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dimanche 16 mars 2014

Ava : Mémoires - Ava Gardner

 

A la fin des années 80, désormais loin du feu des projecteurs et affaiblie par la maladie, Ava Gardner décidait de rédiger ses mémoires. Parmi les stars les plus commentées et suivie de son temps, Ava Gardner ressentait comme un malentendu entre ce qu’elle était réellement et ce que véhiculait sa légende et éprouva alors le besoin de rétablir la vérité. C’est d’ailleurs ce qui frappe le plus tout au long de cette autobiographie, si Ava respecte la chronologie des évènements, des hauts et des bas de sa carrière, le développement de chaque étape se fera à l’aune de son ressenti personnel. Ainsi pour beaucoup La Comtesse aux pieds nus (1954) est un de ses rôles les plus emblématiques mais, le film étant un mauvais souvenir de tournage à cause d’un Mankiewicz froid et la prenant de haut ainsi que d’un Humphrey Bogart désagréable et agressif, il n’y sera consacré qu’un chapitre assez expéditif où elle fait peu de cas du film. 

Icône et fantasme inaccessible pour le grand public, Ava Gardner se révèle dans ses mémoires un être plus vulnérable et authentique sous cette image glamour. Benjamine de sa fratrie et venant après la perte accidentelle d’un frère aîné qu’elle a symboliquement remplacé, Ava Gardner y aura forgé un caractère déterminé et capricieux du fait d’avoir été particulièrement choyé pour ces raisons. Elle n’aura finalement jamais cessé d’être cette jeune fille au caractère de garçon manqué et à la nature indomptable dont la beauté surnaturelle aura été une bénédiction autant qu’un fardeau. Ava Gardner avait toujours au temps de sa splendeur montré un certain détachement quant à sa profession d’actrice, privilégiant ses amours du moment à un rôle excitant. On le découvre réellement dans cet ouvrage, cette distance apparente venait surtout d’une grande timidité et d’un manque de confiance en elle. Cette gaucherie (il faut voir la charmante description de son premier rendez-vous amoureux au lycée où elle ne décroche pas un mot de l’après-midi à son petit ami) se verra forcément renforcée lors de son intronisation brutale au royaume du paraître par excellence, le Hollywood de l’âge d’or. Sa sensibilité se voit bousculée par la gestion « paternelle » des aspirantes starlettes de l’époque dirigeant totalement l’existence des actrices sous contrats, un système parfait pour les plus malléables mais incompatible avec son caractère rebelle et qui la mettra en conflit tout au long de sa carrière avec la MGM. On aura donc une assez caustique description du système studio où Ava longtemps handicapée par son accent du sud restera près de sept ans pour la MGM un joli minois à caser sur des calendriers en maillot de bain où prêter à des productions de secondes zones où on évite de lui donner de trop longues répliques.

Le malentendu semble se prolonger aux hommes de sa vie avec un Mickey Rooney superstar de l’époque subjugué d’abord par sa beauté et la poursuivant de ses assiduités de long mois, mais mari volage et frivole une fois conquise. Il en ira de même avec le musicien Artie Shaw la prenant aussi pour une coquille vide et cherchant à la cultiver de manière très condescendante. Jamais de rancœur et toujours une profonde affection dans l’évocation de ces anciens compagnon pour Ava qui admet bien volontiers être capable de se plonger corps et âmes et jusqu’au masochisme dans une relation lorsqu’elle est amoureuse (ce qui donnera quelques expériences douloureuses lorsqu’elle se liera plus tard à un George C. Scott au tempérament violent). Ce caractère secret fera qu’elle mettra bien longtemps à s’abandonner réellement à l’écran, gravissant les échelons surtout par cette aura inaccessible qu’elle dégage à l’écran et notamment Les Tueurs (1946) où elle campe une inoubliable femme fatale. Cette beauté aurait pu être un fardeau si sous celle-ci le jeu intuitif et la profonde humanité de la star ne se dévoilait pas subtilement mais une nouvelle fois on verra que c’est un manque de confiance et de reconnaissance qui contribuera à cette nature secrète émanant de l’écran. La MGM la bloqua ainsi dans ses velléités de progresser et s’améliorer, lui interdisant de tenter une expérience au théâtre (sous prétexte qu’elle n’y tiendrait qu’un second rôle) ou encore la doublant au chant sur la comédie musicale Show Boat malgré ses réelles aptitudes (sur ce dernier la capacité de perte de temps et d’argent de la MGM tel que dépeint par Ava Gardner est tordant). Un des points passionnants du livre est d’entrecouper la voix d’Ava Gardner d’intervention de personnes l’ayant connue, dévoilant son caractère chaleureux et imprévisible (sa fidèle servante Reenie qui signera un ouvrage passionnant aussi Living with Miss G) mais aussi d’ami et partenaire qui surent la mettre en confiance et faire progresser comme Gregory Peck qui fut trois fois son partenaire dans Passion Fatale (1949), Les Neiges du Kilimandjaro (1952) et Le Dernier Rivage (1959).

On devine ainsi entre les lignes un profond dépit chez l’actrice de ne pas avoir plus souvent rencontré des partenaires aptes à voir en elle autre chose que cet attrait physique (on se régale de la complicité entretenue avec John Ford sur Mogambo (1953) sa seule nomination à l’Oscar) ce qui entraînera un intérêt purement pécuniaire vis-à-vis du monde du cinéma une fois son contrat conclut avec la MGM. Du coup hormis La Nuit de l‘Iguane peu de grands films dans la dernière partie de sa carrière même si elle avoue avoir repoussé le rôle de Mrs Robinson dans Le Lauréat où elle aurait été parfaite.
On est frappé par l’humour et l’esprit caustique d’Ava Gardner et l’on se délecte de certains portraits hauts en couleur comme celui d’Howard Hughes, prétendant/bienfaiteur envahissant à l’excentricité notoire mais auquel elle ne céda jamais aux avances. 

Là où la star montrera le plus de chaleur ce sera dans ce qui constituera ses trois passions : la nostalgie de sa vie paisible dans le Sud, son rapport à l’Espagne et sa romance tumultueuse avec Frank Sinatra. Pour le premier point, cette mélancolie court tout au long du livre au vue des difficultés liées à l’environnement Hollywoodien (rumeurs, traque des paparazzis) empêchant toute existence paisible. L’Espagne sera ainsi le point de chute idéal découvert sur le tournage de Pandora (1950) dont la dimension métaphysique et intellectuelle semble un peu fumeuse à Ava bien plus captivé par la nature ardente du pays où elle s’installera au milieu des années 50 et qu’elle ne quittera que parce qu’assaillie par le fisc. Enfin Frank Sinatra, le vrai grand amour de sa vie, vrai miroir de sa personne par ses origines modeste, son attachement à sa famille et son tempérament de feu. Un vrai mimétisme se ressent entre eux, source de rapprochement mais aussi d’étincelles tant ils ne pourront coexister à cause de leur carrière diamétralement opposée au moment de leur relation (Ava en pleine ascension et Frank sur le déclin avant la renaissance de Tant qu’il y aura des hommes), de leur aura médiatique et de leur jalousie respective. L’épisode le plus douloureux restant un double avortement froidement dépeint par Ava Gardner durant le tournage de Mogambo où elle renoncera pour de bon à son désir d’enfant pour raison professionnelle d’après elle. Son amour pour Sinatra ne se démentira pourtant pas jusqu’au bout, avouant de nombreuses reprises bien après leur divorce. 

Décédée d'une pneumonie le 25 janvier 1990 à 67 ans, Ava Gardner ne publiera ses mémoires qu’à titre posthume pour ce qui s’avère le portrait le plus juste authentique d’elle tout en maintenant cette précieuse zone de secret et de mystère qu’elle affectionnait tant. 

Paru aux Presses de la Renaissance mais pas réédité depuis, le livre reste cependant facilement trouvable en français comme dans sa version anglaise.

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