mercredi 23 juillet 2014
Un inspecteur vous demande - An Inspector Calls, Guy Hamilton (1954)
En 1912, au sein de la riche famille des Birling, industriels opulents et condescendants, le père Arthur Birling, est fier de célébrer le mariage entre sa fille Sheila et Gerald Croft. Mais le passé douteux des Birling resurgit lorsque l'on découvre ses relations avec Eva Smith, une jeune fille retrouvée morte après avoir bu, en grande quantité, un fort désinfectant.
An Inspector Calls est une des premières réalisations de Guy Hamilton, surtout connu plus tard pour ses grosses production dont sa contribution à la série des James Bond (un excellent Goldinger (1964), un moyen Les Diamants sont éternels (1971) et des mauvais Vivre et laisser mourir (1973) et L''Homme au pistolet d'or (1974)) et d'autres titres connus comme Mes funérailles à Berlin (1966) dans la série des Harry Palmer ou encore le film de guerre La Bataille d'Angleterre. Hamilton se montre un peu plus digne d'intérêt en dehors de ces mastodontes comme le prouverait l'excellent et plus intimiste The Party's Over (1964) ou encore ce An Inspector Calls. Le film est l'adaptation (par le futur cinéaste Desmond Davis) de la pièce de théâtre éponyme de John Boynton Priestley écrite en 1945 et jouée pour la première cette même année en URSS. Un détail étonnant mais pas anodin (la pièce sera jouée en Angleterre à partir de 1946) puisque l'on peut imaginer que le propos social cinglant du film parle autant au régime communiste qu'à une Angleterre en proie constante à la lutte des classes.
Le film s'ouvre sur un dîner joyeux de la famille Bilding, industriels richissimes qui fêtent ce soir-là les fiançailles de la fille aînée Sheila (Eileen Moore) avec le distingué Gerald Croft (Brian Worth). Sous l'atmosphère légère, la condescendance et les dysfonctionnements de cette famille se révèle en filigrane. Ainsi lors d'une discussion le père (Arthur Young) affirme avec aplomb (l'intrigue se déroule en 1912) qu'aucune guerre n'est prochainement à craindre en Europe et certainement pas des Allemands (la pièce en rajoutait une couche sur la "clairvoyance" du personnage puisqu'il vantait en plus les mérites du Titanic).
Le fils aîné affiche également un penchant certain pour l'alcool tandis que sa mère (Olga Lindo) ne semble pas s'en apercevoir et le traite encore comme un enfant. Des travers simplement vu en surface et qui vont se révéler en détail lorsqu'arrive l'élément perturbateur en la personne de l'Inspecteur Poole (Alastair Sim). Ce dernier vient évoquer aux Bilding la mort de Eva Smith (Jane Wenham), jeune femme s'étant suicidée par empoisonnement cette même soirée. Stupeur parmi l'assemblée qui n'a jamais entendu parler de cette personne mais Poole va la rappeler à leur bon souvenir et leur faire comprendre la terrible responsabilité qu'ils ont dans cette mort tragique.
L'origine théâtrale du matériau originel se devine pour le meilleur à travers les joutes verbales brillantes où Poole perce à jour chacun des membres de la famille par son bagout, sa froide détermination et une quasi omniscience sur le passé douteux de chacun. Alastair Sim s'était déjà plusieurs fois essayé à ce type de rôle de policier roublard et excentrique (notamment dans le thriller Green for danger (1946) de Sidney Gilliat) mais ajoute à cette truculence une dimension mystérieuse et solennelle à Pool qui n'est pas loin de la figure surnaturelle comme le montre son apparition subite dans le salon des Bilding. L'histoire est en fait un cruel mélodrame qui se révèlera au fil des flashbacks où chacun à leur tour l'indifférence de ces nantis causera la déchéance et la misère d'une jeune femme fragile. L'indépendance et l'esprit de Eva Smith causera ainsi chaque fois sa perte dès qu'elle croisera le chemin d'un des Bildings.
Ayant eu le culot de réclamer une rémunération plus élevée, elle est renvoyée en dépit de ses compétences de l'usine de Bildings père puis perdra son second emploi de vendeuse de vêtement par le seul caprice de Sheila. Gerald fera office dans un premier temps de bienfaiteur et amant avant de l'abandonner à son sort pour un meilleur parti (la fille Bilding dont on célèbre les fiançailles donc), la mère par une morale victorienne bienpensante lui refusera l'aide de son œuvre de charité et enfin Eric qui l'aime sincèrement s'avérera trop faible de caractère pour l'aider et la sortir de la fange. On oublie cette narration alambiquée et cette science du rebondissement pour ne plus retenir que le visage paisible d’Eva Smith, toujours digne et touchante dans sa détresse et ses désillusions. Jane Wenham incarne une figure de bonté sincère noble dans son dénuement à l'opposé de l'hypocrisie des Bildings n'assumant pas leurs actes révoltant envers elle.
Guy Hamilton lui ménage ces moments les plus inspirés, offrant une imagerie plus recherchée dans ses compositions de plan voyant défiler sa silhouette frêle dans ce Londres des bas-fonds tandis que la mise en scène est bien anonyme dans le huis-clos du présent. Le réalisateur évite cependant les effets trop voyants notamment dans l'introduction des flashbacks simplissimes car plutôt attendu dans un film noir. Hors ce n'est pas l'argument criminel qui guide ici le récit mais moral et qui se doit de nous introduire à ce passé douloureux avec sobriété.
On pense accéder à une possible rédemption, un possible regret et rachat pour les protagonistes placés face à leur responsabilité. Un ultime rebondissement vient contredire cela avec un pessimisme terrible où le rachat n se mesure qu'à l'aune d'un possible scandale public. La punition finale ne s'en avère que plus puissante, sa nature fantastique (et divine ?) se révélant au grand jour dans une chute mémorable. Un vrai petit classique assez mémorable et captivant de bout en bout. Dommage que Guy Hamilton n'ait pas aussi souvent fait montre de personnalité.
Sorti en bluray anglais chez Studio Canal et doté de sous-titres anglais
Extrait
mardi 22 juillet 2014
Les Diaboliques - Henri-Georges Clouzot (1955)
Clouzot signe un de ses suspense les plus mémorables avec ce remarquable Les Diaboliques. La maestria du réalisateur se met entièrement au service du scénario redoutable adapté du roman Celle qui n'était plus de Boileau et Narcejac. Le récit se divise en deux parties bien distinctes. La première est parfaite de montée en puissance dramatique en posant une situation révoltante et les conséquences criminelles qu'elle provoque. Dans un pensionnat pour garçon de province, le directeur Michel Delasalle (Paul Meurisse) règne en tyran auprès de son épouse Christina pourtant propriétaire des lieux ainsi que de sa maîtresse Nicole (Simone Signoret). Les femmes coexistent et subissent dans l'ombre de leur détestable homme avec un Paul Meurisse génialement odieux et dominateur qui enchaîne les scènes d'humiliations glaçantes.
Les deux femmes offre des personnalités miroir dont la soumission ne se dément pas que ce soit la frêle et impressionnable Vera Clouzot terrifiée par un simple haussement de sourcil de Meurisse et la plus vindicative et émancipée Simone Signoret dont le personnage semble lui enchaîné par amour malgré sa force de caractère.
L'épouse et l'amante bafouée vont ainsi s'allier pour mettre fin à leur tourment en tuant Delasalle. Clouzot offre un équilibre remarquable entre l'intelligence du stratagème et la brutalité et crudité de son exécution (pas si facile de tuer un homme puis de se débarrasser d'un cadavre), offrant de pures visions macabres hallucinées tout en ne perdant jamais de vue l'état d'esprit de ses meurtrières (Christina vacillante puis déterminée à empoisonner un Delasalle définitivement irrécupérable). La mécanique est absolument diabolique, la stylisation se mêlant à un cadre et des personnages typiquement franchouillards et austères (Noël Roquevert remarquable ou encore la rencontre avec Jean Lefebvre en soldat aviné).
Après cette leçon de maîtrise, Clouzot ose une seconde partie plus flottante et longuette. Le but est de nous placer dans une attente et angoisse indécise puisque la libération des deux femmes avec la découverte du cadavre n'interviendra pas puisque celui-ci semble s'être volatilisé. On navigue entre tension psychologique (l'association entre les deux alliées tournant cours et exacerbant leurs traits de caractère notamment l'aspect grenouille de bénitier de Christina rongée par la culpabilité), une paranoïa où plane l'ombre du Corbeau (1943) et des élans de fantastique où il est plus que suggéré que Delasalle semble être revenu d'entre les morts pour se venger.
Une frayeur indicible s'amorce sans se délester de cette truculence franchouillarde (Charles Vanel en commissaire à la bonhomie intrusive et inspirateur du personnage de Columbo) et Clouzot offre un final gothique virtuose où le pensionnant devient une cathédrale de la peur chargée d'ombres et de murmures menaçants. Le final reste toujours aussi fort et inattendue même si la résolution en elle-même ne serait sans doute pas expédiée aujourd'hui avec la même efficacité que Clouzot qui fait sobre après tous les artifices qui ont précédés. Un petit bijou de thriller.
Sorti en dvd zone 2 français chez René Chateau ou en zone 1 chez Criterion
lundi 21 juillet 2014
Le Convoi de la peur - Sorcerer, William Friedkin (1977)
Trois hommes de
nationalités différentes, chacun recherché par la police de son pays,
s'associent pour conduire un chargement de nitroglycérine à travers la jungle
sud-américaine...
A la fin des années 70, William Friedkin règne sur le toit
d’Hollywood après les triomphes de French
Connection (1971) et L’Exorciste (1973).
Friedkin restera pourtant quatre ans sans réaliser après cet enchaînement tant
les scripts qu’on lui propose s’inscrivent dans la veine du genre de ces deux
réussites, le polar et le film fantastique. Alors que ses amis du Nouvel
Hollywood accumulent à leur tour les succès commerciaux et artistiques,
Friedkin souhaite revenir avec un projet vraiment personnel. L’idée lui viendra
alors de revisiter l’un de ses traumatismes cinématographique de jeune
spectateur en signant un remake du Salaire
de la peur d’Henri-Georges Clouzot, ou plus précisément une seconde
adaptation du roman éponyme de George Arnaud. Ce sera d’ailleurs la cause d’un
malentendu puisque l’idée vient à Friedkin au cours d’un dîner arrosé en
compagnie de Clouzot où il demandera à celui-ci les droits pour réaliser un
remake et que Clouzot les lui donnera en signant sur un coin de table alors
qu’il ne les possède pas. Tout cela montre la manière plutôt légère dont
Friedkin aborde le projet qu’il voit au départ comme une œuvre de transition
avant son prochain gros film supposé The
Devil's Triangle. En engageant le jeune scénariste et documentariste Walon
Green (responsable du script légendaire de
La Horde Sauvage (1969)), Friedkin prendra pourtant la mesure d’une
ambition et ampleur nouvelle à travers les lectures que lui suggère Green quant
à la tonalité du film comme le Cent ans
de solitude de Gabriel Garcia Marquez. Finalement Le Convoi de la Peur ne conservera que le postulat de base voyant
trois hommes aux abois convoyer un chargement de nitroglycérine à travers la
jungle mais pour aller dans une direction différente.
Chacun des protagonistes a un rôle symbolique et représente
un mal du monde moderne et plus particulièrement associé à cette très agitée
décennie des 70’s. C’est la fin des trente glorieuses et l’arrivée des premiers
scandales financiers avec l’homme d’affaire français Victor Manzon (Brun
Crémer) fuyant la justice pour fraude à la spéculation. Le
conflit israélo-palestinien à travers Kassem (Amidou), jeune terroriste arabe
en fuite après avoir commis un attentat. Le crime organisé et la mafia pour
Jack Scanlon (Roy Scheider) recherché par le parrain local suite à un hold-up
dans une église blanchissant de l’argent. Tous vont devoir fuir et se réfugier
dans un mystérieux pays totalitaire d’Amérique du sud où ils travaillent dans
une raffinerie pétrolière.
Après l’urgence des prologues ayant présentés les
personnages, le rythme se ralenti à l’image de leur existence fauchée en plein
vol, et la caméra s’attarde désormais sur l’enfer que constitue leur quotidien.
Misère ambiante, atmosphère humide et boueuse, cadavres jonchant les rues et
corruption policière, ces lieux semblent tout désignés pour les damnés et parias
de la terre. Dans cet enfer et prison à ciel ouvert, nul échappatoire pour nos
fugitifs sans moyens si ce n’est la perspective de transporter une cargaison de
nitroglycérine hautement instable et destinée à éteindre l’incendie d’une des
raffineries de la compagnie.
Friedkin dénude ses héros de tous les motifs
vains et superficiels liés à la civilisation qui les ont conduits à cette situation pour
les réduire à des hommes d’horizons différents cherchant à survivre. Paradoxalement,
c’est en servant à de purs intérêts capitalistes qu’ils pensent trouver le
salut avec cette compagnie exploitant la misère lors de séquences cruelles où
la population locale sert de bête de somme négligeable mais susceptible de se
rebiffer avec fureur lors de la séquence du retour des cadavres calcinés d’ouvriers
au village. La quête de rédemption est viciée d'emblée et annonce la suite. Friedkin semble avoir réellement voulu se mettre dans l’état d’esprit
de ses héros n’ayant plus rien à perdre en prenant tous les risques pour le
film. Son égo l’empêchera d’enrôler Steve McQueen pour le rôle de Scanlon, la
star souhaitant un petit rôle pour sa compagne Ali McGraw avec laquelle il
était en froid et ne pouvait s’éloigner trop longtemps pour un tournage aux
antipodes. Là aussi alors que Coppola s’englue dans l’enfer d’Apocalypse Now aux Philippines, Friedkin
va vivre le sien en choisissant pour plus de véracité de filmer l’odyssée dans
la jungle de la République Dominicaine.
La furie des éléments et l’environnement
hostile mettra bien sûr l’équipe à cran et occasionnera des dépassements d’un
budget initial de 5 millions de dollars grimpant bientôt à 15 pour finir à 22.
Friedkin sur un pied d’égalité des personnages et prend symboliquement les
mêmes risques pour obtenir le film qu’il entend. L’un des studios coproducteur
du Convoi de la peur est Paramount,
propriété de la compagnie Gulf+Western depuis 1966 et dont le patron Charles
Bluhdorn a justement mis en œuvre diverses affaires en République Dominicaine. Le
film illustre ainsi la mainmise et les écarts de la compagnie sur l’économie du
pays et si elle n’est pas ouvertement nommée, le spectateur attentif repérera
une affiche avec son logo le temps d’une scène. Une prise de risque insensée pour
un Friedkin en roue libre qui se permettait tous les écarts.
Tous ces éléments contribuent à une tension maximale lors de
la fameuse traversée de la jungle en camion. Les séquences inouïes s’enchaînent
la terreur est double entre ce qui se déroule à l’écran et ce qu’on imagine d’instinct
suicidaire pour les avoir tournées. On pense bien sûr à cette traversée d’un
pont de bois brinquebalant sous une tempête déchaînée. Crissement de pneu,
bourrasque de vents ininterrompue et visages crispés, la scène est un grand
moment qui laisse le spectateur à bout de souffle. Les personnages sont ainsi
poussés à tel point dans leurs derniers retranchements que les différences, les
inimitiés et horizon variés s’estompent pour en faire une entité solidaire
faisant face à l’adversité. Chacun conserve sa zone d’ombre et de mystère, ni
bon ni méchant, les plus douteux finissant par faire profiter de leurs
aptitudes au collectif à l’image de Kassem dont l’expertise des explosifs
permettre de vaincre un obstacle ou le très inquiétant Nilo (Francisco Rabal qui
fut d’ailleurs envisagé pour jouer Charnier dans French Connection) dont le maniement de la gâchette les sortira d’un
mauvais pas.
Friedkin les caractérise avec son ambiguïté habituelle tout en leur
conférant un charisme imposant en quelques vignettes (Manzon intimant à Kassem
de prendre le volant du camion lors de la traversée d’un pont). Friedkin
illustre de cette façon une possibilité d’union et d’entraide entre les hommes
loin des codes viciés et calculateurs de la civilisation, où les besoin les
plus élémentaires ramènent à une fraternité oubliée. C’est une quête coutumière
dans le cinéma de Friedkin de l’époque, l’instinct de justice de Popeye Doyle
(Gene Hackman) le poussait à traquer le dealer Charnier jusqu’au bout dans French Connection, tout comme le Père
Karras affronterait le démon pour le triomphe du bien dans L’Exorciste. Les héros de Friedkin courent toujours après leur
humanité et c’est précisément quand ils l’atteignent qu’ils sont les plus
vulnérables, le symbole ici étant notamment le souvenir ému de son épouse qu’entretien
Manzon.
Le Convoi de la peur ne
déroge pas à la règle, le drame surgissant alors que le plus dur est passé et
que laisse poindre un semblant d’amitié ou lorsqu’une menace oubliée renaît en
conclusion alors que l’apaisement semblait de mise. Le score synthétique de
Tangerine Dream nous noie ainsi dans une forme de noirceur torturée et sans
espoir annonçant toujours le pire dans une œuvre véritablement sans espoir.
Parmi les derniers vestiges de ce cinéma américain 70’s désabusé, Le Convoi de
la peur connaîtrait un échec cinglant, le public las de ce ton faisant un
triomphe au plus lumineux Star Wars sorti en même temps et annonçant le virage
des années à venir. Film maudit par excellence, c’est aussi sans doute la plus
grande réussite de William Friedkin.
Introuvable depuis des lustres, le film est enfin ressorti dans une édition blu ray all région
jeudi 17 juillet 2014
Trois camarades - Three Comrades, Frank Borzage (1938)
Au lendemain de la Première guerre mondiale, la réunion de trois soldats qui décident d'ouvrir une entreprise de réparation automobiles mais, dans cette Allemagne meurtrie par la guerre, le travail manque...
Avec À l'Ouest, rien de nouveau, Erich Maria Remarque avait écrit un des ouvrages les plus marquants sur la Première Guerre Mondiale lui-même adapté au cinéma en 1930 avec le classique réalisé par Lewis Milestone. Le film connaîtrait quelque remous à sa sortie au sein de l'Allemagne nazie et serait interdit une semaine après sa sortie. Remarque serait alors inquiété par le régime et contraint à l'exil en 1932, d'abord pour gagner la Suisse puis quelques années plus tard les Etats-Unis. C'est durant cette période qu'il se pencherait sur Trois Camarades, roman qui se penche en quelque sorte sur l'après à travers le destin de trois amis vétérans de la Grande Guerre durant la montée du nazisme en Allemagne. La MGM achèterait rapidement les droits avant même la sortie du livre en 1937 et en confierait le script à la plume prestigieuse de F. Scott Fitzgerald.
Le film se verra pourtant complètement amputé de sa dimension politique. Les Etats-Unis ne souhaitant pas s'attirer les foudres de l'Allemagne nazie, toutes les allusions directes aux oppressions d'alors contenues dans le livre sont diluées avec une solution radicale : déplacer l'intrigue des années 30 au début des années 20. Fitzgerald se plaindra également des amputations et réécritures de son script (effectuées en partie par celui qui n'était encore alors que producteur, Joseph L. Mankiewicz) dues selon le studio à une écriture et des dialogues trop littéraire.
En dépit de ces entraves au matériau original, Frank Borzage parvient cependant à signer un magnifique mélodrame. Au lendemain de la Première guerre mondiale, les trois amis et vétérans Erich (Robert Taylor), Otto (Franchot Tone) et Gottfried (Robert Young) retrouvent une Allemagne où ils ont bien du mal à trouver leur place. Ce sera un vide existentiel pour Erich, idéologique pour Gottfried qui s'engage dans des groupes gauchiste tandis que le plus solide Otto s'accrochera au travail et à l'affaire de garage que les trois amis ont montés ensemble. La facette politique reste finalement floue et en arrière-plan, Borzage l'exprimant par les états d'âmes des héros dont les espoirs sont symboliquement lié à l'état du pays.
Le retour à la vie civile difficile et le souvenir encore vivace et douloureux de la guerre s'imprègne encore ainsi de la possibilité de possible jours meilleurs à travers la belle histoire entre Erich et Pat (Margaret Sullavan). La nature blessée des deux personnages est exprimée avec finesse par Borzage, notamment Erich évoquant sous forme de boutade les contrées exotiques où il n'est jamais allé (puisqu'il n'a connu que le front au sortir de l'adolescence) ou ses aptitudes et qualités ne reposant que sur des facultés militaires. Il se réfugie sous cette ironie tandis que Pat feindra une certaine frivolité pour éviter de souffrir, notamment par ses fréquentations huppées.
Pourtant si elle n'a évidemment pas combattue, elle a perdu ses deux parents dans le conflit et les privations lui ont causées une santé fragile. Parallèlement Gottfried verra le quotidien se faire menaçant du fait de ses accointances politiques et devra s'en détacher pour protéger ses amis. Le lien unissant les personnages constituera ainsi pour un temps un refuge pour les héros, Borzage ornant la première partie d'un jour jovial, lumineux et romantique où l'alchimie des acteurs fait merveille. Tout cela s'exprime dans une complicité virile pour les hommes où cet attachement s'exprime avec brio grâce à de superbes dialogues et la romance est tout simplement bouleversante grâce notamment à la performance fragile et à fleur de peau de Margaret Sullavan.
Sans que rien ne soit explicitement cité, le mécontentement dû aux Accords de Versailles, la pauvreté et la montée des extrêmes qui en découle, tout cela se dévoile par le regard des protagonistes. Si cette amitié et amour sont indéfectible, le rapport à leur environnement est mis à mal pour ces héros pas à leur place et se répercute sur leur état d'esprit. La santé de Pat semble ainsi décliner avec le climat ambiant, la misère et l'apparition de silhouettes menaçantes et vêtues de noir allant de pair. Les plus déterminés (Gottfried) et fragiles (Pat) sont ainsi condamnés à être des figures sacrificielles ne pouvant survivre.
La dernière partie offre de poignants adieux entre nos héros mais aussi à cette Allemagne dans laquelle ils ne se reconnaissent plus. Les disparus seront des attaches à une nation qui n'existe plus réellement et qui a basculée, à l'image de la scène finale où ils apparaissent sous forme de fantômes accompagnant les survivants désormais en exil et auxquels s'identifiait Erich Maria Remarque. Margaret Sullavan est réellement la plus émouvante et domine par l'émotion dégagée le casting de haut vol. Une œuvre magnifique qui préfigure le plus ouvertement engagé La Tempête qui tue (1940) traitant frontalement des mêmes thématiques.
Sorti en dvd zone 2 français chez Warner dans la collection Trésors Warner
mercredi 16 juillet 2014
Hurlements - The Howling, Joe Dante (1980)
Los Angeles. Karen White (Dee Wallace) est une journaliste qui se retrouve traquée par un tueur en série nommé Eddie Quist (Robert Picardo). En coopération avec la police, elle prend part à un piège pour capturer Eddie en acceptant de le rencontrer dans un cinéma porno. Alors que Quist force la journaliste à regarder une vidéo de viol, il est tué par les forces de l'ordre. Karen est traumatisée et souffre d'amnésie. Son thérapeute, le docteur George Waggner (Patrick Macnee), décide de l'envoyer avec son mari Bill (Christopher Stone) dans un centre isolé à la campagne où ses patients prennent du repos, "La Colonie".
Joe Dante avait fait sensation avec son premier film Piranhas (1978), meilleure relecture du classique de Steven Spielberg Les Dents de la mer (1975) et qui témoignait déjà du savoir-faire du réalisateur (qui fit des miracles en un mois de tournage et le budget pingre attribué par Roger Corman) mais aussi de son amour du genre à travers une tonalité référentielle qui aurait cours durant toute sa filmographie (notamment par la présence de la légendaire Barbara Steelle au casting). Avant le triomphe de Gremlins (1984) allait cependant revenir à l'horreur pure et dépoussiérer brillamment le mythe du loup-garou avec ce second film.
Hurlements adapte sur un scénario de John Sayles le roman Howling de Gary Brandner. On y suit Karen White (Dee Wallace), journaliste de Los Angeles jouant un jeu dangereux avec un tueur en série qu'elle séduit et provoque dans le cadre d'un reportage tout en étant suivie par la police. La traque va pourtant mal tourner lorsqu'elle va se retrouver seule nez à nez avec le tueur mais alors qu'il est tapi dans la pénombre l'impensable se produit en le voyant se transformer en quelque chose de sauvage et innommable qui sera abattu avant que l'on ait pu saisir sa nature.
Dès cette saisissante introduction tous les indices sont là que ce soit l'aisance et la confiance en lui du tueur en dépit de la nature "autre" que l'on devine chez lui et en parallèle les tirades du psychologue joué par Patrick McNee dépeignant la nécessité de libérer la part sauvage qui sommeille en nous. Karen traumatisée par les évènements est envoyée en traitement dans un centre de repos isolé nommé la "Colonie" qui offrira un cadre symbolique à cette opposition entre civilisation et animalité. Une enquête en parallèle déploie de manière amusée tout le folklore associé au loup garou (balle d'argent, pleine lune et compagnie) tandis que Joe Dante amorce plus subtilement le thème dans cet environnement rural.
Ce combat humain/animal s'illustre ainsi par les mœurs citadines assez triviales de Karen et son époux (leur mesure face à l'exubérance des autochtones, l'incrédulité lorsque l'époux avouera être végétarien) confrontées à la bonhomie et l'aisance des locaux. Le désir vient ensuite s'en mêler lorsque la croqueuse d'homme Marsha (Elisabeth Brooks) cherchera à séduire l'époux de Karen, sa nature bestiale et son désir lui incitant à lui céder tandis que sa part humaine lui intime de résister et de rester fidèle.
C'est bien sûr la première qui dominera après qu'une morsure ait fait gagner l'instinct animal et c'est seulement là que Dante déploie la première transformation, le coït furieux se faisant sur fond de pleine lune et de hurlements de plaisir de ceux désormais révélés à leur nature de bête. Les maquillages de Rob Bottin ne sont qu'entraperçu pour privilégier un trucage en stop-motion des loups garous, la composition de plan avec cette effet donnant à la séquence une allure de tableau de rite ancestral.
La suite déroule une trame d'horreur plus classique à coup d'apparitions effrayante et de course-poursuite mais l'audace de Dante est constante. Contrairement au mythe du vampire où l'on peut associer une certaine dimension de noblesse et de séduction, celui du loup garou était jusque-là purement associé à une forme de malédiction, notamment dans le classique de George Waggner The Wolf Man (1941).
Les lycanthropes s'oubliaient en cédant à leur instinct sauvage et commettaient l'irréparable, en étant dominés par leur seconde nature dont leur transformation guidées le phénomène naturel de la pleine lune. C'est tout l'inverse dans Hurlements où l'état de loup garou est libérateur, le seul qui soit finalement normal pour les concernés et celui où s'épanouit le plaisir et le gout de la chair, qu'elle soit à dévorer ou s'ébattre. L'humanité (et par extension la psychanalyse comme le révélera la révélation finale) et la civilisation est une entrave à l'expression d'une animalité qui constitue le seul état qui vaille d'être vécu.
Dès lors la très spectaculaire et détaillée transformation constituant un sommet du film est autant une démonstration de force de Rob Bottin aux effets spéciaux qu'une manière d'appuyer cette thématique en déployant cette métamorphose (voulue et consciente) dans toute sa splendeur. Rob Bottin tout jeune et nouveau venu dans le milieu avait obtenu le job car son mentor Rick Baker avait dû choisir l'autre grand film de loup garou de l'époque, Le Loup garou de Londres (1981) de John Landis. Au final le film de Joe Dante serait bien meilleur et les effets de Bottin plus réussis (même si ceux de Baker restent très impressionnant), plaçant désormais les deux amis en concurrence et rivalité. Cela se fait en tout cas pour le meilleur dans Hurlements où Dante nous offre une des relectures les plus brillantes du mythe tout en en retrouvant la facette classique dans la stupéfiante scène finale où le côté maudit du lycanthrope reprend ses droits.
Sorti en dvd zone 2 français chez Studio Canal
mardi 15 juillet 2014
Samson et Dalila - Samson and Delilah, Cecil B. DeMille (1949)
L'épopée biblique et
tragique de Samson, qui lutte pour libérer son peuple, les Hébreux soumis aux
Philistins. Il tombera dans le piège tendu par la belle et cruelle Dalila.
On associe souvent Cecil B. DeMille au gigantisme des
fresques historiques hollywoodiennes et plus particulièrement au péplum.
Pourtant à bien y regarder il n’aura abordé le genre qu’à quatre reprises tout
au long de son immense filmographie. C’est pourtant bien dans le péplum que s’exprime
le mieux cette fameuse dualité si fascinante chez le cinéaste, à savoir une
droiture, un moralisme et une piété qui s’oppose toujours à un gout et un vrai
talent à illustrer le désir, le stupre et la luxure. Le Signe de la Croix (1932) traitait ainsi des premiers martyrs
chrétiens tout en se délectant avec moult détails des tortures qu’ils subissaient
dans les arènes romaines (ainsi que des mœurs dissolues de ces derniers). Cléopâtre (1934) multipliait les allusions
et situations sexuelles explicite dans son portrait de la souveraine égyptienne
campée avec un sens de la provocation étincelant par Claudette Colbert.
La
construction même de la première version des Dix Commandements (1923) fonctionnait sur cette dualité avec une
première partie consacrée aux exploits de Moïse tandis que la seconde mettait
les tables de la loi à l’épreuve des tentations du monde moderne. Samson et Dalila était donc le projet
idéal pour DeMille avec son héros tiraillé entre sa foi, son destin et l’attrait
des sens représenté par Dalila.
Le projet germe dans l’esprit de DeMille dès 1935 (sur un premier traitement de Harold Lamb) avec pour
jouer Dalila une hésitation entre Paulette Goddard, Dolores Del Río ou encore
Joan Crawford. Rien ne se fera pourtant à ce moment et la production ne
reprendra réellement que 12 ans plus tard en 1947. Là encore le casting de
Dalila sera de longue haleine, DeMille commandant au peintre Henry Clive un
tableau représentant sa vision de Dalila et qui s’avère une sorte de croisement
entre Jean Simmons, Lana Turner et Vivien Leigh soit une combinaison entre le
désir, la sensualité et la passion que peuvent véhiculer ces trois actrices. Outre
ces modèles d’autres stars féminines seront envisagée tel que Ava Gardner,
Jennifer Jones, Susan Hayward, Rita Hayworth, Rhonda Fleming ou encore Linda
Darnell. Hedy Lamarr sera finalement l’heureuse élue suite à des essais
brillant, DeMille ayant d’ailleurs toujours eu un œil sur elle puisqu’il l’envisagea
pour jouer Esther en 1939 dans un autre projet de péplum biblique avorté.
Le
Samson idéal sera tout aussi difficile à trouver. DeMille envisage tout d’abord
le culturiste Steve Reeves (qui aurait ainsi pu faire des débuts
cinématographique plus prestigieux que sa carrière italienne) celui-ci refuse
de perdre un peu de sa masse musculaire trop imposante – l’Italie plus friande
des surhommes aux proportions démesurée l’accueillera à bras ouvert quelques
années plus tard pour sa la saga des Hercule.
Burt Lancaster fut également choisit mais dû renoncer à cause de problème de
dos et c’est finalement Victor Mature qui échoit du rôle-titre, DeMille ayant
été captivé par sa prestation dans Le
Carrefour de la mort (1947).
Le vrai problème du réalisateur ne réside pourtant pas
uniquement dans le casting mais aussi dans le ton à adopter. En en restant à
une adaptation pure de la Bible (et plus précisément du Livre des Juges), le
personnage de Dalila n’en resterait qu’une pure incarnation de femme fatale
perfide qui causera la perte de Samson. DeMille souhaite ainsi accentuer la
force dramatique du récit de ce qu’il considère comme une des plus belles
histoires d’amour jamais contée. Il trouvera matière à travers le livre Judge and Fool/ Samson the Nazire de Vladimir Jabotinsky qui accentue la dimension
romanesque du récit biblique en liant dès l’origine le destin de Samson et
Dalila, cette dernière étant la sœur de la première femme de Samson. Le script
de Jesse L. Lasky, Jr. et Fredric M.
Frank s’inspirera donc de ces différentes sources pour un résultat flamboyant.
Le film sera ainsi très fidèle dans sa chronologie et son
illustration des péripéties de l’épopée de Samson, mais en plaçant constamment
la destinée du héros à l’aune de l’amour de Dalila. DeMille nous dépeint ainsi
dès le début en parallèle le lien de Samson à son peuple israélite sous le joug
de l’envahisseur philistin mais aussi la
façon dont le héros est surtout soumis à ses sens à travers l’amour qu’il voue
à la belle philistine Semadar (Angela Lansbury). L’icône qu’il est destiné à
devenir s’oppose ainsi à l’homme qu’il est encore, les deux s’entrecroisant
dans ses démonstrations de force aux motivations contrastées. Lorsqu’il s’introduit
chez Semadar pour la séduire, il tordra une lance pour impressionner le rival
amoureux qu’est le Prince Ahtur (Henry Wilcoxon habitué de DeMille) puis
défiera le Saran (George Sanders) en personne en le devançant à une chasse au
lion où il tuera le fauve à mains nues.
Samson s’oppose déjà à l’oppresseur
mais pour des objectifs personnels. La reconnaissance en tant que sauveur
semble donc quelque peu abstraite tandis que l’amour de Semadar s’avérera très
ambivalent et superficiel (la trahison sur l’énigme, son père prompt à l’offrir
à Ahtur au premier conflit). Dans tout ce flou et cette incertitude, seul l’amour
fou et inconditionnel de Dalila semble représenter un vrai ancrage pour Samson.
Son malheur sera qu’il ne saura pas le voir, provoquant ainsi la colère d’une
femme blessée.
Chacun des évènements mythiques que vit Samson sera donc
toujours causé par l’influence de Dalila. Il endosse complètement sa dimension
d’ennemi des philistins après que Dalila ait semée la discorde à son mariage
qui virera au bain de sang et bien sûr sa trahison causera sa perte mais aussi
son exploit le plus retentissant. La facette romanesque peut ainsi s’épanouir
en ramenant constamment ces personnages plus grands que natures à une échelle
plus intime à travers leurs amours passionnés. Le choix de Victor Mature s’avère
des plus judicieux et l’on comprend mieux que DeMille ait écarté Steve Reeves.
Son Samson n’est pas un héros parfait et vertueux mais un homme se cherchant et
qui dans ses erreurs construit sa destinée.
Mature a certes une carrure
imposante mais ne parait pas surhumain car sa force ne lui pas de son physique,
mais de la bienveillance divine. Tant que Samson n’est pas totalement accompli,
ses exploits aussi impressionnant soient-ils ne joueront donc que sur sa
puissance physique tel ce lion abattu de ses mains – scène fabuleuse dans son
découpage où un vrai lion se déchaîne le plus souvent – ou encore sa colère
déchaînant les flammes sur les convives de son mariage. DeMille déploie toute
son imagerie grandiloquente et son recours à l’iconographie religieuse lorsque
les actions de Samson s’ornent de vertus plus nobles. Lorsque Samson prisonnier
se libère et décime une armée de philistins dans une gorge rocheuse seulement
armé d’un crane d’âne, le réalisateur se soustrait à toute forme de réalité et
déchaîne un enfer de violence où le ciel s’assombrit, les cadrages donnent
enfin à notre héros cette présence démesurée et son bras vengeur brise les os
et le métal avec une brutalité stupéfiante.
La seule force ne peut dompter ce Samson mais son cœur peut
le trahir. Revancharde et amoureuse, Dalila va réussir à le dompter. La grande
force du script est de ne jamais faire douter de la duplicité de Dalila et
malgré tout rendre impossible à ses interlocuteurs pas dupe de ne pas céder à
ses charmes. L’esprit et l’intelligence acérée du Saran (George Sanders parfait
d’élégance et de finesse) devinent que son cœur appartient à un autre mais l’accepte
et les bras vigoureux de Samson sentent l’ambiguïté de l’étreinte de cette
séductrice mais ne s’y refusent pas. Hedy Lamarr est extraordinaire pour
exprimer cela par ses attitudes provocantes et poses sensuelles, la
présence lascive trahissant une intensité de sentiments constants pour l’objet
de toutes ses attentions à savoir Samson.
Toutes ses actions, ses bienfaits
comme trahisons auront pour but de s’approprier leur cœur de Samson. La
complicité entre Lamarr et Mature est palpable, DeMille entretenant constamment
cette aura de doute et de passion ardente, le thème romantique et torturé de Victor Young l'illustrant à merveille. Samson aime et désire Dalila, tout
en sachant qu’il ne peut se fier à elle. Dalila aime éperdument Samson, mais
sait qu’il est voué à de plus grands dessein que ses seuls baisers. Sa trahison
ne sera donc pas un acte de haine mais d’amour lorsqu’elle percera le secret de
sa force et le livrera aux philistins.
Le couple ne pourra donc s’unir qu’endossant simultanément
son aura charnelle et mythique. Un des plus beaux moments du film est sans
doute quand descendu plus bas que terre Samson demande à Dieu de punir Dalila
car lui en demeure incapable malgré ce qu’elle lui a fait. La dernière scène
est une des séquences les plus extravagantes jamais filmées par DeMille, celle
où Samson use de ses ultimes forces pour ensevelir ses ennemis avec lui dans le
temple du païen de Dagon. Là encore le spectaculaire et l’intime ne sont jamais
séparés.
Samson désormais aveugle s’assure en vain que Dalila est hors de
danger avant de s’enterrer avec les philistins, et Dalila d’être le plus près de
lui lors de ce sacrifice. Les murs peuvent s’effondrer, les colonnes se briser
et les idoles se fendre, le couple est enfin réuni et apaisé, la facette
romantique ayant largement pris le pas sur le biblique. Le film sera un succès
colossal, la plus grosse recette de 1950 et le plus grand triomphe de DeMille
avec sa mythique relecture des Dix
Commandements en 1956.
Sorti en dvd zone 2 et en blu ray chez Paramount
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