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jeudi 20 mars 2014

Les Griffes de la Nuit - A Nightmare on Elm Street, Wes Craven (1984)

Nancy est une jeune adolescente qui fait régulièrement des cauchemars sur un homme au visage brûlé, avec un vieux pull déchiré et cinq lames tranchantes à la place des doigts. Elle constate d'ailleurs que parmi ses amis, elle n'est pas la seule à faire ces mauvais rêves. Mais bientôt, l'un d'entre eux est sauvagement assassiné pendant son sommeil. C'est ainsi que le groupe fait la connaissance de l'ignoble Freddy Krueger, qui se sert des cauchemars pour assassiner les gens qui rêvent de lui.

Wes Craven inventait un des grands croquemitaines cinématographique contemporain avec ce troisième film. L'imaginaire de Wes Craven se sera toujours illustré par une dimension cauchemardesque et hallucinée, d'abord par une forme brute s'inscrivant dans un cadre réaliste (les brutaux La Dernière Maison sur la gauche (1972) et La colline a des yeux (1977), plus tard Scream (1996)) puis dans une tonalité plus onirique s'autorisant une forme plus baroque pour une peur convoquant le fantastique pur et dur (L'Emprise des ténèbres (1988), Shocker (1989) ou Le Sous-sol de la peur (1991)). Les Griffes de la Nuit amorçait cette seconde tendance avec un des films d'horreur majeur des 80's.

En faisant surgir son croquemitaine du monde des rêves, Wes Craven convoque une peur insidieuse et teintée de psychanalyse. Tout comme certains secrets de famille peuvent avoir des conséquences sur les futures générations qui l'ignore mais en sont imprégnées, la présence malfaisante de Freddy Krueger plane sur les héros adolescents du film bien avant qu'ils soupçonnent son existence et aient fait sa sinistre rencontre. C'est une terreur surgit d'un inconscient qu'ils ignorent et refoule, Craven l'illustrant exactement ainsi en faisant de Freddy une simple voix, silhouette qui deviendra de plus en plus concrète et meurtrière au fil de la croyance et de la peur qu'il inspire. Au contraire d'un Candyman (un des décalques les plus fameux du Craven) qui usera de la légende urbaine pour intégrer son monstre dans le réel, Wes Craven rend immédiatement les frontières avec l'imaginaire poreuses par la légendaire comptine bien connue depuis l'enfance par les héros.

Un-deux… Freddy te coupera en deux
Trois-quatre… remonte chez toi quatre à quatre
Cinq-six… n'oublie pas ton crucifix
Sept-huit… surtout ne dors plus la nuit
Neuf-dix… il est caché sous ton lit…


Freddy Krueger est ainsi la personnification de la culpabilité, de la peur tapie dans ces banlieues américaine paisible puisque devant son pouvoir aux fautes passée des adultes. Ce sont les enfants qui en paieront le prix, et livrés à eux même puisque toutes les familles du film s'avéreront dysfonctionnelles et les adultes incapables de répondre aux problèmes de leurs progénitures. Les terreurs enfantines (la fameuse comptine) et d'autres plus troubles serviront ainsi d'armes à Freddy pour tourmenter les héros. La classique peur du noir est ainsi prétexte à de saisissante apparitions (le visage de Freddy s'incrustant à travers un mur dans l'obscurité de la chambre), la chasteté salvatrice et classique du slasher convoquant elle la peur du sexe avec une Tina (Amanda Wyss) dépecée juste après avoir fauté tandis que la plus prude Nancy (Heather Langenkamp) voit sa virginité menacée par l'apparition des griffes dans l'intimité de son bain.

La menace est double, reposant autant sur la simple crainte de s'endormir que de voix le visage calciné de Freddy surgir et Craven se plaira par divers astuces à ne plus nous laisser distinguer les rêves de la réalité. D'abord par un montage sautant l'étape où l'on voit le personnage s'assoupir, la réalité altérée ne se dévoilant que de façon progressive par diverses bizarreries (vitesse de filmage, décors soudainement désert, la photo de Jacques Haitkin aux changements indistincts).

Plus la crainte qu'il inspire grandit, plus ces changements se feront spectaculaires et surtout meurtrier avec quelques morts marquantes comme le malheureux Glen (Johnny Depp dans son premier rôle) littéralement avalé et recraché par son lit. Freddy Krueger n'est pas encore le farceur adepte du bon mot qu'il deviendra dans les multiples suites et ne sera jamais plus inquiétant que dans ce premier film. Taiseux, le visage le plus souvent dans l'ombre dissimulant ses affreuses brûlures Freddy est un prédateur s'amusant avec ses proies et dont les facultés surnaturelles ne sont qu'un moyen d'expression d'une perversion (la langue surgissant du combiné téléphonique) bien imprégnée en lui de son vivant.

Tout cela, Wes Craven parvient à le faire passer par l'image, les origines et motivations de Freddy étant moins importante (contrairement au remake récent qui pense innover en étant plus explicite mais gâche en fat le mystère) que la peur panique qu'il inspire. Robert Englund jusque-là associé au gentil extraterrestre de la série V trouve le rôle de sa vie, contribuant par sa gestuelle, le regard fou sous le maquillage et son phrasé glacial à l'aura de ce Freddy Kruger. Le prénom du monstre est d'ailleurs dû une petite frappe qui brutalisait Wes Craven durant son enfance tandis que Kruger évoque parenté à Krug, terrifiant méchant de La Dernière Maison sur la gauche.

La thématique des terreurs enfantine trouve son aboutissement dans la conclusion. Tout comme en grandissant on arrête de croire au croquemitaine et rend ainsi anodines les ombres qui nous glaçait tant dans la solitude de nos chambres, Nancy devra apprendre à n plus nourrir le pouvoir de Freddy en le défiant sur son territoire. Certainement faute de moyens (mais dans l'ensemble ce dénuement sert parfaitement le film par ses effets spéciaux physiques) le final ne part pas dans l'extravagance qu'on aurait pu attendre (les suites s'en chargeront et Craven ira de ses excès dans le final de Shocker) même si très efficace. L'épilogue subtil, rigolard et étrange se chargera de nous faire quitter le film sur une ultime chair de poule. Grand film et création d'une vraie icône populaire, Les Griffes de la Nuit sera un succès immense qui lance littéralement le studio de production New Line (seul à croire au projet) et dont la descendance donnera le pire (Wishmaster...) comme le meilleur (Jeepers Creepers (2001), Insidious (2010)).

Sorti en dvd zone 2 français et blu ray chez Métropolitan

2 commentaires:

  1. Autre référence a un "cauchemard" américain, Elm Street, rue de Dallas qui passe au pied d'un dépôt de livres...

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  2. Ah oui bien vu je n'avais pas fait le lien avec Kennedy, subtile la référence on passe un peu à côté avec le (néanmoins bien trouvé) titre français...

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