent sur le terrain dangereux de la renommée, l'esprit aiguisé par le champagne, mais les yeux souvent brouillés par les larmes...

La quintessence du mélo hollywoodien, tout simplement que ce Roman de Marguerite Gautier. George Cukor réalisait la seconde grande adaptation hollywoodienne du roman d'Alexandre Dumas fils La Dame aux Camélias après celle muette de 1921 avec Alla Nazimova et Rudolph Valentino. Toute la production respire la flamboyance et le prestige de la MGM avec la somptueuse reconstitution du Paris de 1847 où se distingue les costumes d'Adrian et la direction artistique de Cedric Gibbons magnifiquement mis en valeur par George Cukor. Au casting, une star au firmament avec Greta Garbo au faîte de sa gloire et l'étoile montante avec le beau jeune premier Robert Taylor.

Cukor saura idéalement alterner dans le ton du film la modestie inspirée de l'amour sincère d'Armand (Robert Taylor) et l'emphase mélodramatique amenée par les déchirements intérieurs que doit affronter Marguerite Gautier (Greta Garbo). Lui est un modeste jeune homme dont la carrière dans le monde reste à faire quand elle est une des plus jolies et aguerries des courtisanes parisiennes, dépensière et les plus beaux partis à ses pieds. Cukor oppose par tous les artifices possibles ces deux caractères qui n'auraient jamais dû se lier pour mieux les rapprocher.

Quand la passion dévouée et sans arrière-pensée se lit dans la bonté des traits juvéniles de Robert Taylor, Greta Garbo habitué à la représentation constante pour obtenir des faveurs diverses offre un grand numéro de charme, tout en poses et minauderies. La mise en scène également se montre très inégale entre la star et son prétendant, signalée dès la première rencontre au théâtre où il la cherche des yeux levant la tête vers les balcons où elle l'observe amusée à travers ses jumelles.

Armand fidèle à lui-même est toujours filmé avec sobriété dans toute sa droiture entre les gros plan sur son visage amoureux et bienveillant, son allure rassurante et protectrice dans les plan d'ensemble où il fait face à Garbo (notamment lors de sa première crise de tuberculose durant la fête lorsqu'il la rejoint).

Marguerite condamnée à endosser différents rôles et soumettre les hommes à ses caprices est-elle toujours saisie dans une frivolité et un détachement de façade où Cukor saisit par intermittences un regard las de Garbo peut-être pas aussi à l'aise qu'elle l'affirme dans cette existence frivole de séduction, fêtes et sorties au théâtre. Enfin, c'est le déroulement du récit qui dessine le fossé séparant les personnages avec ces multiples rendez-vous manqués où Marguerite séduite puis réellement attirée se dérobe à chaque fois pour préférer la compagnie plus lucrative du Baron de Varville (Henry Daniell).

Ces codes peuvent exploser lorsque Marguerite est poussée dans ses retranchements par la fougue d'Armand qui préfère partir plutôt que supporter de la voir se jouer de lui. Greta Garbo est absolument sublime dans la profondeur qu'elle apporte à ses émotions où le détachement dissimule toujours le malaise. La scène où elle s'esclaffe avec le Baron alors qu'elle est minée par Robert Taylor sonnant à sa porte et qu'elle ne peut rejoindre est un grand moment, la pose lascive se mariant bien mal avec son regard désespéré.

Ce n'est que lorsqu'elle aura enfin renoncé à son monde d'apparence que Cukor déploie enfin l'imagerie romantique la plus éblouissante qui soit durant les longues séquences rurales où l'épure du cadre (en opposition au luxe surchargé des scène parisienne), la photo immaculée de William H. Daniels et Karl Freund et l'abandon du couple magnifiant leur physiques avantageux offre un moment aussi beau qu'éphémère.

L'avenir tout tracé d'Armand et le passé sulfureux de Marguerite formerons bientôt un obstacle insurmontable où les parti pris du début ressurgissent et prennent un tour plus dramatique. Greta Garbo est à nouveau extraordinaire durant cette scène où elle repousse Armand à contre cœur et Robert Taylor d'amant éperdu laisse magnifiquement transparaitre sa détresse et son incompréhension.

Diverses péripéties (dont une belle scène de duel matinal) montreront que pour lui l'oubli est impossible et que pour elle un retour à son ancienne vie est désormais impossible. Ils comprendront enfin que tous les sacrifices et ambitions ne peuvent les séparer durant un moment intense qui sera pourtant aussi leur dernier le temps d'un final déchirant d'émotion.

Cukor atteint là des sommets de d'intensité mélodramatique porté par des acteurs habités. Un superbe film qui constitue peut être la meilleure version du roman de Dumas fils (qui trouve des déclinaisons jusqu'au récent Moulin Rouge) et que la si exigeante Garbo considérait comme la plus belle performance de sa carrière.. On n’est pas tout à fait d'accord avec elle (il y a en a tellement d'autres) mais comme on la comprend.


Sorti en dvd zone 2 français chez Warner

3 commentaires:

  1. J'ai vu les trois films affichés juste au-dessus : mon préféré est HOLIDAY (il a de nombreuses scènes désopilantes, mais digne d'anthologie : celle de la chambre d'enfants, que je ne regarde pas assez souvent. On s'éclate. La pirouette de Grant dans le
    couloir de sa tante raconte, à elle toute seule, l'enfance de Grant dans un cirque ambulant. Sa vie est un chef d'oeuvres)

    Camille fut le Garbo préféré de Hitler qui l'a vu six fois.
    Je ne sais pas quel est mon Garbo préféré : Ninotchka
    peut-être

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  2. on m'a recommandé FEMMES de Cukor, j'espèrais le trouver ici. Si le film est bon, il viendra un jour …
    Nostromo : ça avance ? Je ne l'ai pas lu, mais j'ai préféré le livre Lord Jim à sa transpostion à l'écran. Un Conrad qui m'a envoûtée, mais je ne sais plus pourquoi :LA FOLIE …MAYER (Haltmayer ???).
    Le film qui se passe dans la jungle vietnamienne, avec Brando devenu fou, est inspiré d'un roman de Conrad. J'apporterai des précisions demain …

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  3. Oui "Femmes" excellent film choral au féminin de Cukor très drôle et juste un de ses meilleurs films. J'en parlais là

    http://chroniqueducinephilestakhanoviste.blogspot.fr/2012/05/femmes-women-george-cukor-1939.html

    Nostromo j'en suis au tout début pour l'instant pas grand chose à en dire sinon le film c'est Apocalypse Now de Copplola qui transpose "Au coeur des ténèbres" dans e contexte du Vietnam. Pas lu le livre mais sacré film un des chef d'oeuvre de Coppola, pas encore évoqué ici à réparer !

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