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vendredi 24 février 2012

Les Amants du Tage - Henri Verneuil (1955)


Le Français Pierre Roubier, après avoir été jugé en France pour le meurtre de son épouse, s'est reconverti en chauffeur de taxi à Lisbonne. C'est ainsi qu'il fait la connaissance de la séduisante Kathleen Dinver, veuve d'un lord, et en tombe éperdument amoureux. Mais Pierre découvre bientôt que Kathleen fait l'objet d'une filature, soupçonnée d'avoir assassiné son mari.

Les Amants du Tage n'est pas le titre le plus connu de la très populaire filmographie d'Henri Verneuil mais certainement une de ses grandes réussites. Le film est adapté d'un roman de Joseph Kessel (également au scénario) pour un beau mélodrame où on trouve surtout l'aspect dépaysant et romantique rattaché à l'auteur plutôt que sa veine politique.

L'ouverture offre un fulgurant moment de cinéma annonçant la nature passionnée des évènements à venir. Au lendemain de la guerre, Pierre Roubier (Daniel Gélin) de retour au foyer trouve son épouse au lit avec son amant. C'en est trop pour lui après ses mois de séparation et dans un élan de folie il abat celle-ci de la mitrailleuse dont il était encore armé. Son passé de soldat héroïque lui vaut un acquittement miraculeux grâce à la plaidoirie brillante de son avocat et la bienveillance du jury.

La punition que la justice lui a refusée, il se l'infligera seul dans un exil solitaire qui le mènera à Lisbonne où il officie en tant que taxi. Là, il traîne sa culpabilité et ressasse les idées noires en attendant le bateau qui l'emmènera ailleurs où il reproduira ce cycle. Daniel Gélin totalement éteint est excellent pour exprimer la dérive du personnage avec une certaine dualité entre cette apathie mentale lui valant la bienveillance de son entourage et une flamme qui ne demande qu'à être ranimée. Ce sera le cas avec l'arrivée de Kathleen (Françoise Arnoul) la veuve française d'un lord avec qui il va vivre une folle passion.

La différence entre les deux personnages exprime toute la grande question du film : la sincérité. Gélin est un être authentique, à fleur de peau et écorché vif dont le visage est un véritable miroir de ses émotions. A l'inverse Françoise Arnoult véhicule une séduction, un mystère et un secret de tous les instants dans une performance énigmatique dont elle a le secret.

Verneuil exprime d'ailleurs cette idée visuellement en montrant dès l'ouverture le crime fatal et regretté de Gélin, tandis que le mystère plane longtemps sur le passé de Françoise Arnoul puis que le doute s'instaurera insidieusement sur sa propre culpabilité dans le crime dont elle est accusée.

Comme le soulignera un dialogue en fin de film, les passés criminels (établi pour lui questionné pour elle) qui semblent les rapprocher les séparent en fait par leurs motivations. Gélin est l'auteur d'un pur acte passionnel quand Arnoul est soupçonné d'avoir agi dans un unique but véniel. Dès lors la deuxième partie se fera pesante et sombre en semant le doute dans le couple harcelé par l'affable mais tenace inspecteur de Scotland Yard incarné magistralement par Trevor Howard. Les dialogues sophistiqués de Kessel renforcent le désenchantement de l'ensemble.

Le spectateur est dans la même expectative contredisant une première partie aux envolées romantiques somptueuse et envoutante. Verneuil capte magnifiquement la respiration de cette Lisbonne ensoleillée avec une mise en scène sublime d'élégance. Les palaces somptueux mais oppressant où Arnoul croise d'anciennes connaissances huppées laisse bientôt place aux rues grouillantes de la ville, à ses bars en bondés où se jouent des fados mélancoliques et langoureux.

Théâtre de cette romance, Lisbonne est saisie dans toutes ses excentricités et son folklore (les femmes en noir venant sur la plage implorer la mer de ramener leur hommes) par son réalisateur divinement inspiré dont le sens visuel n'a jamais été plus aboutit.

Le summum est atteint sur la belle séquence nocturne sur la plage où les deux amants déambulent, s'apprivoisent et s'unissent dans une étreinte d'une grande sensualité. Françoise Arnoul n'a peut-être jamais été plus désirable qu'ici, Verneuil la magnifiant constamment dans des poses lascives et charnelle.

Cette beauté est pourtant à double tranchant, signifiant un dangereux piège comme un paradis où s'abandonner. On retiendra ce moment où Gélin devient soupçonneux et interroge son amie, mais il suffira que la caméra parcoure lentement les courbes de Françoise Arnoul pour que la discussion soit interrompue.

L'ambiguïté et le doute restent entiers jusqu'aux tout derniers instants, résolus par une bouleversante conclusion. On aura déjà précédemment eu le fin mot de l'histoire quant au passé de Françoise Arnoul mais ce final résout le doute sur ces sentiments de la plus belle des manières. Sans doute séparés pour de bon, les amants du Tage n'ont jamais été plus proches.

Sorti en dvd zone 2 français chez "Les Films du Collectionneur"

Extrait

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