Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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samedi 19 août 2017

Saraband for Dead Lovers - Basil Dearden (1948)

Mariée au Grand Electeur de Hanovre Georges-Louis, Sophie-Dorothée s'éprend de Königsmarck, un officier suédois au service de l'armée de son époux. Amant de la Comtesse Platen, Königsmarck l'abandonne pour Sophie-Dorothée.

Saraband for Dead Lovers est la première grande production en couleur du studio Ealing pas encore réorienté vers la comédie. Ce film en costume relate les amours tragiques de Sophie-Dorothée de Brunswick-Lunebourg (Joan Greenwood) et Philippe-Christophe de Kœnigs mark (Stewart Granger), dont la romance adultère sera sévèrement punie par le futur George 1er d'Angleterre (Peter Bull). Le scénario de John Dighton et Alexander Mackendrick adapte le roman d’Helen Simpson paru en 1935. Cette base rend certes plus romanesque les évènements par rapport à la réalité historique à travers quelques changements (Sophie-Dorothée et Philippe Christophe amoureux depuis l'enfance se rencontrent pour la première fois à l'âge adulte dans le film, la trahison plus tragique qui révèlera leur liaison plus intense à l'écran que la simple délation possible de la réalité...) mais malgré tout la volonté de Ealing est de livrer un film vraiment rigoureux dans sa description. Le but était surtout de s'éloigner du standard irréaliste, flamboyant et rococo du studio Gainsborough qui triomphe à l'époque au box-office anglais - d'autant qu'Ealing prend le risque d'engager la pure star Gainsborough qu'est Stewart Granger.

Dès lors la tragédie ne naîtra pas de rebondissement extravagants, mais purement de ce contexte politique et de ses conséquences sur les personnages. Toute relation sentimentale est affaire d'entrave, de possession et de domination de l'autre tout au long du récit. L'amour n'a rien voir dans le mariage forcée que subit Sophie-Dorothée qui ne constitue qu'une alliance intéressante en vue de la conquête future du trône d'Angleterre pour George-Guillaume. De même Philippe-Christophe endetté se trouve à la merci de la vieillissante Comtesse Clara Platen (Flora Robson), folle de désir pour cet amant auquel elle ne peut s'unir que par la contrainte. Les contraintes des deux personnages se rejoignent, soumis à l'étiquette et aux ambitions politiques des puissants. Sophie-Dorothée voit peu à peu ses enfants lui être retiré, Philippe-Christophe résiste tant bien que mal à aller mener une guerre perdue d'avance et uniquement destinée à redorer le blason de George-Guillaume. Le rapprochement de ces "victimes" est donc immédiat, la compassion, la complicité et l'amour commun s'affirmant en une poignée de scènes remarquables.

L'absence d'arrière-pensée et de calcul guident le côté très direct de la romance où un champ contre champs, un jeu de regard ou un plan d'ensemble (très belle scène de "party" mondaine en jardin) les unis à l'image, sans tergiversation excessive. La beauté et la jeunesse du couple accompagne cette simplicité quand les personnages satellite sont tous laids, vieillissants et monstrueux, que ce soit George-Philippe, sa mère (Françoise Rosay) ou la comtesse Platen. Leur nature néfaste se conjugue aux environnements sophistiqués où ils évoluent quand l'épure domine dans les lieux où s'expriment les sentiments nobles des amoureux. Ils sont même la seule lumière dans ce contexte vicié, que Basil Dearden visualise dans une extraordinaire scène de Mardi-Gras, la caméra virevoltant dans un montage saccadé, un tourbillon de couleur et une débauche païenne où se noie la pauvre Sophie-Dorothée. Le tumulte s'interrompt lorsque Stewart Granger surgit de la foule pour la prendre dans ses bras.

Basil Dearden fait preuve d'un élégant classicisme qui met en valeur la somptueuse direction artistique de Michael Relph et la photo tout en nuance de Douglas Slocombe, loin de la pétaradante reconstitution hollywoodienne. Les décors sont fabuleux également, notamment les maquettes qui se délestent par intermittences de cette fidélité historique pour de belles idées poétiques (les visages sur les vitraux de la cathédrale qui semblent littéralement pleurer avec l'effet de la pluie lors de la cérémonie de mariage) et tisser de superbe atmosphères gothiques embrumées pour tout ce qui concerne la narration au présent (le film étant un long flashback de Sophie-Dorothée sur son lit de mort). Dearden préfigure également les prouesses à venir de Stewart Granger dans le registre cape et d'épée avec un haletant et brutal duel dans la pénombre d'un château. Une belle réussite qui pourtant ne rencontrera qu'un succès mitigé sa sortie, sa sobriété perturbant un peu les spectateurs habitués à l'outrance des productions en costumes de Gainsborough.

 Sorti en dvd zone  anglais chez Optimum et sans sous-titres

Extrait de la scène d'ouverture

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