Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mercredi 26 septembre 2012

César et Rosalie - Claude Sautet (1972)


Dans le beau cadre de la plage de Noirmoutier un « ménage à trois », avec César, un parvenu hâbleur mais généreux, David, un artiste effacé assez intellectuel qui se régale de la vulnérabilité de son confident, et une Rosalie bovarienne, partagée entre l'homme avec qui elle vit et son amour de jeunesse faisant irruption dans sa vie, qui prend cette thérapie pour une connivence.

Claude Sautet prolongeait dans César et Rosalie son exploration du couple amorcée dans le magnifique film de sa réinvention artistique, Les Choses de la vie. On retrouve ici un triangle amoureux cette fois inversé par rapport aux Choses de la vie où ce sont cette fois les hésitations d'une femme au milieu de deux hommes qui la vénèrent qui sera le moteur de l'intrigue. César et Rosalie se démarque également par son ton moins ouvertement dramatique mais tout aussi touchant. Rosalie (Romy Schneider reprenant un rôle initialement écrit pour Catherine Deneuve) est la compagne heureuse de César (Yves Montand) mais l'équilibre du couple est brisé par le retour de David (Sami Frey), amour de jeunesse qu'elle n'a pas revu depuis cinq ans et qui ne l'a pas oublié.

Tout oppose les deux hommes et c'est bien leur qualités et défauts complémentaires qui vont amener les va et vient sentimentaux de Rosalie. César est un "homme du peuple", riche entrepreneur qui s'est fait tout seul au tempérament sanguin et possessif. David est un artiste, dessinateur de bd effacé et ténébreux. La chaleur de César est un bienfait et une malédiction, protectrice et étouffante à la fois. A l'inverse David est doux, attentionné mais finalement trop distant. César poursuivrait Rosalie jusqu'au bout du monde si elle disparaissait avec un autre, David au contraire s'effacerait résigné sans moins l'en aimer pour autant.

 Sautet filme le quotidien lentement se déliter au fil des élans de Romy Schneider de l'un à l'autre de ses prétendants. On admire ainsi les remarquables interprétations d'Yves Montand et Sami Frey qui font de ses archétypes (autant dans le caractère que l'origine sociale) des êtres de chers et de sang. Montand, boule de nerfs incontrôlable et amant généreux alterne ainsi numéros de charme et dérapages violents dévoilant l'angoisse qui ronge cet homme sous son aisance. Sami Frey plus sobre dissimule lui sous son masque froid une tout aussi grande agitation du cœur et c'est par des regards tendres et discrets, des gestes simples que s'exprimera sa passion.

Dans le même ordre d'idée les scènes tendres ou de conflits des deux couples sont captés de manière différente par Sautet. L'amour est sautillant et enlevé entre César et Rosalie (l'ouverture sur les préparatifs du mariage) et les disputes un véritable chaos de violence verbale et physique. Au contraire pas de conflit entre Rosalie et David, les non-dits et ellipses amorçant la séparation avant qu’ils surgissent par une fuite en avant de Sami Frey et la relation amoureuse y est paisible radieuse et laissent les amants s'oublier.

Le script de Sautet et Jean-Loup Dabadie prend des détours étonnants qui vont justement bouleverser cette forme d'équilibre du ménage à trois. D'abord rivaux, les deux amoureux vont comprendre que l'objet de leur attention s'éteint à leur contact en l'absence de l'autre. Si David abandonne bien vite la partie, César prendra les choses en main pour le forcer à partager le quotidien de Rosalie. L'opposition devient complémentarité voire complicité pour les deux hommes où ces amours partagés révèlent le meilleur d'eux même. César perdra de ses élans machos (la partie de poker en début de film) pour être plus attentionné et sacrifier sa fierté en s'effaçant pour son rival quand David se verra forcé à prendre enfin l'initiative.

C'est finalement celle qui se nourrissait de cet interdit et de cette tension qui sera la plus décontenancée, Rosalie. Romy Schneider humanise ainsi enfin cette figure féminine séductrice et mystérieuse en lui instaurant à son tour le doute auquel elle a soumis "ses" hommes. L'actrice fait preuve d'un naturel, d'une sensualité et magnétisme fascinant qui ne rendent jamais antipathique ce personnage libre et s'abandonnant à ses penchants du moment. C'est finalement d'elle que devra venir l'ultime chemin à parcourir, le temps d'une sobre et touchante scène de retrouvailles finale.

Sorti en dvd zone 2 français chez Studio Canal


4 commentaires:

  1. César et Rosalie... L'amitié inattendue de César et David... Le charme mélancolique de Romy Schneider... Le cinéma de Sautet a une place à part dans mon coeur cinéphile, et César et Rosalie y figure en tête. Beau texte, Justin.
    (un scène du film figure parmi l'un de mes billets "Pourquoi j'aime le cinéma" : http://limpossibleblogcine.blogspot.fr/2012/03/pourquoi-jaime-le-cinema-2.html )

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  2. Très joli billet, pour un film assez inoubliable...

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  3. Belle liste David et sinon oui sublime conclusion, les regards de Montand et Frey vers Schneider l'arrivée sereine de celle-ci c'est magnifique ! Et génial ton anecdote sur "Charlie et ses drôles" de dame et "In the mood for love" ;-)

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  4. Merci Justin^^
    C'est vrai que l'histoire de cette séance qui m'a fait découvrir presque par hasard "In the mood for love", elle est devenue emblématique dans mon modeste parcours de cinéphile^^

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