Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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lundi 5 décembre 2011

Jusqu'à ce que mort s'ensuive - Blanche Fury, Marc Allegret (1948)

Blanche Fury, sur le point d'accoucher, se souvient... Jeune femme sans ressources, elle était devenue, sur le Domaine de sa famille, la gouvernante de Lavinia, petite-fille de son oncle Simon Fury. Elle avait alors rencontré l'intendant du Domaine, Philip Thorn, qui se revendiquait le fils naturel d'un Fury, ancien propriétaire décédé. Une liaison avait uni Blanche et Philip, assombrie par le caractère imprévisible de ce dernier...

Blanche Fury est l'occasion de savourer du grand et bon mélodrame gothique dans la plus pure tradition du genre. On songe autant à Rebecca pour les atmosphères qu'à L'Amant de Lady Chatterley et Les Hauts de Hurlevent sur certains aspect de l'intrigue et on est surpris de voir le français Marc Allégret (qui pour le coup signera plus tard une vraie adaptation de Lady Chatterley en France avec Danielle Darrieux) à la tête de ce pur produit anglo-saxon. Et il s'en sort tout à fait honorablement même si l'intérêt tient plus de l'intrigue tortueuse et de l'interprétation que de sa mise en scène illustrative mais soignée.

La pesante scène d'ouverture nous met d'emblée dans l'ambiance en nous faisant découvrir le domaine de Clare, personnage à part entière et objet de toute les convoitises dans lequel pénètre un cavalier à toute hâte. Celui-ci est un médecin venu au chevet de la maîtresse de maison agonisante et sur le point d'accoucher. Un flashback nous fait alors découvrir les évènements qui l'on mené jusqu'à cet instant.

Embauchée par son oncle pour être la gouvernante de sa petite-fille (et éventuellement future épouse de son fils) Blanche Fury est une femme déterminée à réussir et sans scrupule, jusqu'à ce qu'elle tombe sous le charme de Philip Thorne (Stewart Granger). Simple intendant du domaine, ce dernier est pourtant le vrai héritier des lieux mais privé de ses biens et de son nom car enfant illégitime. Le film se pare ainsi d'une tonalité trouble et ambigüe où des personnages dont on comprend les frustrations vont pour les résoudre se livrer à des actes révoltants. Stewart Granger fait un grand numéro ténébreux et séducteur où on passe de l'empathie face aux humiliations qu'il subit au quotidien et à sa passion pour Blanche au dégoût lorsqu'il se mu en meurtrier sans scrupule et cède à la mégalomanie schizophrène.

Valerie Hobson est tout aussi trouble avec un personnage fier qui sans ressources ronge son frein au début (formidable scène où elle rabroue sa maîtresse impotente) avant nourrir son ambition en épousant le fade hériter légitime (Michael Gough) qu'elle n'aime pas. Mais la romance avec Granger lui rend une facette plus humaine notamment lorsqu’effrayée par ses élans criminels elle est prête à fuir et abandonner le domaine. L'ensemble fonctionne ainsi avec l'amour et l'ambition, la frustration et le désir s'entremêlant à des degrés toujours différents chez les protagonistes et nouant le drame.

L'intrigue s'avère dense et rondement menée (1h30 à peine), après avoir parfaitement posé l'ambiance et les enjeux Allégret peut enchaîner les rebondissements sans temps mort. On a l'habitude d'un noir et blanc ténébreux pour ce type de drame en costume et là c'est un technicolor (dommage que la copie dvd soit un peu terne) éclatant et au teintes typiquement anglaise avec une photo que se partage Guy Green (pour les extérieurs de la campagne du Staffordshire) et Geoffrey Unsworth (pour les intérieurs aux Studios Pinewood).

Marc Allégret délivre une mise en scène élégante mettant plutôt bien l'ensemble en valeur (magnifiques robes de Valerie Hobson) mais il manque le petit éclair de génie qui aurait amené une vraie flamboyance à l'ensemble, que ce soit l'érotisme des étreintes entre Granger et Hobson ou la dimension surnaturelle et macabre de la séquence voyant les volontés de Granger s'accomplir de manière funeste. Mais reste l'inoubliable prestation de Valerie Hobson dont la rousseur étincelle en technicolor dont on n’oublie pas les paroles finales et le regard éteint en conclusion.

Disponible en dvd zone 2 anglais au sein du coffret consacré à Stewart Granger chez ITV

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