Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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mardi 19 octobre 2010

L'Empereur du Nord - Emperor of the North, Robert Aldrich (1973)


Octobre 1933, Oregon. La Grande Dépression vient de s’abattre sur les États-Unis, plongeant des millions d’hommes et de femmes dans la misère la plus totale. Des vagabonds arpentent le pays à la recherche d’un emploi ou d’une simple soupe. Certains tentent de voyager illégalement et gratuitement à bord des trains. Le plus convoité est celui de la ligne 19. Mais la splendide locomotive est gardée par Shack (Ernest Borgnine), une brute sanguinaire et sadique, qui n’hésite à utiliser la violence et extermine sauvagement tous les « trimardeurs » qui osent monter sur sa machine. Seul un vagabond légendaire, appelé no 1 (Lee Marvin), ose défier le chef de train. Dès lors, entre les deux hommes, l'affrontement devient inévitable...

Très librement inspiré du roman de Jack London The Road (transposé ici du début su 20e siècle à la période de la Grande Dépression des années 30) Emperor of the North déroule sur la trame des plus simple un véritable affrontement de titans. D'un côté N°1, "l'empereur du nord" incarné par Lee Marvin, véritable prince du voyage clandestin qui va lancer un défi à Shack (Ernest Borgnine) contrôleur de train des plus zélé dont les méthodes violentes à base de marteau, chaînes et gourdin ont rendus son train 19 jusque là inviolé par les fraudeurs.

Le contexte économique des années 30 apporte un véritable côté "cour des miracles" ultra solidaire à la communauté pauvre, faisant du personnage de Lee Marvin un véritable étendard des laissés pour compte et du défi à l'autorité. Dès lors, l'aspect social et mythologique apporté au duel transcende totalement un récit qui pourrait apparaitre comme faussement basique et/ou simpliste. Les protagonistes sont autant des symboles que de vrais personnages, Ernest Borgnine représentant la bras armé des nantis, riches propriétaires de compagnie ferroviaire comme voyageurs aisés capable de se payer un périple en train. Borgnine (acteur fétiche de Aldrich) est absolument extraordinaire de cruauté et de sadisme en contrôleur de train zélé, il faut voir ce sourire de délectation lorsqu'il fracasse le crane des fraudeurs au marteau, le scénario se montrant des plus inventifs pour illustrer ses techniques bien cruelles (la corde accroché à un gourdin qui passe sous le train énorme!) pour déloger les resquilleurs.

L'empathie pour Lee Marvin (grand habitué de Aldrich également) n'en est que plus grande, ce dernier apportant un charisme et une belle noblesse à ce vulgaire "hobo". Entre Marvin et Borgnine se glisse un jeune chien fou incarné par Keith Carradine souhaitant devenir le nouvel "Empereur du Nord". Cet aspect filiation à travers la relation mentor/élève rejoint la grande thématique du film lors l'aspirant s'avéra indigne du maître car plus préoccupé par sa notoriété propre que par la communauté, ce qui causera sa perte. Le film se nourrit en effet dans ses côtés les plus humoristiques cinglant (excellente scène où un policier un totalement ridiculisé par les pauvres) comme dans sa facette dramatique d'une vrai tendresse et compassion pour les opprimés et les hobos, ultimes aventuriers de ses temps troublés. Ce n'est donc plus la seule fraude d'un train qui se joue, mais la possible petite victoire pour un court instant du faible sur le puissant, du pauvre sur le riche...

Ces idées et concepts s'intègrent parfaitement dans ce qui est un très original et palpitant film d'aventure. Aldrich délivre une réalisation qui sait se faire ample (splendide paysages de l'Oregon en toile de fond) et nerveuse à la fois par la violence brut de décoffrage typique de son style. L'ultime affrontement entre Marvin et Borgnine tout en sueur, sang et os brisés est un moment d'anthologie où toute la portée du film se retrouve soudain réduite à deux hommes en furie cherchant s'annihiler l'un l'autre. Il est rare que les grands réalisateurs égalent leurs chef d'oeuvre des débuts en fin de carrière, c'est pourtant le cas de Aldrich qui entre celui ci et quelques autres pépités 70's (comme Pas d'orchidée pour Miss Blandish dont on recause prochainement par ici) tenait une forme exceptionnelle. Grand film.



Sorti en dvd zone 2 français chez Opening

Bande annonce montée par un fan

lundi 18 octobre 2010

Chambre avec vue - A Room with a View, James Ivory (1986)

Lucy Honeychurch, en voyage à Florence avec une vieille cousine, tombe amoureuse d'un jeune Anglais, qui comme elle a été témoin d'un meurtre. Mais, elle étant "convenable" et lui pas, elle rompt puis s'impose des fiançailles de convenances avec un autre.

Chambre avec vue concrétisait la consécration publique et critique de l'oeuvre de James Ivory après Chaleur et Poussière et The Bostonians. Ivory retrouvait un grand thème de ses précédents films avec les entraves sociales, culturelles et de races pouvant s'interposer dans les relations humaines notamment au centre de Shakespeare Wallah et Chaleur et poussière. Ces préoccupations rejoignent également celle de l'oeuvre de E.M. Foster adapté ici et présente dans La Route des Indes. Bien que n'ayant pas lu le livre je retrouve de ses aspect identifiable de l'auteur dans l'adaptation de David Lean pour faire le lien avec Foster et donc Ivory (ses collaborateurs réguliers d'origines indiennes le producteur Ismail Merchant et la scénariste Ruth Prawer Jhabvala renforçant l'authenticité) de cette volonté qui reprend ses réflexions dans le cadre d'une intrigue romantique.

Le récit est donc une suite de moment isolés dont se dégage progressivement par le ton feutré et les réactions des personnages l'idée générale. Tout se joue dans la sophistication de la mise en scène d'Ivory et des réactions insidieuses où le spectateur doit démêler le vrai du faux. C'est surtout vrai dans la remarquable première partie à Florence où en quelques courtes scènes, Ivory dépeint des rapports si guindés, menés par le paraître et la bienséance qu'il paraît toujours plus simple d'afficher le stricte contraire de ce qu'on pense ou désire (voir la réaction ridicule de la la chaperonne coincée Maggie Smith quand les Emerson se proposent d'échanger les chambres).

C'est le problème qui se pose dans la romance du film entre Julian Sand et Helena Bohnam Carter (toute jeunette, pimpante et précieuse ça fait drôle pour qui l'a découvert dans Fight Club ou certain Burton) dont l'éclat et l'intensité nous est dévoilé durant de très courts et beaux moments, une entrevue après une violente esclandre à Florence et surtout un magnifique et foudroyant baiser dans un champ d'herbe sous un soleil couchant. Ivory propose des vues somptueuses de Florence et de la nature alentours, jamais anodine néanmoins et faisant toujours sens dans l'intrigue (la réaction contradictoire de Lucy fuyant George en douce alors qu'il vient de la sortir d'une situation compliquée).

C'est dans la seconde partie en Angleterre que se dévoile les intentions de Ivory avec Lucy qui devra peu à peu se retirer ses oeillères et sa fierté pour accepter ce que lui dicte son coeur. Pour ça, il faudra en passer par un fiancé dont le raffinement et la sophistication confine au ridicule avec un Daniel Day Lewis cabotin à souhait mais assez drôle en précieux à la raideur coincée. Cette dernière est cependant moins prenante, le marivaudage finit par être légèrement lassant, le côté tout en retenue ne permet pas de savourer pleinement la romance (dont une conclusion tout en ellipse assez frustrante) et surtout révèle quelques défauts tel un Julian Sands finalement assez fade face à la pétillante Bonham Carter.

Un peu plus d'emballement, d'entrain et de chaleur pour montrer le changement chez son héroïne aurait été agréable, l'étude de moeur est brillante (là aussi les réactions de Day Lewis face à la moindre manifestation de "vulgarité" sont très bien vues) mais tout cela finit par manquer un peu d'émotion, la narration en chapitre plaisante au départ accentuant cette froideur au final. Ca me donne néanmoins envie de tenter les grands Ivory suivants que je ne connais pas.


Sorti en dvd zone 2 français chez MK2

vendredi 15 octobre 2010

Bonjour les vacances - National Lampoon's Vacation, Harold Ramis (1983)


Père de famille surmené, Clark Griseworld n'a que trop peu l'occasion de profiter de sa famille. Pour les vacances d'été, il a décidé de traverser le pays en voiture avec femme et enfants afin d'aller au parc d'attraction Walley World et rien, absolument rien parmi les innombrables embûches placées sur leur route ne saura l'arrêter.

Avant son déclin récent (la très poussive série des Mafia Blues) et avant le pic créatif de son enchaînement magique Un jour sans fin/Ma femmes mes doubles et moi (le remake de Bedazzled se tient très bien aussi) Harold Ramis signa en début de carrière quelques comédie loufoque irrésistibles comme ce excellent National Lampoon Vacation. Le premier film de Ramis Le Golf en folie était assez irrésistible et hilarant sur le gag immédiat mais peinait à instaurer un récit prenant et des personnages attachants. Le tir est corrigé avec ce second essai grâce au script de John Hughes (Breakfast Club) qui s'entend à créer des de vrais personnage sous l'apparente futilité.

Le scénario est prétexte à une brinquebalante traversée des Etats-Unis ou notre petite famille va vivre pour notre plus grands plaisir un pur cauchemar avant d'arriver à son objectif. Loin de la vignette touristique, c'est l'occasion de se jouer des côté les plus pittoresque de l'Amérique profonde notamment les ploucs en tout genre rencontrés tel cette rencontre avec les cousins de la famille où Randy Quaid délivre un cabotinage gras et massif. On aura également droit à un aperçu des motels miteux (et de leurs lits vibrants défaillants) de bords d'autoroute ou encore des camping insalubres peu ragoûtants.

La grande attraction du film, c'est Chevy Chase (déjà dans Le Golf en Folie en golfeur zen) excellent en père de famille et américain moyen. Avec son assurance de façade toujours mise à mal, son côté authentique et simplet il est très attachant et offre un timing comique assez parfait tout au long des nombreuses mésaventures virant à la quête épique décalé (voir l'affiche très drôle jouant là dessus). La séquence où parti chercher du secours il se perd en plein désert d'Arizona est assez mémorable. Le scénario de Hughes se joue d'ailleurs pas mal des clichés attachés à chaque région ou état (avec plein de détails dans le dialogues où les situations qui parleront sans doute plus à ceux connaissant bien les Etats-Unis) plus ou moins subtils mais toujours drôle entre autres une bretelle raté qui emmènent notre famille WASP dans un quartier mal famé de Chicago ou encore une visite à Kansas City au milieu de rednecks armés jusqu'au dents à l'accent outrancier.

Ramis emballe le tout avec nonchalance et inventivité, toujours surprenant dans son approche du gags (l'endormissement de Chase au volant), le final étant ainsi inattendu. Le casting révèle quelque futurs grands talents comme Anthony Michael hall tout jeunot que Hughes récupérera un an plus tard pour son Breakfast Club. Le film remportera un grand succès au point de susciter de nombreuses suites (sans Harold Ramis mais toujours le couple Chevy Chase/Beverly D'Angelo) reprenant le principe pour l'Europe avec National European Vacation (1985), noël dans National Lampoon Christmas Vacation (1989) et Las Vegas dans Vegas Vacation (1997). Il y aura même des déclinaison sur le personnage de Randy Quaid et un court metrage pour la télé en 2010 réunissant à nouveau Chevy Chase et Beverly D'Angelo. Pas sûr de retrouver la magie de l'original mais je suis assez curieux de voir le volet européen qui doit valoir le détour.

Sorti uniquement en dvd zone 1 chez warner et doté de sous titres français.


jeudi 14 octobre 2010

Les 39 Marches - The 39 Steps, Alfred Hitchcock (1935)


À Londres, le Canadien Richard Hannay rencontre, au terme d'un spectacle musical interrompu bien singulièrement, une demoiselle qui se prétend poursuivie. Il accepte de la cacher chez lui où il la retrouve finalement assassinée. Craignant d'être accusé à tort, il entreprend un voyage en Écosse pour prouver son innocence… Arrivé en Ecosse il trouve une personne appelée Antoine Silvagnoli.

Les 39 Marches s’affirme comme une sorte de mètre étalon du thriller hitchcockien que le réalisateur revisitera tout au long de sa carrière. Tour à tour pour l'égaler un peu plus tard avec Jeune et Innocent, en donner des relectures moins brillantes mais efficaces dans La Cinquième colonne ou carrément le transcender pour La Mort aux trousses évidemment.

On trouve ici pour la première fois la figure de l'accusé à tort avec un Robert Donat fuyant les autorités à travers l'Ecosse et l'Angleterre suite au meurtre d'une jeune femme l'impliquant dans une étrange affaire d'espionnage. Le "McGuffin" si cher à Hitchcock repose sur des informations secrètes destinées à être transmises à l'étranger dont on ne connaîtra jamais les tenants et les aboutissants, si ce ne sont les ennemis à la mine patibulaire traquant le héros. On n'y prêtera d'ailleurs attention qu'à la toute dernière partie tant on se trouve emporté par la course effrénée de Donat.

Sacrifiant tout au rythme et aux péripéties, Hitchcock ne conserve que les temps forts du roman de John Buchan pour nous entraîner dans un tourbillon de rebondissements improbables. Tout réalisme est sacrifié au profit d'une efficacité narrative maximale, et Hitchcock use de l’ellipse avec un aplomb irrésistible, poussant la suspension d’incrédulité à des degrés inédits pour l’époque. L’instant le plus marquant dans cette veine serait le moment où Donat vient se dénoncer au commissariat, après l’avoir vu se faire mettre les menottes, la séquence suivante le montre s’éjectant par la fenêtre du bâtiment et détaler sans que l’on sache vraiment comment il a pu se libérer des liens d’acier.

Les idées visuelles brillantes pleuvent (tel le cri de la femme de ménage découvrant le cadavre se confondant dans le montage avec le bruit de la locomotive sortant du tunnel lors de la séquence suivante) et le scénario se montre des plus inventifs dans ses différentes péripéties. La rencontre d'une jeune femme mariée et d'un fermier bourru, grenouille de bénitier, offre un aparté étonnamment poignant. Autre grand moment, Donat qui s'enhardit lors d'un discours politique afin d'échapper à ses poursuivants et surtout les irrésistibles moments de screwball comedy entre lui et la revêche et charmante Madeleine Caroll. Flegmatique et décontracté, Robert Donat en héros traqué est excellent et le couple formé avec Madeleine Caroll certainement un des plus emblématiques de la filmographie de Hitchcock.

La conclusion en apothéose est également annonciatrice de la suite avec son climax dans une salle de spectacle qui sera repris en plus virtuose dans L'Homme qui en savait trop, deuxième version. Hitchcock ose une résolution aussi grotesque dans l'idée que géniale dans l'exécution, un sacré tour de force. Influence majeure du thriller moderne, c’est aussi la preuve à l’heure où l'on ne cherche qu’à vanter des vertus de « réalisme » dans un certain cinéma de divertissement que le talent de narrateur et des personnages forts transcendent toutes les supposées incohérences.

Sorti en dvd zone 2 français chez TF1

mercredi 13 octobre 2010

L'Homme Invisible - The Invisible Man, James Whale (1933)


L’invisibilité, faculté miraculeuse et enviable, a, de tout temps, fait rêver. Mais cette fois, Jack Griffin (Claude Rains) y est parvenu. La formule, il l’a. Ce qu’il n’a pas, c’est le remède ! Importance cruciale sachant qu’une des substances utilisées par le jeune savant entraîne la mégalomanie. Particularité : le savant est fou non avant mais bien après ses expériences. La nuance n’est pas à l’agenda des milliers de policiers et civils à sa poursuite : il blesse, tue, provoque des accidents ahurissants. Mais surtout, il s’échappe toujours !

Grand classique de la Universal alors dans son âge d'or de l'exploitation des grands mythes du fantastique, cet Homme Invisible est surtout l'adaptation la plus fidèle du célèbre roman de HG Wells autant dans sa trame que dans son esprit. Les nombreuses autres versions filmées à venir (surtout des série télévisées) eurent le tort de faire de l'homme invisible un héros positif dépassé par sa condition mais défendant toujours la veuve et l'orphelin.

De plus certaines esquivaient totalement (hormis la série tv des 70's avec David Mccallum qui en jouait habilement) les aspects les plus tendancieux, à savoir notamment que pour être totalement invisible notre personnage doit être tout nu ! Plus sérieusement les inconvénients de cette condition pourtant enviées étaient plutôt tournées vers l'humour et l'aspect menaçant ainsi que les tentations néfastes diverses forcément provoquées n'étaient guère prononcées. John Carpenter lui même en tira un de ses films les moins intéressant au début des années 90 avec Les Aventures d'un Homme Invisible. Il fallu attendre la version récente de Paul Verhoeven pour enfin avoir un homme invisible négatif et dangereux où le réalisateur hollandais déployait avec brio ses penchants pervers et voyeuriste avec une remarquable prestation de Kevin Bacon. Néanmoins sorti de cette audace la trame de thriller lambda en faisait le film le plus creux (sans mauvais jeu de mot avec son titre original Hollow Man) de la filmographie brillante de Verhoeven.

La quintessence du roman se trouve donc dans cette toute première version en dépit d'une intrigue nettement resserrée avec la disparation des longues expérimentations de griffin avant de toucher au but pour se réduire à la simple course poursuite. Pourtant l'humour du livre est là avec la description pittoresque et outrancière des villageois (on pouvait déjà constater dans les Frankenstein la capacité de Whale à dépeindre les autochtones hauts en couleurs) dont le quotidien est bouleversé par l'arrivée de ce drôle de bonhomme couvert de bandage (remarquable scène d'ouverture où le héros glace d'emblée l'ambiance animée d'une taverne par sa présence inquiétante).

Claude Rains pour son premier rôle au cinéma (originellement destiné à Boris Karloff dont l'égo ne supporta pas d'être aussi peu "visible" durant tout le film) offre une composition ébouriffante pour une apparition quasi infime à l'écran. Mégalomane, colérique, violent, toutes les facettes du personnage de Wells s'exprime pleinement par la seule performance vocale de Rains vraiment impressionnant et intimidant tel cet entrevue nocturne avec Kemp bien glaçante.

Le dernier élément qui vaudra au film son succès immense à l'époque est indéniablement les effets spéciaux de John P. Fulton (déjà à l'oeuvre d'autres productions Universal comme Frankenstein ou La Momie et qui perfectionnera sa technique sur les suites de L'Homme Invisible). Objets volant, silhouette creuse, corps sans tête : l'illusion reste encore intacte aujourd'hui et la progression dans le spectaculaire et la manifestation de l'invisibilité d'un cadre intimiste à des moments plus grandiloquents (le déraillage du train) est remarquable.

L'alternance entre les moments humoristique (tout le début ou il terrifie les villageois) à d'autres plus violent est également bien dans la lignée du texte et de l'escalade dans la folie du héros. Belle réussite donc pour cette légende du fantastique littéraire qui outre Claude Rains lança d'autres carrière puisque le grand Preston Sturges fit parti des nombreux scénaristes (il ne fut pas crédité) qui défilèrent à l'écriture.

Sorti en dvd zone 2 français chez Universal


mardi 12 octobre 2010

Le Calice d'Argent - The Silver Chalice, Victor Saville (1954)


Quelques années après la mort du Christ, à Antioche. Le jeune Basil (Paul Newman) est adopté par un couple de riches marchands romains. A la mort de son tuteur, le frère de celui-ci s'empare de Basil et le vend comme esclave, mais sa liberté est rachetée par l'apotre Luc, qui lui demande d'exécuter un reliquaire destiné à recevoir le Calice du Christ. Basil, désormais réputé pour ses talents de sculpteur, épouse Deborra, une jeune chrétienne, mais ne cesse d'aimer son amie d'enfance, Helena...


Un péplum biblique dans la veine de La Tunique de Henry Koster passé à la postérité essentiellement pour avoir été le premier rôle au cinéma de Paul Newman. Le postulat est également proche du film de Koster avec une nouvelle fois comme objet de toute les convoitise une relique du Christ, ici le calice où il bu son dernier verre de vin lors de la Cène.

Le film se démarque pourtant du tout venant du péplum biblique grâce à des choix visuels atypique et un scénario qui prend souvent des détour étonnant. A ce niveau sous le côté pieux, il y a en filigrane un vrai questionnement et une remise en cause de l'impact du passage du Christ sur le peuple israélien. On a ainsi une armée secrète désappointé par la mollesse des chrétiens et des juifs qui va fomenter un complot en faisant appel à un magicien joué par Jack Palance devant se faire passer pour le nouveau messie et les inciter à une attitude plus vindicative envers l'envahisseur romain.

Jack Palance, totalement habité et mégalomane est fabuleux, son personnage ayant en plus un compte à régler avec les chrétien qui ont refusés de lui apprendre le secret de leurs miracle. Les séquences où il rallie la foule à sa cause avec ses tours sont au moins aussi provocatrice que des moments similaires des années plus tard dans La Vie de Brian, l'humour en moins avec le même message fustigeant la crédulité des faibles prêts à suivre le premier faux prophète venu.

Dans un premier temps, la réalisation de Victor Saville décontenance pas mal et on croit avoir encore affaire au syndrome Henry Koster avec un réal ne sachant que faire du cinémascope. Mais devant la cohérence de certains choix, la répétition de certaines figures et la progression du film on comprend que le tout n'a rien d'anodin. Les cadrages, le placement des personnages, les décors et arrières plan volontairement factices évoquent sans cesse une scène de théâtre. Toute la première moitié du film plus intimiste fonctionne ainsi, concentrant l'attention sur les personnages et leurs questionnements en les entourant de décors monumentaux mais volontairement artificiels et toc, ce qui est assez étonnant dans le péplum américain aimant en mettre plein la vue.

Parmi le moments les plus marquants dans le style, la tirade finale de Pierre, Jack Palance déclamant dans un simili scène de théâtre ou encore la fuite de Newman et Angeli incrusté dans une maquette qui ne cherche même pas à se masquer en tant que tel. Malgré le côté faux, Saville offre quelques plans de toutes beautés mettant en valeur son parti pris et la dernière partie à Rome plus ouvertement spectaculaire montre qu'il sait y faire en imagerie grandiose et luxueuse, même si le côté théâtral demeure.

Le côté biblique est également très subtilement traité. Le personnage de Paul Newman ne cède vraiment (et encore) à la foi qu'à la toute fin et en suivant une évolution logique. Cela se caractérise par son hésitation entre son amour d'enfance Virginia Mayo la bonde(représentant la luxure, la richesse et la décadence) et Pier Angeli la brune symbole de sagesse et de vertu chrétienne. Avec cette dernière une nouvelle fois le cliché du personnage pieux exalté est évité (tout comme l'ensemble des personnages chrétien du film très sobres) avec une émouvante prestation de Pier Angeli.

Belle idée aussi de rendre Newman, sculpteur émérite, incapable de dessiner le visage de Jésus sur le calice tant qu'il n'a pas accédé à la foi, même sans le côté religieux cela semble un aboutissement dans le cheminement du personnage. Loin des performance actor's studio à venir, Newman est parfait de sobriété et déjà très convaincant, Victor Saville disant de lui après le tournage : "this young man is destined for great things".

La conclusion avec le destin tragique de Jack Palance (clairement le personnage le plus intéressant) s'étant pris pour un demi dieu est marquante et spectaculaire, tout comme la fin ouverte voyant le calice perdu et prêt à alimenter une autre légende celle du Graal. Pas parfait (quelques longueurs, scènes de combats laborieuses) mais qui réussit tout de même à tirer son épingle du jeu parmi les innombrables péplums biblique de l'époque et ne méritant pas sa relative mauvaise réputation.

Disponible uniquement en dvd zone 1 chez Warner et doté de sous titres français.

Extrait

lundi 11 octobre 2010

Stand by me - Rob Reiner (1986)


Eté 1959. Oregon.

Quatre garçons d'une douzaine d'années (Gordie Lachance, Chris Chambers, Teddy Duchamp et Vern Tessio) partent à la recherche du corps d'un enfant de leur âge, Ray Brower, en suivant les rails d'un train dans l'espoir de passer dans les journaux grâce à leur découverte.

Le chemin qu'ils auront à parcourir symbolisera leur passage de l'enfance à l'adolescence.


Sans doute le chef d'oeuvre d'un Rob Reiner touché par la grâce durant les 80's puisque dans des registres toujours différents les sommets Spinal Tap, Princess Bride, Quand Harry Rencontre sally et Misery côtoient ce poignant Stand By Me durant la même période. Le film adapte la nouvelle de Stephen King Le Corps issue du recueil Différentes Saisons. Le maître de l'horreur glissait toujours une large part d'autobiographie dans ses romans et si ils s'avéraient si terrifiants et prenants, c'est par la profonde part d'humanité qu'il conférait à ses personnages en faisant partager leurs quotidien et pensées ordinaires les rendant proche du lecteur avant que le surnaturel n'apparaisse. Le recueil Différentes Saisons est du coup un peu à part dans son oeuvre puisque privilégiant cette facette simple et à échelle humaine dont outre Stand By me seront tiré deux autres très bons films, Les Evadés de Frank Darabont et dans une moindre mesure Un Elève Doué de Bryan Singer.

A travers le périple de ce groupe de gamins pour retrouver le cadavre d'un camarade, le récit dessine ce moment clé (et la période des vacances scolaires d'été n'est pas anodine) cet entre deux entre l'enfance et l'adolescence où la personnalité, les centres d'intérêt et le rapport aux autres est encore flou. Nos héros sont donc déjà préoccupés par les filles mais le récit totalement imprégné par la camaraderie masculine tandis les états d'âmes existentiels et si important à cet âge côtoient les échanges les plus léger et puérils.

De cette base universelle, problématiques personnelles et personnages forts se dégagent. Gordie (Will Wheaton) se remet difficilement de la mort de son frère et de l'indifférence à son de ses parents qui adulaient le disparu. Pour Chris (River Phoenix) il s'agit de dépasser le destin peu glorieux qu'on lui destine à cause de la réputation de sa famille hors la loi. Teddy (Corey Feldman) lui est un enfant perturbé et imprévisible à cause des maltraitances infligés par son père. Plus en retrait car moins torturé, Vern (Jerry O Connell méconnaissable) offre quand à lui la caution plus légère et comique indispensable au film.

Tout cela se révèle progressivement à travers un récit léger, drôle et insouciant où ces zones d'ombres sont amenées par les prestations fabuleuses du jeune casting. River Phoenix est le plus brillant du lot charismatique, fort et fragile à la fois (formidable scène de confession sur le vol de l'argent du lait) et à la présence magnétique qui laissait déjà deviner la grande star qu'il allait devenir. On ne peut d'ailleurs s'empêcher d'avoir un pincement en faisant le parallèle entre le destin de son personnage et ce qui lui est arrivé dans la réalité.

Reiner offre un road movie envoûtant et nimbé de nostalgie, que ce soit la photo de Tom Del Ruth magnifiant dans la perfection du souvenir les paysages traversées par le quatuor, la bande son truffée de hits rock'n'roll ou la voix off de Richard Dreyfuss apportant un recul et une mélancolie sublime à cette époque bénie. Une magnifique ode au temps qui passe et à l'enfance qui a rarement été mieux captées au cinéma, tout en finesse et réellement touchante. Une des grandes réussites de Reiner qui outre ses quatre jeunes héros révélaient aussi d'autres grands à venir tel John Cusack en grand frère disparu ou Kiefer Sutherland en petit frappe menaçante.

Sorti en dvd zone 2 français

dimanche 10 octobre 2010

Une Question de Vie ou de Mort - A Matter of Life and Death, Michael Powell et Emeric Pressburger (1946)


Pendant la Seconde Guerre mondiale, alors que sa forteresse volante s'écrase dans la mer, le chef d'escadron Peter Carter (David Niven) envoie un ultime message à la tour de contrôle. Une jeune américaine, nommée June (Kim Hunter), de garde cette nuit-là est la dernière voix qu'il entendra avant le crash.

Voilà pourtant que Peter Carter surgit de l'eau totalement indemne. Il entreprend aussitôt de retrouver June et poursuivre le cours de sa vie. Lorsque son guide céleste (numéro 71) vient néanmoins lui expliquer, embarrassé, qu'il n'est pas parvenu à le trouver dans le brouillard pour le conduire au paradis des aviateurs et tâche de le convaincre qu'il n'est pas dans l'ordre des choses qu'il soit encore vivant, l'officier refuse de le suivre et conteste la funeste destinée qui lui est imposée.



Une des très grandes réussite du duo Powell/Pressburger. Comme la plupart de leurs films de cette période faste, le film est une commande qu'ils vont brillamment détourner en chef d'oeuvre de poésie. Passée l'armistice de 1945, les armées britanniques et américaines occupaient conjointement le territoire européen et les bagarres entre les soldats des deux forces n'étaient pas rares. Aussi l'armée britannique avait-elle commandé aux réalisateurs un film destiné à réhabiliter les relations entre les deux nations.

Parallèlement à ce thème imposé se mêle une très originale et belle histoire d'amour impossible entre le héros anglais mort en sursis et la belle américaine qu'il a rencontré et pour laquelle il ne souhaite plus quitter le monde des vivants. En une scène splendide le lien puissant entre les deux être est scellé.

Alors que Niven croit vivre ses derniers instants par son crash imminent son ultime conversation avec un être vivant s'avère aussi simple que poignant, June Allyson au micro s'avérant tout aussi bouleversée par ce bref échange. David Niven délivre une de ses interprétations les plus touchante bien accompagné par June Allyson, tandis qu'au casting on retrouve d'autres habitués des films de Powell/Pressburger comme l'excellent Roger Livesey (héros du légendaire Colonel Blimp) ou encore Marius Goring.

Powell ne se départit pas de son humour anglais avec son Paradis anti chrétien au possible, décrit comme une grosse administration à la mécanique rigoureuse et organisée, truffé de personnage fantaisistes comme cette incompétent ange 71 chargé de récupéré les morts. Le doute est par ailleurs maintenu presque tout le film sur la réalité des évènements, le héros étant peut être sujet à des hallucinations dues à son accident et justifiant cette vision divine atypique même si certains détails pourraient mettre sur la voie comme ce livre qui réapparait mystérieusement à la fin d'un monde à l'autre.

Comme souvent avec Powell c'est visuellement une splendeur. Le récit est truffé de moments magiques (le passage du tribunal céleste à la salle d'opération, les transition Paradis/Monde réel)) où pour sa première collaboration Jack Cardiff délivre un technicolor somptueux à la texture très particulière loin de la flamboyance hollywoodienne partagé avec un splendide noir et blanc immaculé pour les scènes au Paradis.

Un an avant Le Narcisse Noir (le film de tout les défis où une Indes exotiques fut reconstitués dans les studios anglais) les effets visuels sont particulièrement impressionnants tel cette vue depuis les cieux de la vie terrestre, le fameux transfert du tribunal jusqu'à la salle d'opération, la scène d'ouverture dans l'espace, le tout mélangeant brillamment diversement techniques de l'époque comme l'animation ou le matte painting à un degré de perfection gardant l'illusion intacte aujourd'hui et bourré de charme rétro. Les fabuleux décors de Albert Junge mélangent le côté fonctionnel d'entreprise voulut pour le paradis au début avec cette entrée évoquant un hall de gare où d'aéroport et le côté typiquement mystique et irréel qu'évoque le lieu avec la monumentale salle de tribunal.

L'histoire d'amour et l'antagonisme anglo américain se rejoignent dans la dernière partie où le héros doit se défendre devant une cour céleste pour obtenir le droit de demeurer sur terre face à un procureur américains haineux car tué par les anglais en 1775... Les joutes verbales se font drôle et virulente, les bons mots pleuvant pour rabaisser l'une des deux nations. On comprend alors la démarche de Powell et Pressburger, illustrer ce rapprochement et cette co existence possible des peuples à travers l'histoire d'amour intense d'un anglais et d'une américaine prêt à résister au Ciel lui même pour ne pas être séparé. Belle façon d'affirmer un superbe message d'universalité.

Sorti en dvd zone 2 français chez Seven 7