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mardi 12 janvier 2016

Le Garçon et la Bête - Bakemono no Ko, Mamoru Hosoda (2016)

Shibuya, le monde des humains, et Jutengai, le monde des Bêtes... C'est l'histoire d'un garçon solitaire et d'une Bête seule, qui vivent chacun dans deux mondes séparés. Un jour, le garçon se perd dans le monde des Bêtes où il devient le disciple de la Bête Kumatetsu qui lui donne le nom de Kyuta. Cette rencontre fortuite est le début d'une aventure qui dépasse l'imaginaire...

Ce nouveau film de Mamoru Hosoda pourrait bien être celui de la consécration en France avec une distribution assurée en grande pompe par Gaumont - les précédents l’ayant été par Kaze. On sent bien la recherche d’une nouvelle figure de proue pour l’animation japonaise après le retrait d’Hayao Miyazaki et si l’essai reste à transformer commercialement, il l’était artistiquement depuis bien longtemps. Mamoru Hosoda aura su creuser une veine singulière, usant de postulat extraordinaire pour évoquer préoccupations très intimes. La Traversée du temps (2006) aura instauré cette approche avec le récit d’une lycéenne soudainement dotée de la faculté de voyager dans le temps, manière amusante puis troublante d’évoquer les premiers émois amoureux et le passage à l’âge adulte. Summer Wars (2010) et Les Enfants loups (2012) exploraient la thématique chère à Hosoda sur la transmission et les rapports parents-enfants. 

Les deux films empruntaient les voies chères à Hosoda mélangeant le chaos et la grâce que l’on devinait dès La Traversée du temps où le spleen progressif happait la bondissante et enjouée héroïne. Le foisonnement des réseaux sociaux virtuels répondait donc à la désunion d’une famille japonaise dans Summer Wars, la réconciliation étant la seule solution de vaincre un dangereux hacker. Les Enfants Loups donnaient dans la vraie épure, Hosoda délaissant l’urgence des films précédents pour une vraie épopée intime où une mère seule élevait ses enfants aux dons surnaturels. Hosoda signait là son chef d’œuvre, d’une poésie et sensibilité rare où s’entremêlaient quête d’identité, écologie et une passionnante réflexion sur la filiation en adoptant le point de vue de la mère. Triomphe au Japon, le film rencontra aussi un succès inattendu en France qui justifie donc la confiance de Gaumont pour une visibilité plus grande avec Le Garçon et la Bête.

Summer Wars évoquait la notion de transmission et de tradition dans son illustration de la famille tandis que Les Enfants Loups le faisait par les liens du sang, la nature loup-humain étant une bénédiction comme une malédiction pour les enfants. Le Garçon et la Bête prolonge cette question sur ce qui unit, ce qui définit une relation filiale et cette fois à travers un rapport père/fils. Ren, un jeune orphelin est arraché de son environnement urbain vers un monde parallèle fantastique par Kumatetsu, une créature féroce souhaitant en faire son serviteur. La Bête, esseulée des autres habitants pour son caractère irascible va trouver en l’enfant en quête de repère une raison de s’améliorer. Hosoda inscrit à nouveau cet apprivoisement mutuel dans le quotidien et le temps qui passe, à travers le mimétisme s’exprimant entre le père et le fils. 

La délicatesse des Enfants Loups vue à travers le regard maternel (même si la quête d'un modèle masculin était également un des enjeux) cède cette fois à un côté plus heurté et viril avec les tempéraments orageux du rapport père/fils. Dès lors Hosoda se souvient de ses débuts où il donna dans le shonen (animé ou manga destiné aux garçons) comme Dragon Ball Z, avec une sous-intrigue où Kumatetsu doit acquérir le savoir pour devenir le chef de ce monde parallèle. Le réalisateur peut alors s’abandonner à un style plus excessif, que ce soit dans la caractérisation des personnages (les disputes homérique entre Ren et Kumatetsu offrant exagération physique diverse), la place de l’entraînement et un spectaculaire climax final tout en démonstration de puissance. Ces facettes n’écarte cependant jamais le récit de l’essentiel et guide toujours l’évolution de la relation entre Ren et Kumatetsu. D’ailleurs même quand il cède aux clichés du shonen, Hosoda les expédie comme avec ce voyage initiatique faisant écho à la légende du Roi Singe.

L’affection entre Ren et Kumatsu dans sa bougonne expression définit ainsi la filiation comme une naissant du quotidien, du renvoi permanent entre le modèle recherché par l’enfant et l’effort du parent pour en offrir un viable – à l’inverse la rencontre avec son père biologique sera une déception pour Ren. Le mimétisme et l’identification mutuelle se fait par ce rapprochement, Hosoda nous montrant le drame d’un autre jeune humain ne sachant pas qui il est dans ce même monde fantastique peuplé d'autres bêtes. Ce vide en fera une âme perdue monstrueuse dans laquelle Hosoda fait un parallèle passionnant à Moby Dick, la baleine représentant le vide de l’identité altérée du personnage qui bascule dans la folie. La spectaculaire conclusion n’est donc pas là uniquement pour en mettre plein la vue mais définit par l’image un vrai pic émotionnel. Une belle réussite de plus pour Hosoda qui incarne plus que jamais le renouveau de l’animation japonaise. 

En salle 


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