Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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vendredi 2 juillet 2010

Moulin Rouge - Baz Luhrmann (2001)


Au XIXe siècle, Christian, un poète désargenté, tombe sous le charme de la meneuse de revue du Moulin Rouge, Satine. La plus célèbre courtisane de Paris hésite entre l'amour et la gloire que lui offre un riche aristocrate obsédé par sa beauté.

Avec son 3e film, Baz Luhrmann concluait en apothéose ce qu'il nomme sa trilogie du Rideau Rouge entamé avec Ballroom Dancing et poursuivie dans sa relecture de Roméo et Juliette. Moulin Rouge apporte une synthèse à ses deux films, narrative (la narration virevoltante et surtout le crescendo du final identique à celui de Ballroom Dancing) esthétique (le mélange de romanesque classique et d'esthétique MTV syncopée inventée dans Roméo et Juliette) et thématique avec cette fois l'histoire d'amour flamboyante se mêlant à l'ode au monde du spectacle. Moulin Rouge se démarque pourtant par une richesse et une profondeur insoupçonnée sous le clinquant.

Le film détone avec le tout venant de la comédie musicale puisqu'il n'est ni une adaptation d'un standard de Broadway, ni une création complètement originale (hormis le superbe morceau Come what may) les chansons brassant un éventail très large allant des standards oubliés (et référenciels comme Complainte de la Butte écrit par Jean Renoir pour son French Cancan et ici repris par Rufus Rainwright) à l'hommage à d'autres comédies musicale comme La Mélodie du Bonheur et surtout une réinvention complète de 40 ans de musique pop à travers les réorchestration de tube connus de tous. Le collage pourrait sembler indigeste s'il n'y avait un vrai lien entre toutes ces sources.

Tout comme dans ses deux premiers films, Luhrmann veut dépeindre une grande histoire d'amour perturbée par l'oppression du monde extérieur ainsin que par les contrainte de celui du spectacle, enchanteur et prison dorée à la fois. De l'aveu de Luhrmann, le scénario mêle ainsi le mythe d'Orphée (avec Christian s'enfonçant et se perdant dans "les bas fonds" du monde du spectacle/enfer par amour pour Satine/Eurydice), l'opéra La Traviatta (et plus précisément le livre de Dumas fils La Dame au Camélia qu'il adaptait et où on retrouve une histoire entre un poète pauvre et une courtisane atteinte de phtisie) avec pour revenir au cinéma Les Chaussons Rouges de Michael Powell et Emeric Pressburger.

On pourrait même qualifier Moulin Rouge de remake du film de Powell puisque l'histoire est la même : Un jeune auteur tombe amoureux d'une étoile du ballet/meneuse de revue pour laquelle il écrit un spectacle inspiré des contes d'Andersen/Bollywood mais la jalousie de l'entrepreneur/Directeur de ballet les guettent bientôt. Luhrmann déplace juste le thème du choix impossible entre monde du spectacle et vie personnelle de Powell à un ode à la vie de bohème permettant de fusionner les deux. Le choix des chansons reprises revenant de manière réccurente tout au long du film en devient plus évident comme Children of Révolution de T-Rex, dont une première après une absorption d'absinthe mémorable. Marius De Vries (producteurs des premiers album de Madonna) et le compositeur Craig Armstrong ont d'ailleurs fourni un travail de réinvention impressionnant.

Après une ouverture mélancolique, le début du film est assez éreintant et presque pénible avec son déferlement d'information, un montage survolté correspondant au repères perturbés de Christian rencontrant les joyeux drilles de Toulouse Lautrec (excellent John Leguizamo) et pénétrant pour la première fois au Moulin Rouge. Le tout se fige avec la première apparition de Nicole Kidman, filmée comme les plus grande stars hollywoodien de l'âge d'or vantant les vertus matérialistes du Sparkling Diamonds (de Marylin Monroe dans Les hommes préfères les Blondes) et Material Girl de Madonna. Le ton oscillera ainsi entre excès, comédie et grosse farce jusqu'au basculement lors de l'entrevue entre Christian et Satine suite à un quiproquos.

La séduction agressive et de façade de Kidman est totalement balayée lorsque McGregor entonne le Your Song de Elton John. Un très grand moment, le regard de Nicole Kidman qui change soudainement, troublé la notion d'espace et de temps qui s'efface avec le décor changeant au fil du coup de foudre naissant (et où Luhrmann applique comme dans d'autres instants du film les motifs de la mythique séquence de ballet de 20 minutes des Chaussons Rouges).

D'autres grands moments suivront tel cette reprise tango incandescente du Roxanne de Police, Like a Virgin de Madonna sous un jour inattendu et où les chansons ne fonctionnent jamais comme un interlude mais comme une vraie avancée narrative. Difficile parfois de revenir aux originaux tant le lien se fait dans l'esprit avec la trame du film, tel The Show Must Go On sacrificiel chanté par Satine et Ziedler. Luhrmann n'oublie en effet jamais sa dimension d'artiste, Christian constituant son double à qui il confronte des situations qu'il a lui même rencontré tel le financier envahissant, I don't like this end.

Nicole Kidman trouvait là un de ses très grands rôles : séductrice, gouailleuse, fragile, une des plus belle héroïnes des années 2000 à l'allure princière et changeant de tenue à chaque séquence. Le couple formé avec McGregor est magnifique, ce dernier montrant des aptitudes insoupçonnées (son rôle le plus fameux jusque là était le junkie de Trainspotting) en grand héros romantiques. Tout deux ayant pris des cours de chant sont très convaincant, et le reste du casting est excellent notamment Jim Broadbent tout en excès dans la peau de Ziedler.

Le final est déchirant, l'amour triomphe mais est perdu aussitôt (grand moment où Satine à bout de force entonne une ultime fois Come what may pour retenir Christian) pour ne plus laisser que les souvenirs, une histoire, un lieux dont les évènement reste à rapporter. L'art du montage alterné usité tout au long du film trouve là son aboutissement dans cette conclusion tragique et apaisé. Malgré la souffrance, la mort et la perte, la vie bohème est sauve (et son motif Freedom,Beauty, Truth and Love). The Show Must Go On...

Belle édition zone 2 datant de quelques années déjà et gorgées de bonus qui laisse d'ailleurs quelques regrets quant au film. Les chorégraphies et danse était bien plus élaborées et riches que ne le laisse apercevoir le côté brouillon et trop rapide du film, notamment le final Bollywoodien. La belle direction artistique du Paris fantasmée aurait mérité mieux aussi... Une version longue un jour peut être ?

Your song


1 commentaire:

  1. Joli article... Tu me donnerais presque envie de me re-pencher sur ce film que j'avais trouvé aussi enchanteur qu'indigeste à sa sortie.

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