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mercredi 13 janvier 2016

Rivière sans retour - River of No Return, Otto Preminger (1954)

1875, quelque part dans les Rocheuses de l’Ouest américain. Matt Calder est un ancien détenu récemment libéré de prison qui aspire à la paix de la vie de fermier en compagnie de son fils Mark, neuf ans, qui ne le connaît pas. L’enfant a récemment perdu sa mère et vivote dans la jungle humaine d’un camp de chercheurs d’or transformé en cité champignon constituée de baraquements de fortune et de toiles de tentes. La chanteuse du ‘‘saloon’’ local, Kay, l’a plus ou moins recueilli. Kay et son amant Harry Weston, un joueur, rêvent tous deux d’une autre vie.

Rivière sans retour est une œuvre singulière qui marque la rencontre d’un couple de cinéma mythique avec Marilyn Monroe et Robert Mitchum. Unique western d’Otto Preminger, le film constitue pour le réalisateur une commande après laquelle il gagnera son indépendance en créant sa propre société de production. Darryl Zanuck impose le projet à celui qui est le réalisateur le plus prestigieux de la Fox à l’époque car l’enjeu est de taille. Il s’agit d’asseoir le statut de star fraîchement acquis de Marilyn Monroe (Niagara d’Henry Hathaway, Les hommes préfèrent les blondes d’Howard Hawks et Comment épouser un millionnaire ont remporté un fulgurant succès l’année précédente) dans une production à grand spectacle. Le prestige est d’autant plus renforcé avec l’engagement de Robert Mitchum qui retrouve Preminger après l’excellent film noir Un si doux visage (1952).

Le spectaculaire et l’ampleur du film repose plus sur son splendide environnement naturel que par ses péripéties. Le scénario de Frank Fenton reprend la construction et le ton d’autres de ses westerns comme Le Jardin du diable (1954) de Henry Hathaway ou Vaquero (1953) de John Farrow où l’aventure est un prétexte au cheminement plus intimiste des personnages et à leurs amours complexes. Ici il s’agira de la construction d’une famille improvisée à travers un Matt Calder (Robert Mitchum), son jeune fils Mark (Tommy Rettig) qu’il connaît à peine et Kay (Marilyn Monroe), fille de saloon amante de l’escroc Weston (Rory Calhoun). Le trio est au trousses de Weston qui les as laissé sans défense en volant le fusil et le cheval de Calder dans un territoire sauvage arpenté par les indiens, afin de valider au plus vite une concession d’or. 

Seul moyen d’échapper à ce danger, en affronter un autre tout aussi grand en traversant une rivière sauvage en radeau pour rattraper le voleur. L’ensemble des protagonistes poursuit un rêve (symbolisé par ce camp de chercheurs d’or foisonnant) plus ou moins superficiel et qui va être mis à mal durant l’odyssée. Calder aspire à être un modèle pour ce fils dont il a été longtemps éloigné, mais la découverte du motif de cette longue séparation va jeter le trouble sur l’image émerveillée que se fait Mark de ce père. Kay quant à elle aspire à quitter les saloons miteux de l’Ouest où elle chante pour mener la grande vie, raison pour laquelle elle défend et se raccroche au pourtant peu recommandable Weston. Les rapports initiaux des protagonistes sont ainsi guidés par leurs aspirations. Matt souillé par un passé criminel et en quête de vertu méprise la « traînée » qu’il voit en Kay, cette dernière semblant prête à toute les séductions pour protéger son amant de la fureur de Matt.

L’enfant sera l’élément qui va les lier et les faire changer d’opinion l’un sur l’autre à travers les attentions maternelles de Kay et la bienveillance virile de Matt. Robert Mitchum est remarquable pour exprimer la dualité entre l’animalité et la brutalité passée du personnage et cet amour paternel qui doit les réfréner. Sa réaction lorsque son fils apprendra par accident son passé est remarquablement subtil et poignante, voyant son regard passer de l’admiration enfantine à l’incompréhension.

Marilyn Monroe trouve là un de ses plus beaux rôles bien que les relations avec Otto Preminger (agacé par les nombreuses prises nécessaires à sa star) aient été orageuses. C’est le rôle (avec Les Désaxés (1961) de John Huston) où elle apparait comme la plus naturelle, le cadre sauvage autant à sa beauté toute sophistication pour une présence charnelle plus libre. Si elle retrouve en partie par instants son emploi de femme enfant inconséquente, Marilyn arbore également un registre plus mature à travers le sentiment protecteur et maternel qu’elle noue avec le petit garçon. 

La séduction n’est plus feinte (la femme fatale qu’elle joue dans Niagara), décalée (ses rôles d’attachante délurée dans Sept ans de réflexion (1955) et Certains l’aiment chaud (1959) de Billy Wilder) ou subie (les assauts où regards masculins concupiscents présents dans tous ses rôles) mais semble plus authentique et sincère. Les registres précités sont tous abordés à un moment ou un autre dans le film avant de s’estomper à travers la romance naissante des personnages et la merveilleuse alchimie dégagée par le couple qu’elle forme avec Mitchum.

Preminger peut alors laisser s’exprimer un érotisme trouble à travers les sentiments changeants, exprimés avec une douceur anodine (Marilyn engourdie frictionnée par Robert Mitchum fixé par un regard énamouré) ou un désir plus violent où Calder doit maîtriser ses bas-instincts. La magnifique prestation de Marilyn est rehaussée par ses prestations vocales, chaque chanson étant un prolongement des facettes de Kay : ambitieuse sur One silver dollar, séductrice sur I’m gonna file my claim, maternelle avec Down in the meadow ou et mélancolique sur la sublime interprétation finale de River of no return.

Les péripéties sont anodines et semblent presque là pour agrémenter le récit d’action tant bien que mal (les indiens, la rencontre avec les deux prospecteurs) si ce n’est les tumultueuses scènes en radeau. Preminger déploie un scope majestueux qui met superbement en valeur le décor naturel (tournage dans parcs nationaux de Banff et de Jasper au Canada) dans un somptueux panorama où cette rivière agitée offre une vue aussi imprenable que dangereuse sur la nature environnante. 

Hormis les plans rapprochés des scènes de radeau filmées en studio (et plutôt bien intégrés aux extérieur par un montage habile), Preminger accompagne la descente de cette rivière de façon spectaculaire, à coup de travelling latéral lointain mettant en valeur toute la dangerosité du parcours. Le morceau de bravoure réside bien là, confondant le défi physique et mental des protagonistes remontant le courant de leurs aspirations factices pour découvrir leurs vraies attentes au bout du chemin. C’est le sentiment qui nous anime au terme d’une ultime séquence génialement machiste en façade mais l’expression d’une tendresse rompue aux rudesses de l’Ouest. Superbe ! 

 Sorti en dvd zone 2 français chez Fox

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