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lundi 26 décembre 2011

La Canonnière du Yang-Tse - The Sand Pebbles, Robert Wise (1966)


En 1926, en Chine, la canonnière américaine San-Pablo patrouillant sur le Yang-Tse Kiang dans les environs de Changsha, se retrouve en plein cœur de la première guerre civile chinoise opposant les forces nationalistes de Tchang Kaï-chek aux communistes.

Sous ce mastodonte du film de guerre se cache une des œuvres les plus personnelles de Robert Wise. Il poursuivit en effet ce projet d'adaptation du roman de Richard McKenna avec ténacité et il est vrai qu'on y retrouve (sur un mode plus pessimiste) les velléités humaniste du Jour où la Terre s'arrêta notamment. La véracité des descriptions de Richard McKenna (qui servit réellement sur une canonnière nommé San Pablo en 1936 mais situe son roman dix ans plus tôt) incite également Robert Wise à faire preuve d'un réalisme sans faille durant la pré production.

Les extérieurs furent tournés à Hong Kong et Taiwan (première production internationale d'envergure sur l'île dont l'industrie cinématographique allait se moderniser quelques années plus tard avec le passage de King Hu) le vrai fleuve Yang-Tsé ne pouvant être investi pour cause de relations diplomatiques glaciales entre les USA et la Chine et certains intérieurs à Los Angeles. Pour le reste, c'est une logistique titanesque qui eut cours avec la construction à l'échelle d'une canonnière (basée sur le modèle de USS Villa-Lobos bâtiment espagnol saisi par les USA du le conflit opposant les deux pays à la fin du XIXe comme le réel San Pablo en fait) entièrement rééquipée, un casting prestigieux (Steve McQueen, Richard Attenborough) pour un tournage qui explosera rapidement les délais puisque des 9 semaines initialement prévues la production s'étalera sur sept mois.

Tous ces moyens sont au service d'un récit profondément pacifique et antimilitariste. Nous y suivons la destinée de Jake Holman (Steve McQueen), modeste chef machiniste fraîchement affecté sur le San Pablo. La première partie pose patiemment la situation géopolitique chinoise d'alors. Colonisé par les occidentaux depuis un siècle déjà, le peuple chinois subit le mépris et le racisme ordinaire de ces derniers en terrain conquis.

On découvre cette situation tout d'abords via les civils durant le périple de Holman pour rejoindre son navire (ce qui permet d'initier le début de romance avec la missionnaire jouée par Candice Bergen) lors d'un dîner où la condescendance tranquille des envahisseurs s'avère sans limite. Wise délivre un flux précieux d'information durant cette longue introduction, notamment la division des chinois en multiple faction qui empêche toute forme de rébellion sérieuse et rend ainsi la patrouille des canonnières (et celle du San Pablo en particulier) quasi inutile et plus symbolique qu'autre chose.

Cette situation s'affirme à plus petite échelle plus tard sur le San Pablo où les soldats sans tâche s'en remettent oisivement à leur coolies chinois pour les tâches domestiques pour des exercices militaires de façades. Seulement Holman ne joue pas ce jeu-là et s'avère immédiatement un dangereux grain de sable sur le navire. Totalement désintéressé par la chose militaire et un patriotisme quelconque, il refuse de déléguer et s'avère réellement concerné par sa tâche contrairement à ses camarades. Richard Crenna est excellent également en capitaine suivant mollement le protocole et sa détresse n'en sera que plus grande lorsque les évènements s'envenimeront.

A l'image de ce monde colonialiste, la canonnière s'avère donc une communauté double entre maître et subalterne, dominants et dominés. Deux évènements viendront troubler cet état de fait avec la poignante histoire d'amour entre Richard Attenborough et une jeune chinoise (Marayat Andriane plus connue sous son pseudo Emmanuelle Arsan auteure des best-seller érotique Emmanuelle !) dont il cherche à payer la dette mais aussi un Holman contraint qui se lie d'amitié avec un coolie (Mako grand habitué du second rôle exotique du cinéma US notamment dans Conan le Barbare) auquel il enseignera les rudiments du métier. Ces deux liens seront mis à l'épreuve lors de moments d’une cruauté révoltante (la vente aux enchères de Maily) et trouveront une issue tragique.

Sous le cadre dépaysant et les impressionnantes séquences maritimes, c'est donc un récit plutôt intimiste qui se noue. C'est l'occasion pour Steve McQueen de déployer tout la finesse et la sensibilité de son jeu (lui qui affirmait être incapable de pleurer à l'écran cède à ces émotions le temps d'un bref et beau moment) en ne se reposant pas sur son seul (et incroyable) charisme avec ce qui est parmi ses prestation les plus fragile (qui lui vaudra sa seule nomination à l'Oscar. Holman est un être taciturne et refermé sur lui-même qui en s'ouvrant va également se trouver déchiré entre son devoir, sa morale et ses amours. La facette guerrière n'apparait donc que dans la toute dernière partie lorsque l'inattendu se produit avec la rébellion chinoise.

Entre la barbarie fanatiques des chinois trop longtemps opprimés et la lâcheté des américains (avec une situation explosive où ils ne peuvent répliquer qu'en cas d'attaque direct sous peine d'incident international) nul choix possible pour Holman constant la vacuité de tout cela (la saisissante dernière scène avec un McQueen en état second est des plus parlante). Robert Wise déploie toute sa maestria filmique lors d'une incroyable et sanglante traversée de barrage sur le fleuve ou d'un gunfight désespéré en conclusion. Un très grand film de guerre et un des chefs d'œuvres de son auteur.

Sorti en édition collector en dvd zone 2 français mais choisir plutôt l'édition zone 1 qui comporte la version longue (rallongée de 15 minutes) du film et dotée de sous-titres français.


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