Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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vendredi 23 décembre 2011

El Perdido - The Last Sunset, Robert Aldrich (1961)


O'Malley, coupable de meurtre, est poursuivi par le shérif Dana Stribling. Alors qu'il fuit vers le Mexique, O'Malley décide de rendre visite à Belle Breckenridge, qu'il a aimée, seize ans plus tôt. Quand il la retrouve, il apprend qu'elle est mariée et qu'elle a une fille de seize ans, Missy. John Breckenridge, un ivrogne et un lâche, cherche des hommes pour conduire son troupeau jusqu'au Texas. O'Malley accepte, contre le cinquième de ce troupeau. Quand Stribling le rejoint, O'Malley lui propose de reprendre son ancien métier de cow-boy et de l'aider à conduire les bêtes jusqu'à la ville où il est justement recherché pour meurtre...

The Last Sunset se situe dans une période creuse de la carrière de Robert Aldrich. Après avoir aligné les chefs d'œuvres dans la première moitié des années 50, le réalisateur marquait le pas après l'échec du Grand Couteau. La fermeture de sa société de production Associates and Aldrich (qui renaîtra de ses cendres grâce au succès des Douze Salopards) l'obligeait à accepter des projets impersonnels où il ne s'impliquera guère (Sodome et Gomorrhe officieusement dirigé par Sergio Leone) et lui faisant perdre de son pouvoir de décision sur ses films.

Cela s'avérera particulièrement vrai sur El Perdido où Kirk Douglas acteur et producteur via sa société Bryna (en difficulté à l'époque par la production couteuse de Spartacus) s'oppose dès le départ à son réalisateur qu'il ne juge pas assez impliqué Aldrich convoquant (selon Douglas) sur le tournage des scénaristes avec qui il travaille sur ses futurs projets. Tout cela donnera un résultat bancal mais néanmoins réussi et très significatif avec notamment La Vengeance aux deux visages de Brando sur les mutations en cours du western américain.

On sent bien les entraves posées par Kirk Douglas à Aldrich dont le sens de l'excès et la violence ne surgissent que par intermittences, notamment lors des accès de rage de O'Malley (ce moment où il tente d'étrangler un chien) où une terrible scène révélant la lâcheté de l'époux alcoolique joué par Joseph Cotten. Ici la violence est plus sourde et retenue que véritablement active mais n'en est pas moins intense. Les liens passés tumultueux qui lient les personnages instaurent ainsi une tension de tous les instants.

Rock Hudson pourchasse ainsi le criminel Kirk Douglas meurtrier de son beau-frère et les deux vont devoir s'associer en attendant de passer la frontière mexicaine pour convoyer le troupeau conduit par Joseph Cotten, époux claudiquant de Dorothy Malone amour de jeunesse de Douglas. La tension entre Hudson et Douglas n'atteint pas tout à fait les sommets attendus malgré l'interprétation irréprochable car le personnage d'Hudson semble moins fouillé et mis en valeur mais la rivalité amoureuse qui interviendra à mi film exprime bien ce qui oppose et rapproche les deux héros.

Kirk Douglas avec son allure d'archange noir et ses instincts de tueurs sans remords évoquent immédiatement le Lancaster de Vera Cruz. On découvrira pourtant progressivement un être passionné, romantique et figé dans le passé où Dorothy Malone adolescente fit chavirer son cœur. L'acteur délivre là une de ses prestations les plus sensibles, la dureté masquant toujours une âme écorchée vive (magnifique déclaration nocturne dans le désert).

Hudson est lui une figure solide et rassurante (qui représente plus l'avenir que la nostalgie douloureuse qu'éveille Douglas) pour une touchante Dorothy Malone dans un superbe rôle de femme mûre et marquée par la vie.

Ce nœud d'intrigues confère une tonalité romanesque inhabituelle chez Aldrich, qui vire même au psychanalytique dans une dernière partie audacieuse où flotte un parfum d'inceste. L'action se fait finalement assez rare (hormis un fulgurant affrontement en pleine tempête de sable) et le ton très introspectif et rêvé des dernières scènes envoute totalement : l'arrivée d'une sublime et virginale Carole Linley en robe jaune éveillée à la féminité, le regard chargé de souvenir et de désir de Douglas prêt à commettre l'irréparable...

Une révélation finale renforce encore la teneur mélodramatique de l'histoire et lorsqu’Aldrich daigne enfin céder aux canons du genre lors du duel final, c'est une profonde mélancolie qui en guide l'issue avec un sacrifice déchirant. Malgré les défauts dû à sa gestation houleuse (rythme très inégal) un beau western qui n'a pas à rougir face aux autres tentatives d'Aldrich dans le genre.

Sorti en dvd zone 2 françcais chez Sidonis dans la collection western.

jeudi 22 décembre 2011

Charleston et Vendetta - Čarlston za Ognjenku, Uroš Stojanovic (2008)


Serbie, années 20. Les petits villages ont beaucoup de mal à se remettre de la Première Guerre mondiale qui leur a enlevé la plupart des hommes en âge de travailler et de procréer. A Pokrp, la situation est particulièrement dramatique, puisqu'on ne compte plus qu'un seul mâle survivant. Le jour où ce dernier est accidentellement tué par deux soeurs, la réaction des femmes du village est sans appel : les meurtrières doivent mourir, ou trouver un homme à ramener à Pokrp...

Un fort singulier objet venu de Serbie que ce tourbillonnant Charleston et Vendetta, premier film de Uros Stojanovic. L'histoire est étonnant conte moderne imprégné de folklore serbe, ayant pour thème l’hécatombe provoquée par la Grande Guerre dans le pays, même si les résonances avec une actualité plus proche et tout aussi sanglante dans la région sont évidentes.

L’ouverture est un modèle de présentation, entre la narration ludique truffée d'anecdotes et créant une petite mythologie (l'histoire des pleureuses, le Morgnoble) lorgnant sur le Jeunet d'Amélie Poulain, tandis que le visuel chargé évoque Baz Luhrmann période Moulin Rouge. Le ton alterne d'ailleurs entre humour bien excessif et ton dramatique pour manifester les effets de la pénurie d'hommes dans la région. La drôlerie vient de toutes les séquences montrant ces femmes en rut et frustrées, prêtes à se satisfaire avec un vieux débris ou se jetant telles des harpies sur le premier beau jeune homme qui passe. Cependant, le film excelle vraiment lorsqu’il cherche à retranscrire toute la mélancolie des conséquences provoquées par cette absence : jeune filles n’ayant jamais connu l’amour, villages plongeant peu à peu dans la désolation car sans enfant…

On retrouve dans ces instants-là l’identité slave propre au récit, telle cette séquence de beuveries grotesque et poignante à la fois où ,éméchées, les femmes aperçoivent les fantômes des disparus et se livrent à des étreintes imaginaires avec eux. On pense forcément au Kusturica d'Underground dans le côté fantastique et l’aspect bastringue.

La courte durée du film (1h25) pose tout de même problème pour développer au mieux toutes ces directions. Ainsi, après l’introduction exemplaire où les héroïnes sont idéalement dépeintes et les enjeux efficacement amenés, la suite s’enchaîne bien trop vite, provoquant une certaine frustration.

La quête des hommes par les deux sœurs annonçait une épopée des plus picaresques, mais tourne malheureusement assez court. Heureusement, quelques scènes du périple bourrées de fantaisies rattrapent la déception, comme la rencontre rocambolesque des sœurs avec leurs amants, ou un charleston endiablé provocant une ferveur digne d’un concert des Beatles chez la gent féminine.

La mise en scène de Stojanovic (également auteur du script), pleine de bruit et de fureur, fait merveille en mêlant modernité (une foule d’effets numériques aussi réussis que surprenants dans leur utilisation) et tradition. Les entrées de champs spectaculaires, les gros plans visages hyper expressifs (le casting s’en donne à cœur joie) n’étant pas sans faire penser à Orson Welles, Méliès se voyant même convoqué le temps d’un spectaculaire tir de canon humain.

La dernière partie, nettement plus dramatique, aborde en filigrane les conflits futurs qui dévasteront le pays. La rivalité masculine des deux hommes, celles animant les femmes du village se les disputant, les héroïnes se sentant spoliées de leurs amours : toutes cette série de conflits vient rappeler à notre souvenir l’instabilité de cette région surnommée la poudrière des Balkans. La conclusion amère étonne d’ailleurs en séparant le couple le plus innocent, tandis que celui qui semblait instable en apparence s’offre une flamboyante union dans la mort dans une scène à l’image du film, excessive et poétique à la fois.

Malgré une sortie salle éclair en France à l'été 2009, c'est toujours inédit en dvd chez nous. Se pencher donc vers le dvd zone 2 anglais (sous le titre "Tears for Sale) doté de sous-titres anglais.


mercredi 21 décembre 2011

Watership Down - Martin Rosen (1978)


Pressentant un danger aussi implacable qu'imminent, un groupe de lapins aventureux sort de sa garenne à la recherche d'un territoire plus sûr. En chemin, ils vont rencontrer des situations extraordinaires qui vont les conduire à déployer des talents exceptionnels. Au bout d'aventures formidables au sein d'une garenne totalitaire, dans une ferme dangereuse, puis au terme d'une bataille fantastique, ils parviendront à établir leur garenne pacifique sur les hauteurs de Watership.

Un monument autant qu'un ovni du cinéma d'animation que ce déroutant Watership Down. A l'origine, on trouve tout d'abord un classique de la littérature anglaise paru en 1972 et écrit par Richard Adams dont ce fut le premier roman et le plus grand succès. L'histoire naît de l'imagination de l'auteur au cours de long trajet en voiture où pour distraire ses deux filles, il commence à leur raconter les curieuses aventures de ces lapins en exil. C'est donc au départ une série de courts récits au gré de voyages familiaux mais pressé par ses filles, Adams décide d'en tirer un roman. La publication sera de longue haleine avec le refus de pas moins de 13 éditeurs avant que Rex Collings ne l'accepte avec des pincettes. Le succès sera immense et le livre devient un véritable phénomène récompensé de nombreux prix littéraires prestigieux. Tout ça pour des histoires de lapins voyageurs ? Pas tout à fait...

Dans la nature improvisée de son histoire, Adams aura inclut des sources d'inspirations inattendues où se retrouvent odyssée épique et mystique, symbolisme religieux, analogies guerrières (certains épisodes s'inspirent de récits de guerre rapportés à Adams par des amis ayant fait la bataille d'Arnhem en 1944), poésie et élément personnel, la fameuse destination des Watership Down (Les Garennes de Watership pour le titre français) se situant sur une colline du nord du Hampshire où l'auteur a grandi.

Tous ces éléments s'harmonisent de merveilleuse façon dans la périlleuse adaptation qui en est tiré en 1978. Martin Rosen tombé sous le charme du livre désirait au départ simplement produire la version cinéma mais s'improvisera réalisateur pour mener le projet à son terme (John Hubley le premier réalisateur envisagé décédant peu avant le tournage) et après moult hésitation (comme user de marionnettes...) optera pour l'animation pour approcher au plus près l'esthétique des illustrations du livre. Dès la magistrale scène d'ouverture on comprend que le pari est réussi et que ce qui va suivre n'a rien de commun.

Dans une imagerie de dessins tribaux, une voix off nous narre une sorte de livre de la Genèse lapine où ceux-ci sont désignés comme le peuple élu par leur Dieu Frith mais dont ils se montrent indignes de la bienveillance. Celui-ci fait donc de toutes les autres créatures animales des ennemis amenés à pourchasser les lapins, faisant désormais de la terre un lieu de danger permanent pour eux mais les dote des qualités pour y survivre au détour d'une mémorable tirade :

All the world will be your enemy, Prince with a Thousand Enemies. And whenever they catch you, they will kill you. But first, they must catch you: digger, listener, runner, prince with the swift warning. Be cunning and full of tricks, and your people will never be destroyed.


C'est ensuite le livre de l'Exode qui est convoqué lorsque l'histoire reprend au présent, avec le départ d'un groupe de lapin vers une hypothétique "terre promise" quand leur garenne se voit menacée de destruction par un chantier, une apocalypse vue en vision par Fiver qui sera le guide et prophète des voyageurs. On alterne ensuite entre la tonalité ludique et enfantine attendue (le loufoque personnage de l'oiseau Kehaar) et une saisissante noirceur. Eléments naturels, chiens, chats et humain se placent en obstacle qui feront du périple un voyage au bout de la nuit pour nos lapins qui devront trouver les ressources héroïques pour arriver à destination.

Les héros sont formidablement caractérisé (et anthropomorphisé juste ce qu'il faut notamment par l'expression du regard) avec chacun des qualités propres à mener la quête à terme : l'illuminé et innocent Fiver, Hazel son frère en forme d'Ulysse plein d'astuce, le courageux et combattif Bigwig et le poète et conteur Dandelion qui amène la dimension légendaire à leurs hauts faits. Le casting vocal haut de gamme rend d'autant plus fort la réalité des personnages avec notamment Ralph Richardson, John Hurt, Nigel Hawtorne ou encore Roy Kinnear. Les animateurs se nourriront de leur performances pour revoir leur copie et rendre encore plus intenses encore les réactions des lapins.

L'animation masque brillamment ses limites de fluidité (cela reste tout à fait efficace et réussi tout de même) en renforçant cette imagerie iconique qui donne peu à peu une dimension quasi mythologique aux lapins et à leurs aventures, tandis que l'arrière plan naturel foisonne de vie et de détail. Le sommet est atteint lors de ce sublime moment d'onirisme où Fiver part à la recherche de son frère blessé par un chasseur, guidé par le spectre de Frith tandis que s'entonne la chanson Bright Eyes d'Art Garfunkel (qui sera un immense tube et contribuera grandement au succès du film).

La plus grande audace surgit dans la dernière partie et accentuant l'analogie lapin/humain puisque le plus grand péril pour les lapins viendra de leur propres congénères ayant établit une société tyranniques. Cela tient autant de la métaphore sur la dictature et le libre arbitre que du pur film de guerre et d'évasion se terminant sur un final sanglant et épique, General Woundwort constituant un méchant d'anthologie.

Une belle et poétique dernière scène fige magnifiquement la magie de l'ensemble sur le score somptueux d'Angela Morley. Triomphe inattendu à sa sortie, le film est aujourd'hui considéré comme un classique et figura à la 86e place des plus grands films d'animations de tout les temps dans un récent documentaire britannique. Grand film où on peut deviner une des influences de Zack Snyder sur son très bon Royaume de Ga'Hoole voire de Nick Park pour Chicken Run. Le film (et le livre) fait aujourd'hui partie de la cuture populaire anglo-saxonne avec des références dans le livre Le Fléau de Stephen King, Donnie Darko (autre cultissime film à lapin) de Richard Kelly où on aperçoit un extrait du film ou encore la série Lost où un personnage lit le roman. Une seconde adaptation fut faite en 1999 pour la télévision et dura trois saisons, au théâtre en 2006 et des rumeurs de remake circulent récemment...

Sorti en dvd zone 2 français sous le titre "La Folle Escapade" et dvd anglais et doté de sous-titre anglais

mardi 20 décembre 2011

La Sanction - The Eiger Sanction, Clint Eastwood (1975)


Jonathan Hemlock est un collectionneur d'art qui finance son hobby par des 'contrats' pour le compte d'un obscur cabinet. Il doit découvrir sa cible, un tueur russe, au sein d'une équipe d'escalade qui projette de partir pour l'Eiger...

La Sanction est un Eastwood mineur qui le voyait s’essayer néanmoins avec un certain brio (en tout cas plus que son autre tentative le plus mineur encore Firefox) au film d'espionnage. Le ton est typique de la paranoïa 70’s avec cette méfiance envers les institutions gouvernementales mystérieuses qui manipulent joyeusement tout le monde et visant des objectifs insaisissables. Eastwood adopte un ton particulier tout du long de l’intrigue, entre tension extrême et décontraction surprenante. Le film s'ouvre ainsi sur une glaciale scène assassinat qui laisse croire à un pur récit d’espionnage avant d'emprunter des voies différentes.

Ainsi la première rencontre entre Jonathan (Clint Eastwood) et le grotesque et bouffon sbire de Dragon donne le ton, ce même Dragon étant un commanditaire albinos vivant dans l'obscurité entourés d'infirmière dans une antre assez psychédélique. Tout est fait pour déstabiliser les attentes du spectateur, comme lorsqu’après une scène de meurtre (permettant de découvrir les redoutables talents de tueur de Jonathan), on enchaîne sur une rencontre improbable et une scène romantique avec une hôtesse de l'air (qui aura ses conséquences) puis de virer à la franche comédie lors du stage de remise en forme d’Eastwood.

Chacun de ses moments léger un tempéré par un évènement sordide, ainsi l'entrainement assez comique (et festival d’instants machistes où le duo Eastwood/Georges Kennedy reluque à tout va et colle des mains aux fesses) se conclu sur un moment assez angoissant où Eastwood sera presque piégé. La caractérisation des personnages est tout aussi farfelue et atypique : Eastwood fait dans un registre classique avec ce héros désabusé alignant les répliques cyniques, Georges Kennedy campe lui un personnage goguenard qui s'avèrera plus dramatique qu'il n'y parait le traître que joue Miles Mellough force quelque peu le trait quant à son homosexualité caricaturale (il a un chien nommé Faged !).

A vrai dire on ne sait pas trop ce qu’Eastwood a réellement cherché à faire. Le film s’inscrit dans les divertissements plus légers que son statut de star l’obligeait à faire alors que son intérêt se portait déjà vers des œuvres plus atypique et ambitieuse. Du coup pour ne pas totalement céder à la facilité, il donne cet entre deux entre ou le vrai suspense se dispute à la quasi parodie. Pas totalement convaincant mais cela donne une vraie curiosité.

C’est tout de même sur une note plus sérieuse que s’achève le film avec climax final haletant où Eastwood s'investit beaucoup physiquement) sur des scènes d'escalades impressionnantes. La paranoïa reprend ses droit lors de l’ascension du mont Eiger (dont on a quelques vues vertigineuses et où on devine les éprouvantes conditions de tournages), un traître se dissimulant parmi les alpinistes.

Le défi humain et physique est bien rendu (au point d'en oublier l'intrigue d'espionnage durant l'ascension pour s'attacher à la survie) il est sous-entendu que plus que sa mission c’est ce challenge qui semble constituer un véritable but pour un Jonathan désabusé de tout. Il est dommage que le film n'exploite pas plus cet aspect intéressant qui aurait définitivement rendu passionnant l’ensemble. Un petit Eastwood donc, mais tout à fait digne d’intérêt malgré tout.
 
Sorti en dvd zone 2 français chez Universal
 

lundi 19 décembre 2011

L'Homme fatal - Fanny by Gaslight, Anthony Asquith (1944)


Londres, 1880. Après dix années passées en pension, Fanny Hopwood revient au domicile familial. Celui qu'elle prend pour son père, William Hopwood, est tué accidentellement par Lord Manderstoke lors d'une altercation. À la mort de sa mère, la jeune femme entre au service d'un homme politique influent, Clive Seymore, qui lui révèle être son véritable père (sa famille s'était opposée à un mariage en dehors de son rang social et il avait ensuite épousé Alicia). Peu après, Fanny rencontre le secrétaire particulier de son père, Harry Somerford, et Alicia Seymore apprend la vérité...

Fanny by Gaslight est un des plus fameux mélodrames en costumes de la Gainsborough et fut même le second plus grand succès du box-office anglais en1944 derrière Heureux Mortels de David Lean. Adapté du roman éponyme de Michael Sadleir paru 4 ans plus tôt, l'histoire est typique du grand récit moral victorien. L'innocence et la candeur la plus sincère côtoie donc l'immoralité et le stupre tout au long du film et ce dès la scène d'ouverture. Notre héroïne Fanny encore fillette découvre ainsi au sous-sol de son paisible foyer un curieux établissement déambulent des femmes costumées et fardées qu'elle prend pour des actrices. Vice et vertu se confondent même le temps d'un superbe plan ou la jeune de Fanny observe un tableau obscène.

Le même jour (qui est celui de son anniversaire) un homme mystérieux vient lui rendre une chaleureuse visite et semble tenir particulièrement à elle. Une ellipse nous ramène sur les lieux dix ans plus tard avec le retour de Fanny (Phyllis Calvert) dans son foyer après ses études et va révéler tragiquement l'envers des évènements du début. Comme on l'a deviné le sous-sol abrite une maison close tenue par son père, ce dernier succombant bientôt après une altercation avec le client récalcitrant Lord Manderstoke (James Mason).

Le grand mélodrame se poursuit lorsque le meurtrier est acquitté, que sa mère meurt de maladie à son tour et qu'elle est envoyée chez le gentleman croisé au début et qui s'avérera être son vrai père. Jeune promis à un bel avenir politique, on l'empêcha d'épouser sa mère. Cela fait beaucoup en une demi-heure de film à peine et l'héroïne vraiment trop innocente frise la niaiserie et a du mal à être attachante tant Phyllis Calvert peine à faire exister le personnage derrière cette douceur ébranlée par les malheurs.

Tout le film voit donc Fanny subir les conséquences des évènements du début, le scandale qui l'entoure la freinant dans tous ces projets, que ce soit les retrouvailles avec son père (belle scène rurale et seul moment apaisé du film) ou sa romance avec Harry Somerford (Stewart Granger charmant et avenant jeune premier) la voyant se retrouver dans la même situation que sa mère.

Et à chaque fois le destin funeste prendra les traits de son persécuteur Lord Manderstoke avec un James Mason (encore dans sa période grand méchant Gainsborough) génialement sournois et détestable qui une fois de plus éclipse tout le casting. L'ensemble est tout de même assez ennuyeux et on s'amuse bien moins que dans les œuvres plus ouvertement amorales de Gainsborough la faute à ce trop lisse personnage principal, l'interprétation de Phyllis Carver (hormis la toute dernière scène où elle réplique enfin) peinant à susciter l'empathie.

C’est d’ailleurs bien les personnages immoraux les plus intéressant et charismatiques, Mason donc mais aussi Kathleen Nesbitt en épouse vénale mais aussi une ambigüe Jean Kent qui fera les mauvais choix par confort matériel. Le film n'est pas désagréable pour autant notamment grâce à la mise en scène élégante d'Asquith dont les cadrages et la lumière (belle photo de Jack E. Cox) mettent vraiment en valeur les décors et les costumes. On retiendra notamment une assez somptueuse scène de duel au petit matin dont on peut se demander si elle est passée sous les yeux de Ridley Scott pour Les Duellistes. Un peu trop forcé dans le larmoyant et peu palpitant donc mais cela se laisse voir tout de même grâce au brio formel.

Disponible en dvd zone 2 anglais notamment dans le coffret Stewart Granger déjà évoqué ici et doté de sous-titres anglais.

Extrait des dix premières minutes

samedi 17 décembre 2011

Quinze jours ailleurs - Two weeks in another town, Vincente Minnelli (1962)


L'acteur Jack Andrus vient de séjourner trois ans en "maison de repos", suite à des crises d'alcoolisme répétées l'ayant mené à des excès. Il reçoit un télégramme de son ami, le réalisateur Maurice Kruger : celui-ci l'invite à passer quinze jours à Rome, sur le tournage de son nouveau film. Andrus s'y rend, pensant obtenir un rôle important. Mais Kruger, le jugeant imprévisible, ne lui confie qu'un modeste travail...

Dix ans après son classique Les Ensorcelés, Minnelli réalisait avec Quinze jours ailleurs une sorte de suite/variation sur le même thème fort singulier. On pourrait comparer la différence entre les deux films de la même façon que Sunset Boulevard et Fedora de Wilder avec cette idée que le traitement d'un thème similaire par un même auteur à des stades différents de sa vie et sa carrière donne un résultat bien opposés.

Pour Wilder cela se manifestait par un intrigue référentielle posant un regard noir sur Hollywood par la vision de destins brisés pour les déchus de l'industrie avec la pathétique Gloria Swanson. Fedora avait une idée semblable sauf que cette fois le réalisateur sur déclin s'identifiait plus à ses fossiles inadaptés, ce qui donnait un tout autre film. Dans un premier temps on peut penser que Quinze jours ailleurs suit cette voie avec une vision qui semble plus sombre et désespérée en tous points que The Bad and the Beautiful la couleur et le scope marquant d'emblée la différence.

Kirk Douglas, vrai force de la nature dans le film de 1952 est ici un homme psychologiquement fragile dont la carrière a été stoppée par les excès divers et les déconvenues conjugales avec son ex épouse Carlotta (Cyd Charisse). L'appel de son vieil ami réalisateur Kruger (Edward G. Robinson) le convoquant sur un tournage semble être l'ultime chance de se relancer. Ce déplacement du cadre en Europe est également un symbole d'une magie disparue. Le système studios de l'âge d'or amorce déjà sa chute avec une manière de faire des films changeante et toute une culture et un type d'artiste disparaissant avec.

Le producteur exalté incarné par Douglas dans Les Ensorcelés laisse place ici à un nabab sans vision et uniquement préoccupé par le dépassement de budget. Là encore une réalité amère se révèle avec autrefois des producteurs qui même dans l'erreur et l'abus de pouvoir cherchait malgré tout à délivrer le meilleur film possible pour aujourd'hui laisser place à des mécènes avec le seul profit comme motivation.

Le personnage d'Edward G. Robinson traîne son spleen et réalise sans entrain cette commande pour survivre financièrement dans ce milieu qu'il ne reconnaît plus. Le summum de cette nostalgie et mélancolie est atteint lors de la scène où tous les personnages sont installés en projection pour regarder un passage des Ensorcelés, emblématique de cet âge d'or.

Si cette facette nostalgique est incontestablement présente, on aurait tort d'y résumer le propos du film qui est bien plus tourné vers l'avenir qu'il n'y paraît. Les Ensorcelés est un film qui n'existe que par et pour le cinéma, par la manière stylisée qu'a Minnelli de raconter son histoire et par les liens des personnages qui se désagrègent dès qu'ils s'échappent du milieu. Quinze jours ailleurs est bien différent, hormis la scène de tournage à l'arrivée de Kirk Douglas en début de film la première heure est totalement dépourvue des nombreux passages décrivant l'envers du décor qui truffent Les Ensorcelés.

A la place, une narration bancale et laborieuse montrant l'errance mentale de Jack Andrus (Kirk Douglas), le couple brisé d'Edward G. Robinson et la nature autodestructrice de l'espoir déçu joué par George Hamilton. The Bad and the Beautiful voyait ses héros s'élever au sommet de la profession mais rater tout le reste, à l'inverse ici Minnelli les force à se reconstruire pour redevenir ce qu'ils ont été ou aspirer à ce qu’ils pourraient être.

Pour Kirk Douglas, ce sera une belle histoire d'amour avec une jeune italienne (superbe Dahlia Lavi) qui va refréner ses angoisses et Minnelli de délivrer de radieuses séquence romantiques dans une Rome entre fantasme et réalité bruyante. Le plus beau moment dans cette veine serait sans doute celui où Douglas ébranlé par un appelle de son ex-femme (Cyd Charisse d'une sensualité décadente ravageuse) constate alors qu'il la croyait partie la présence de Dahlia Lavi dans sa chambre.

Celle-ci en un regard tendre l'apaise et ne quittera plus la pièce. Pour George Hamilton, on a des séquences miroir au Ensorcelés où Douglas tente de relancer sa star en le provoquant à la manière de Lana Turner poussée dans ses derniers retranchements. Cela se fera en deux temps, Douglas encore trop friable échouant au départ puis la confiance en lui retrouvée ranimant la flamme chez son interprète.

Pour un film supposé tourné vers le passé, c'est pourtant celui qui en est le plus représentatif qui s'avérera le personnage le plus négatif avec Edward G. Robinson. Douglas ragaillardi, l'ode au cinéma peut reprendre ses droit lors de splendides scènes de tournages et aux désirs d'un seul homme dans Les Ensorcelés, l'avancée du travail se fera désormais sous le signe de la collaboration collective.

Kirk Douglas sera en dix ans passé du démiurge tout puissant et tyrannique à l'aspirant réalisateur qui fait confiance à son équipe, faire part de ses doutes (tout en sachant cajoler ou coller un coup de pied aux fesses de sa star féminine capricieuse ) et s'assurant ainsi la confiance de tous. Le double du Jonathan Shields des Ensorcelés c'est finalement Robinson et son attitude ambivalente, éveillant le talent ignoré de Douglas pour la réalisation mais prêt à le broyer de son lit d'hôpital quand il voit les lauriers et le pouvoir lui échapper.

Le film s'avère passionnant par ce retournement thématique magistral et finalement logique puisque contrairement à Wilder sur Fedora Minnelli est lui encore en pleine possession de ses moyens et signe même cette même années 1962 l'excellent Les Quatres Cavaliers de l'Apocalypse. Quinze jours ailleurs est donc aussi réussi que son prédécesseur mais plus difficile par cette extravagance dans la noirceur comme le plan séquence cathartique dans la voiture qui renvoie à la même scène traumatisante avec Lana Turner dix ans plus tôt.

La différence entre la finalité des deux scènes visuellement proche est aussi celle entre les films aux thèmes faussement identiques. En 1962 Kirk Douglas roule à toute allure pour définitivement se débarrasser de ses démons quand Lana Turner fait de même pour s'abandonner à eux. En 1952 le cinéma était plus grand que la vie et dix ans plus tard Minnelli nous rappelle que c'est aussi et surtout grâce aux hommes (et non plus l'homme, la tirade de Douglas à Hamilton lui disant de ne plus dépendre de personne et de croire en lui) qui s'y adonnent avec passion.

Sorti en dvd zone 1 dans la collection Warner Archives et comme toujours dans celle-ci c'est sans sous-titres.