Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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vendredi 10 février 2012

Par la porte d'or - Hold Back the Dawn, Mitchell Leisen (1941)


Un gigolo roumain, George Iscovescu, bloqué à Tijuana au Mexique par les services d'immigration américains n’a qu’un rêve, franchir « la Porte d’or » qui mène aux Etats-Unis. Il doit être naturalisé et pour cela il est prêt à tout. La providence vient en la personne d’Emmy Brown une naïve institutrice bloquée dans la petite ville mexicaine par une panne de voiture. George décide de la séduire. Très vite il l’épouse avec l'intention de divorcer une fois la frontière franchie en tant qu’américain. Ses ennuis vont commencer quand il va réaliser qu'il est réellement amoureux d'elle.

Mitchell Leisen signe là un bien beau film où il bénéficiera pour la dernière fois des talents du fameux duo de scénaristes formé par Billy Wilder et Charles Brackett. Le film reste en effet célèbre pour avoir vu le torchon brûler entre Mitchell Leisen et un Billy Wilder las de voir ses scripts (qui en avait signé deux pour Leisen, La Baronne de Minuit et Arise my love) constamment remaniés à leur convenances par les acteurs, producteurs et réalisateurs impliqués. Ici une des sources du conflit sera le refus de Charles Boyer de suivre l'idée initiale qui était de le voir narrer son histoire en flashback à un cafard (remplacée par une intro façon mise en abyme à Hollywood avec Leisen dans son propre rôle en confident de Boyer) .

Wilder et Brackett se vengeront en donnant les meilleurs dialogues à Olivia de Havilland (à vrai dire la prestation de Boyer n'en souffre guère) tandis que Leisen interdira Wilder de plateau durant le tournage. Le film ne souffre pas de cette gestation houleuse (si ce n'est quelques petits problème de rythme) et chacun suivra son chemin avec succès tel Billy Wilder qui passe à la réalisation dès l'année suivante avec Uniformes et Jupons Courts.

Le script est un d'un équilibre idéal où le cynisme cède progressivement au romantisme le plus sensible. Le pitch est plutôt original. Après avoir écumé les palaces d'Europe, l'escroc/gigolo roumain George Iscovescu (Charles Boyer) cherche à rejoindre les Etats-Unis où s'est réfugiée toute la haute société à cause de la guerre. Problème, il ne peut bénéficier d'un visa et ronge son frein en compagnie d'autres émigrants dans une petite frontalière mexicaine dans l'attente d'une solution. Celle-ci arrive en la personne d’Emmy Brown, institutrice célibataire qu'il se met en tête de séduire et épouser pour pénétrer le territoire américain.

Charles Boyer sournois et calculateur est absolument parfait de froideur séductrice tandis qu'une Olivia de Havilland américaine provinciale quelque peu godiche cède à ses tirades hypocrites. L'émotion naît alors plutôt de la description de cette communauté étrangère cloitrée à l'hôtel en attente d'un visa et on devine l'implication d'un Wilder qui a connu pareil situation à son arrivée aux Etats-Unis.

Mitchell Leisen dissipe peu à peu cette froideur initiale par le rapprochement réel de son couple. Olivia De Havilland est très touchante dans son éveil à l'amour et au désir. Leisen l'illumine progressivement, tout d'abord en captant ses regard aimant et surpris par la séduction de cette homme puis en la dévoilant dans toute sa beauté et féminité lors de ce moment où elle se détache les cheveux et s'allonge prête à s'offrir à Boyer. Un moment bref mais d'une étincelante sensualité poursuivit lorsque Boyer l'observe dans le rétroviseur. Le long périple au Mexique distille plusieurs jolis moments romantiques où on voit Charles Boyer tomber amoureux et s'abandonner malgré lui.

Tout le passage à l'église pour bénir le mariage ou l'ambiance festive avec les autres mariés locaux sont vraiment magnifiques. Ce qui aurait pu paraître cliché et risible dans la première partie atteint des sommets romantiques lors de l'apparition de mariachis durant une scène de baiser même dans sa supposée distance, la voix off de Boyer trahi son trouble grandissant lors qu'il affirme désirer garder ses distances avec Emmy, sous-entendu ne pas coucher avec elle. Le texte va dans le sens ne pas mélanger plaisir et affaire alors que le phrasé altéré de Boyer dit juste l'inverse, il ne peut pas user d'elle car il l'aime. Du grand art !

Au final même le personnage le plus manipulateur agit par amour grâce à la belle prestation de Paulette Godard qui réussit brillamment à ne pas rendre détestable cette viveuse d’Anita. Leisen comme il sait si bien le faire cède à un sentimentalisme à fleur de peau et très poétique dans les derniers instants (on repense à son splendide Remember the night) à l'hôpital où on mesure le chemin parcouru par les héros. Dialogues coupés ou pas, Charles Boyer excelle dans cette manière de fendre l'armure qui culmine dans ce passage (où l'autre plus discret où il abandonne sa simulation de douleur à l'épaule pour enlacer Olivia de Havilland enfin sincère). On reprochera peut-être uniquement une conclusion un peu expédiée dans sa résolution et qui ne laisse pas savourer totalement les retrouvailles en coupant abruptement.

Sorti en dvd zone 2 français chez Universal

Extrait

3 commentaires:

  1. Excellente suggestion... ce qui m'a permis de revoir ce film que j'avais un peu oublié.
    Mon grain de sel se trouve ici
    http://cmsdt-spectacles.blogspot.fr/2012/07/hold-back-dawn-la-porte-dor-1941.html
    Encore bravo pour cet excellent travail d'éclaireur cinématographique. Vos billets sont toujours passionnants, même lorsque nos avis ne concordent pas totalement ! ;-)

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  2. Merci de vous avoir fait redécouvrir ce joli film. J'avais lu votre texte hier pas eu le temps de réagir mais bien vu la double lecture cynique du rêve américain, je m'étais surtout focalisé sur la romance finalement. Il n'y a bien que la fin abrupte qui m'a un peu frustré. En tout cas j'adore définitivement Mitchell Leisen on le résume trop à l'illustrateur doué des scripts de Preston Sturges et Wilder mais j'y trouve vraiment certaines des comédies les plus réussies des années 30/40 et il y est aussi pour quelque chose ! Il avait eu droit à une grosse rétro à la cinémathèque française il y a quelques années...

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  3. Et il manquait le mot "content" après le merci dans ma phrase la réponse parait bizarre mais vous m'avez compris ^^

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