Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tout mes visionnages de classiques, coup de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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lundi 12 octobre 2020

Deux femmes dans l’enfer du vice - Burû firumu no onna, Kan Mukai (1969)

 Suite à un krach boursier inattendu, un agent de change est contraint d’offrir sa femme à son créancier, Uchiyama, pour éponger ses dettes. Enfermée dans un cabanon, elle sert de distraction au fils, qui souffre de handicap mental. Mais lorsqu’elle retourne enfin chez elle, elle se fait renverser par une voiture. Effondré, son mari sombre dans la dépression. Sa fille Mariko, devenue call-girl de luxe, décide alors de venger ses parents...

 Deux femmes dans l’enfer du vice est une œuvre que l’on doit à Kan Mukai, pionnier avec Koji Wakamatsu du Pinku et Eiga et par la suite véritable entrepreneur du genre à travers lequel il révèlera de nombreux talent (comme Kojiro Takita, futur réalisateur de l’oscarisé Departures (2008). Son atout principal repose sur sa capacité à flairer l’air du temps, tant sur le point formel que dans le choix des sujets souvent liés au faits divers japonais contemporains, mais aussi l’évolution des mœurs. Cette capacité se signale dans Deux femmes dans l’enfer du vice par un savant mélange de mélodrame, d’érotisme et d’esthétique psyché pop qui nous fait naviguer dans le monde la nuit tokyoïte. En terme d’atmosphère et d’audaces visuelles le film est donc un vrai témoignage de son époque, que ce soit ce générique début décalque de Goldfinger (1964) en plus putassier ou son approche transgressive de l’érotisme. 

L’écrin des scènes de sexe est stylisé par l’usage d’éclairages baroques, et ce qui s’y déroule peut s’avérer fort provocateur et dérangeant à l’image d’une séquence incestueuse homosexuelle. Mais à l’inverse la mise en scène de Mukai Kan se montre simple et crue pour accompagner ces moments par l’usage grossier de gros plans (notamment sur les attributs mammaires de son casting féminin) ou un montage jouant sur la répétitivité comme le cycle de la prostitution de l’héroïne faisant défiler les notables à son domicile. Si ce côté frontal suffisait à faire détonner le film de la concurrence lors de sa sortie, cela semble bien timide aujourd’hui au regard de ce que proposera le Pinku Eiga dans les années à venir. 

Ce qui ferait passer l’épreuve du temps serait une mise en scène plus inventive que bassement commerciale et une approche du sujet personnelle. Le film aurait pu être un de ses fascinants et schizophrènes Pinku alliant imagerie racoleuse pour le chaland masculin et message féministe avec son héroïne (Miki Hashimoto) vengeresse pour sa famille brisée par un créancier libidineux. Malheureusement la narration languissante ne fait pas grand-chose de son postulat et, sorti des fameuses scènes érotiques, la construction de la vengeance n’a rien d’exaltant puisque reposant sur la spéculation boursière paresseusement exploitée à l’image.

 Le fond intéressant est bien là dans l’avilissement revanchard de l’héroïne, mais on sent que cela reste un prétexte multiplier les scènes de sexe plutôt qu’à poser aussi une trame intéressante. C’est dommage car quelques sursauts dramatiques comme la scène finale (faisant définitivement de tous les hommes des lâches) laissent entrevoir une histoire qui aurait pu avoir plus de consistance. 

Sorti en bluray français chez Carlotta

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