Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tout mes visionnages de classiques, coup de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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dimanche 4 octobre 2020

Une famille dévoyée - Hentai kazoku: Aniki no yomesan, Masayuki Suo (1984)

Désormais marié, Koichi, le fils aîné des Mamiya, ramène son épouse Yuriko dans sa famille. Malgré des premiers ébats passionnés, il se lasse rapidement d’elle et entame une liaison torride avec une serveuse. Délaissée par son mari, Yuriko se trouve alors entourée des autres membres de la famille Mamiya : Shukichi, le père qui semble reconnaître en chaque femme le visage de sa défunte femme ; Kazuo, le petit frère sexuellement frustré ; et Akiko, la petite sœur en mal d’aventures…

Kiyoshi Kurosawa, Shinji Somai ou encore Hideo Nakata, nombre de réalisateurs majeurs du cinéma japonais apparus dans les années 80/90 firent leurs débuts dans la production érotique. C’est le cas de Masayuki Suo, réalisateurs d’immenses succès commerciaux dans les 90’s dont le fameux Shall we dance (1996), comédie phénomène qui connaîtra même un remake américain avec Richard Gere. Une famille dévoyée est son premier film ainsi qu’un Pinku Eiga tardif sorti en 1984. Le réalisateur s’y avère être littéralement habité par l’âme de Yasujiro Ozu dont il offre là un détournement formel et thématique fascinant par l’apport de cette dimension érotique. 

Cela tient au récit tout d’abord avec en son centre le sujet de la famille. L’arrivée au sein du foyer de la nouvelle épouse du fils va ramener chaque membre de la famille à sa solitude.  La sexualité débridée et sonores des jeunes mariés rappellent donc difficilement à chacun les manques de son existences, qui sera constamment une réminiscence d’une œuvre passée d’Ozu. L’obsession du père veuf voyant en chaque femme l’image de son épouse défunte vient de Le Goût du saké (1962), la relation père-fille et notamment la reprise de la scène de la dernière nuit ensemble se rattache à Printemps tardif (1949), film dont le thème de la fille à marier récurrent chez Ozu (Eté précoce (1951) se retrouve également ici. La mise en scène revisite également toute l’imagerie d’Ozu, que ce soit par l’utilisation mélancolique et contemplative du paysage urbain, les cadrages, la composition de plan et le jeu des acteurs donnant dans la redite, notamment encore le duo père fille (où Ren Osugi et Miki Yamaji pastichent dans le jeu et le look Chishû Ryu et Setsuko Hara). 

Tout cela ne pourrait être qu’une amusante parodie où l’on aurait inséré des scènes érotiques, mais le film va plus loin. Les maux intimes qu’il dépeint sont abordés avec une vraie sincérité, mais aux lieux d’aller du côté du mélodrame à la Ozu, Masayuki Suo joue de l’étrange et du décalage pour atteindre le même objectif que son modèle. La répétitivité des réactions et situations rencontrées par le père (ce couple de voisin qui le salue dans un mouvement synchrone), ajoutée aux traits placides de son visage, traduit parfaitement la monotonie et la mélancolie du personnage. 

La frénésie rapidement lasse des étreinte du couple et les soupçons avérés d’adultère rendent explicite et par la chair les unions en crise de Le Goût du riz au thé vert (1952). Le décalage, l’étrange et les solutions inattendues (le plus souvent en dessous de la ceinture) au mal-être font toute l’originalité du film qui apporte une voie médiane à l’écrin assumé d’Ozu. Ainsi le carcan imposé aux femmes (au niveau du mariage et de la carrière) par la société japonaise trouve deux échappatoires charnels chez Suo, les plaisirs solitaires pour la belle-fille Yuriko (Kaoru Kaze), et travailler dans un soapland pour Akiko. 

 Cette relecture s’inscrit dans le courant de la Rikkyo nūberu bāgu (Rykkyô Nouvelle Vague), mouvement du début des années 80 au Japon dont les réalisateurs cinéphile s’attachent à intellectualiser, régurgiter et revisiter les genres et totems du cinéma local. On trouve parmi eux justement Kiyoshi Kurosawa qui réinventera l’image du fantôme japonais à travers ce procédé référentiel et novateur à la fois. Masayuki Suo procède de la même manière, ponctuant le tout de scènes érotiques outrancière et désormais à la frontière du V-Cinema plus explicitement pornographique. Une œuvre très intéressante, référencée et inventive. 

Sorti en bluray chez Carlotta

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