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mercredi 16 octobre 2013

Monstres Academy - Monsters University, Dan Scanlon (2013)

Même quand il n’était qu’un tout petit monstre, Bob Razowski rêvait déjà de devenir une Terreur. Aujourd’hui, il est enfin en première année à la prestigieuse université Monstres Academy, où sont formées les meilleures Terreurs. Son plan de carrière bien préparé est pourtant menacé par sa rencontre avec James P. Sullivan, dit Sulli, un vrai crack qui a un don naturel pour Terrifier. Aveuglés par leur désir de se prouver l’un à l’autre qu’ils sont imbattables, tous deux finissent par se faire renvoyer de l’université. Pire encore : ils se rendent compte que s’ils veulent que les choses aient une chance de rentrer dans l’ordre, ils vont devoir travailler ensemble, et avec un petit groupe de monstres bizarres et mal assortis… 

 L’audace et l’inventivité des innombrables chefs-d’œuvre de l’âge d’or hollywoodien l’ont largement prouvé, de la contrainte peut naître le plus grand des génies. Et à l’inverse, une trop grande liberté est susceptible d’éteindre la créativité. Un adage que Pixar est en train de vérifier depuis quelques années déjà. On rappelle les faits : en 2000 et au sortir du triomphe public et critique de Toy Story 2, le studio Pixar se rend compte d’une faille dans l’accord le liant à Disney. En effet, la firme aux grandes oreilles n’inclut pas les suites dans sa collaboration avec Pixar (dont elle distribue les films tout en encaissant une large part des bénéfices en échange d’une totale liberté artistique) et John Lasseter et ses collègues se rendent compte qu’ils demeurent liés à Disney pour le même nombre de films, Toy Story 2 ne comptant donc pas. Afin de ne pas être pieds et poings liés à Disney, Pixar est donc contraint pour chaque nouvelle production de développer un scénario original et sans lien avec un des films précédents (Tous cela narré dans le détail dans l'excellent livre de James B. Stewart sur les coulisses de Disney Le Royaume Enchanté) .

On doit à ce contrat vicié une quasi décennie entière de chefs-d’œuvre où Pixar est donc obligé de nous embarquer dans des histoires et univers toujours plus différents : les profondeurs de l’océan pour le poignant Monde de Nemo (2003), la terre dévastée de Wall-E (2008), le Paris culinaire de Ratatouille (2007)… Ces cadres bariolés et intrigues trépidantes servent des histoires sensibles et humanistes explorant des thèmes aussi audacieux que le deuil (Le Monde de Nemo), la vieillesse (Là-haut, 2009) ou encore la reconstruction du couple et de la famille (Les Indestructibles en 2004 soit le meilleur film de super-héros jamais réalisé). Pixar embellit, tandis que Disney est moribond, en pleine fin de règne houleuse de Michael Eisner. Ce contexte permet à Pixar de conclure un nouveau deal bien plus avantageux et mieux encore, John Lasseter est promu afin de redonner des couleurs à Disney. Un Toy Story 3 (2010) sera enfin possible pour un nouveau joyau qui signe pourtant le chant du cygne de l’âge d’or de Pixar.

Désormais libre de faire des suites, le studio s’enfonce dans la médiocrité le temps d’un désolant Cars 2 (2011) où la formule autrefois si universelle s’enfonce dans l’infantilisation poussive. Rebelle (2012) relèvera nettement le niveau mais la patte Pixar s’est perdue en route, faisant ressembler le film à du Disney classique, au point de copier un de ses rebondissements principaux sur le pourtant pas inoubliable Frères des ours (2003). Comble de l’ironie, le Disney officiel Les Mondes de Ralph (2012) faisait preuve de plus d’audace et d’originalité. Guère d’espérance donc quand arrive ce Monstres Academy, suite du plus beau des Pixar Monstres et Cie (2002). Univers merveilleux revisitant avec humour les peurs enfantines, poignant plaidoyer du rapprochement et récit d’amitié se concluant par une scène confondante de candeur, Monstres et Cie était une merveille absolue. Cette suite constitue en fait un prequel où l’on découvre la rencontre de Bob et Sulli sur les bancs de l’université.

Le scénario a la bonne idée d’user des codes du teen movie pour narrer les premiers pas du duo culte - Bob fait ainsi office de nerd voyant en l’université de la peur une capacité de s’affirmer dans cette société où son allure inoffensive le met au banc. Un bucheur totalement à l’opposé de son futur partenaire mais pour l’instant rival Sulli, qui se repose lui sur les acquis de son allure velue et intimidante. L’équivalent du quaterback balourd en somme, tous les autres passages obligés du teen movie y étant - les confréries de fac aux noms improbables notamment. Les personnalités des héros y sont bien fouillées dans l’ensemble, avec ce qu’il faut de clins d’œil, références et révélations quant aux interactions qui auront cours dans Monstres et Cie. On s’amuse aussi beaucoup de découvrir plus en profondeur tous les préceptes qui seront justement totalement remis en cause dans l’original comme la toxicité des humains.

Tout est donc gentiment à sa place, référentiel et plaisant. On ne peut s’empêcher pourtant d’être un peu déçu tant l’excellence a laissé place au savoir-faire - voire, le génie à la formule calibrée. On passe un bon moment certes mais aux antipodes de l’exigence des grandes heures d’antan. Pixar serait-il désormais un studio comme les autres ? On laissera encore pour un temps le bénéfice du doute puisque les futurs projets voient le retour d’Andrew Stanton (1001 Pattes, 1998 ; Wall-E ; Le Monde de Nemo ; John Carter, 2012) et Pete Docter (Là-haut) aux commandes.

A venir en dvd/Blu Ray chez Disney en novembre

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