Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com et suivre le blog sur twitter à http://twitter.com/#!/JustinKwedi

Pages

vendredi 14 mars 2014

Après nous le déluge - Today We Live, Howard Hawks (1933)


L'Angleterre en 1916 : Un américain, Richard Bogard, achète comme résidence secondaire le manoir que Diana Boyce Smith vient d'hériter de son père. Les deux jeunes gens s'éprennent l'un de l'autre, mais Diana accepte néanmoins de se fiancer à Claude Hope, un ami d'enfance qui l'aime de longue date. Ronnie - le frère de Diana - et Claude rejoignent ensuite leur régiment qui combat en France. Diana elle-même rejoint le Front comme ambulancière et y retrouve les trois hommes, Richard s'étant engagé dans l'intervalle. Diana avoue alors à son frère l'amour qu'elle porte à l'américain...

Un Hawks méconnu qui nous offre là un bien beau mélodrame typique du romanesque "à hauteur d'homme" du réalisateur. L'intrigue nous plonge en Angleterre durant la Première Guerre Mondiale où la jeune Diana (Joan Crawford) subira tour à tour la perte de son père au front ainsi que la mobilisation de son frère Ronnie (Franchot Tone) et son ami d'enfance Claude (Robert Young). Parallèlement, Richard Bogart (Gary Cooper) acquiert la demeure familiale et Diane ayant acceptée de se fiancer avec Claude avant son départ va pourtant tomber amoureuse du nouveau venu à son grand désarroi. Hawks et son scénariste Wiliam Faulkner (d'après sa propre nouvelle Turnabout) font reposer l'ensemble du film sur l'urgence, le dépit et la frustration plongeant les personnages dans un constant sentiment de culpabilité.

Diana accepte ainsi la demande de mariage de Claude dans l'urgence du départ comme si elle lui en était redevable dans l'épreuve qui l'attend et l'amour entre elle et Bogart ne s'illustrera que dans de brefs moments, reposant toujours sur un sentiment douloureux. D'abord la première rencontre où Bogart maladroit s'extasie sur les objets du père de Diana sans savoir qu'elle vient d'apprendre sa disparition, et bien sûr la fuite immédiate de celle-ci après qu'ils se soient avoués leurs sentiments mutuel.

Hawks n'a pas besoin de longues scènes d'expositions pour rendre tangible cette romance, notre couple ne fera que s'entrecroiser tout au long du film finalement mais ce sont autant les actes des personnages que l'intensité des acteurs qui l'exprimeront sans que les mots se fassent trop envahissant. Gary Cooper et Joan Crawford sont là au sommet de leur photogénie, figé dans une beauté juvénile et passionnée que Hawks capture par de nombreux gros plans mettant en valeur l'intensité des les regards de Cooper et le tourbillon de passions contenues par Crawford.

Se fuyant et se poursuivant désormais sur le front de guerre, nos héros seront confrontés aux même dilemmes. Joan Crawford inaccessible de corps pour celui qu'elle aime et de coeur pour Ronnie, ce n'est que par le respect mutuel et l'effacement d'un des deux prétendants que le triangle amoureux pourra se résoudre. Les deux hommes se jaugent ainsi dans les airs et sur mer durant des séquences incroyablement spectaculaires où un Hawks filmera une longue bataille aérienne aux proportion épiques (et recyclant pas mal d'images des Les Anges de l'Enfer (1930) d'Howard Hughes) puis un scotchant torpillage de navire en hors-bord.

Cela permettra à Cooper de mieux juger celui pour lequel son aimée le sacrifie et pour Young de comprendre les réels sentiments de Crawford. Une nouvelle fois l'action sert de révélateur et aucune scène d'explication superflue ne sera nécessaire à surligner ce qui s'est compris par les images, le mouvement et la gestuelle des personnages. Robert Young en jeune homme amoureux et fragile est très émouvant dans sa destinée tragique, tout comme Franchot Tone en confident taciturne et compréhensif.

 Tous les hommes du films ne semblent voué qu'à présider au bonheur de Diana que Joan Crawford campe avec tant de fragilité et modestie qu'elle ne vampirise jamais un film dont elle est au centre et laissant magnifiquement exister les autres. L'amour ne triomphera qu'au bout de bien des sacrifices où chacun n'aura eu de cesse que d'épargner les autres, quel qu'en soit le prix. Le titre original sonne ainsi comme une formidable libération après toutes ces épreuves.


Sorti en dvd zone 2 français chez Warner dans la collection Trésors Warner 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire