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mercredi 8 février 2012

Brendan et le secret de Kells - Tomm Moore (2009)


C'est en Irlande au 9ème siècle, dans l'abbaye fortifiée de Kells, que vit Brendan, un jeune moine de douze ans. Avec les autres frères, Brendan aide à la construction d'une enceinte pour protéger l'abbaye des assauts réguliers des vikings.
Sa rencontre avec Frère Aidan, célèbre maître enlumineur et "gardien" d'un Livre d'enluminures fabuleux mais inachevé, va l'entraîner dans de fantastiques aventures. Aidan va initier Brendan à l'art de l'enluminure pour lequel le jeune garçon révélera un talent prodigieux.

Cette production franco-irlandais nous offre là un des films d'animation les plus ambitieux et envoutant de ces dernières années, loin des canons de l'animation américaine et japonaise dominante. A l’origine de tout cela, le livre de Kells, un des grands vestiges du Moyen Age, magnifique témoignage artistique et historique du christianisme irlandais. Contenant les quatre évangiles du nouveau testament, et surtout orné d’enluminures somptueuses, trésors de l’art religieux médiéval, le livre de Kells est conservé au Trinity College de Dublin, où il attire régulièrement de nombreux visiteurs. Cet objet sacré va donc servir une intrigue tout à fait originale et surprenante, aux nombreux degrés de lecture.

En premier lieu, le film est un beau récit initiatique du personnage de Brendan, jeune moine espiègle régulièrement confronté à l’austérité de son oncle, l’Abbé Cellach, qui souhaite le voir prendre sa succession à l’abbaye de Kells. La rencontre avec le moine Aidan, enlumineur renommé, va lui faire découvrir un univers merveilleux et révéler son don pour l’enluminure. L’achèvement du Livre constituant la quête de l’élève et de son mentor, tandis que la menace viking se précise. L’histoire mêle à cet aspect plus classique plusieurs thèmes passionnants, exploitant parfaitement le contexte moyen-âgeux. On ressent ainsi de manière très forte la ferveur et la fibre artistique qui pouvaient animer ces moines enlumineurs, encouragé par un questionnement omniprésent sur la transmission aux générations futures, qui parvient à dépasser le simple aspect religieux.

En totale cohérence avec son sujet, le film adopte une forme tentant de reproduire les enluminures du Moyen Age, à travers la texture de l'image, les applat en deux dimensions et le design des personnages, ces derniers pouvant également témoigner d’influences plus modernes, comme Samourai Jack ou Clone Wars, dans leur conception. Parmi les idées les plus intéressantes, on peut évoquer la représentation des vikings tels des démons, illustration parfaite de la terreur qu’ils inspiraient alors à la population, l’aura surnaturelle étant plus efficace que tous les mots pour exprimer ce sentiment.

Le cadre irlandais permet également de convoquer les grands mythes païens imprégnant la région, à travers le beau personnage d’Aisling, la fille louve, ou encore la créature mythique (issue de la Saint Patrick) Croam Cruach, que devra affronter Brendan. Cette évocation des cultes pré-chrétiens offre les instants les plus oniriques du film, de véritables rêves éveillés visuellement somptueux.

On citera entre autres toutes les séquences en forêt (cette dernière constituant un personnage à part entière du film), Aisling aidant Brendan à s’évader par magie ; ou le face à face de ce dernier avec Croam Crouach dans son antre, parmi les moments les plus réussis. On saluera le travail exceptionnel des artistes du studio Cartoon Saloon, Tomm Moore mettant en forme brillamment toute ces idées, ainsi que le très beau score de Bruno Coulais saisissant très bien les différentes ambiances et tonalités du film.

Après un début assez léger, entre les facéties de Brendan et les rencontres avec Aisling, l’ambiance se fait de plus en plus sombre et oppressante, quittant les rivages du film pour enfants afin d'aborder des terrains plus matures. La terreur, la mélancolie et l’espoir se mêlent ainsi dans la dernière partie du film entre la terrifiante attaque des vikings, un dernier regard entre Brendan et Aisling chargé d’émotion, et le livre terminé, enfin montré à la face du monde. Après une poignante scène de réconciliation, c’est d’ailleurs sur ce dernier que se conclut le film, la beauté de son contenu n’étant ressentie qu’à travers l’exaltation de ceux qui le regardaient jusque-là : la découverte des enluminures n’en est que plus belle et offre de dernières images à la hauteur de cette excellente surprise.

Sorti en dvd zone 2 français chez France Télévision

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