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mercredi 7 décembre 2011

Arrêtez les tambours - Georges Lautner (1961)


Sous la France occupée, le docteur Leproux, maire du village, est un homme bon qui déteste la guerre. Il est ami avec le major allemand qui travaille à l'hôpital, mais il héberge en même temps un parachutiste anglais qui a été abattu.
Georges Lautner signait avec ce troisième film une dès ses premières réussites majeures dans un genre auquel il ne reviendrait plus par la suite, le film de guerre. Le récit nous plonge en pleine Occupation au sein d'un petit village normand où est installée une garnison allemande. En ces temps de guerre, tout ne peut que fonctionner selon des clivages manichéens et classiques entre cruels occupant et vaillants occupés. Pourtant on comprend assez vite que l'on ne s'arrêtera pas à cette première lecture, les protagonistes n'étant pas séparés et opposés par leur camp et races respectives mais plutôt par l'attitude adoptée. Ainsi si tous les villageois ne manquent pas au grand jour d'affirmer leur patriotisme et haine des allemands, la nuit venue l'égoïsme et la lâcheté ordinaire ressurgissent lorsqu'il s'agira de recueillir un parachutiste anglais blessé. L'acte le plus noble qui sauvera l'un d'eux viendra d'un officier allemand mentant pour assurer un alibi tandis que le plus lâche sera l'œuvre de résistants faisant (par erreur) exploser wagon de la croix rouge transportant des blessés ennemis.

Le symbole de ses repères bousculés est le personnage du docteur Leproux (Bernard Blier) médecin et maire du village. Pragmatique, humaniste et opposé à la guerre, il va là où on a besoin de lui et soigne sans distinction maquisards comme soldats allemand blessés, osant même entretenir un début d'amitié avec un confrère allemand (Lutz Gabor). Le film est une constante opposition entre la froideur que nécessitent la guerre et la chaleur que l'on se doit de maintenir pour ne pas perdre son humanité. Ainsi on aura un couple chez les résistants qui par nécessités n'assouvira jamais une attirance réciproque (monolithique Jacques Chabassol et pétillante Anne Doat) tandis qu'une belle romance platonique se fait jour entre la fille de Leproux (Lucille Saint-Simon) et le médecin allemand. Pourtant comme le souligne le leitmotiv du film et qui justifie tout, "c'est la guerre" et ceux n'ayant pas fait leur choix sont condamnés.

Bernard Blier offre une de ses plus impressionnantes performances dramatiques avec ce personnage fidèle à ses principes et rattrapé par son contexte. Impressionnant de droiture et humble, il est la vrai figure héroïque (sa fille étant celle romantique) avec ses failles tandis qu'il n'est entourés que de pantins pour lesquels l'idéologie à éteint tout jugement personnel. On ne cède pas à la facilité pourtant notamment dans la caractérisation du médecin allemand, vrai patriote mais respectueux de ses ennemis et qui vacillera en se rappelant qu'il est aussi avant d'être soldat un homme qui peut tomber amoureux.

Un climat pesant et fataliste imprègne ainsi le film par la mise en scène de Lautner et la photo de Maurice Fellous pour ce qui est leur première collaboration. L'ambiance se fait de plus en plus étouffante lorsqu'approche la conclusion et monte le climat délétère du village (les regards méprisant sur les promenades entre l'allemand et la fille de Blier). Les moments quotidiens s'entrecoupent de nombreuses séquences de guerre (issu de stock-shot du débarquement ou de bombardements aériens notamment) où l'attente de la libération accentue les tensions. La conclusion sèche renvoie tout le monde dos à dos de manière magistrale dans un dernier plan lourd de sens. Une approche passionnante qui en fait une belle réussite trop méconnue.

Sorti en dvd chez CLC

Extrait



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