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dimanche 30 septembre 2012

Lame de fond - Undercurrent, Vincente Minnelli (1946)


Ann Hamilton rencontre un célèbre inventeur, Alan Garroway. Séduite, elle l'épouse et le couple part à Washington. La jeune femme découvre la haute société où elle se trouve mal à l'aise. Puis, les époux déménagent en Virginie. Là, Ann apprend l'existence de Michael, le frère d'Alan. Un mystère plane sur les relations entre ces deux derniers...

Si son nom évoque plus immédiatement le souvenir de ses merveilleuses comédies musicales, Vincente Minnelli aura tout au long de sa carrière alterné son genre de prédilection et la comédie pure avec des incursions plus variées dans le mélodrame dont le plus célèbres reste la satire hollywoodienne Les Ensorcelés. C'est avec ce Undercurrent réalisé en début de carrière que Minnelli élargi pour la première fois sa palette avec ce curieux mélange de thriller et de mélodrame.

Ann Hamilton (Katharine Hepburn) est une jeune femme vivant encore paisiblement auprès de son père scientifique qu'elle assiste, aucun homme n'étant parvenu à la sortir de ce cocon malgré les nombreuses demandes en mariage. La rencontre avec le magnat de l'industrie Alan Garroway (Robert Taylor) va venir bousculer cette quiétude, ce dernier réunissant toute les qualités dont peut rêver une femme : beauté, charisme et intelligence. Mariés au bout de quelques semaines à peine le couple voit pourtant une ombre se dresser progressivement entre eux avec Michael, le frère disparu d'Alan qui révèle des pans plus sombres de la personnalité de celui-ci.

Minnelli fait preuve de son brio narratif habituel pour semer le trouble dans son intrigue et ce dès le début de film faussement idyllique. La rencontre en forme de coup de foudre puis le mariage se font ainsi de manière très (trop) rapide et même si le réalisateur y distille un pur charme de comédie romantique (l'ellipse où le père de Ann compare l'alchimie amoureuse avec celle des composants d'une formule scientifique passant dans un merveilleux enchaînement directement au mariage de Ann et Alan) l'essentiel est que l'on a pas réellement assisté au déroulement de cette relation et que l'on ne sait finalement pas grand-chose du beau et avenant Alan.

Tout le film fonctionne sur ce principe, nous laissant chercher entre ce qui est dit ou ne l'est pas, ce qui est montré ou pas, les personnages auxquels il est fait allusion ou pas. Tous ces mystères concernent bien sûr le grand absent dont la personnalité hante tout le film, Michael le frère mystérieusement volatilisé. Le script fonctionne comme une sorte de Laura où à la place du le seul portrait ce serait divers éléments disséminés de la personnalité de l'absent qui créerait la fascination et le sentiment amoureux à distance. Ainsi alors que son époux lui semble de plus en plus un étranger par son milieu, ses sautes d'humeurs et son cadre (la visite du bureau) impersonnel, Ann est de plus en plus captivée par ce qu'elle découvre de la personnalité Michael bien loin de l'affreuse description qu'on lui en a faite.

 Amateur de poésie, de musique et s'étant constitué un havre de paix chaleureux dans son ranch désormais abandonné, c'est l'homme qu'il lui faut. Ce motif de l'explicite et de l'implicite fonctionne aussi dans la quête du personnage de Katharine Hepburn qui pense chercher le disparu pour résoudre la névrose et le complexe de son époux alors qu'elle est déjà amoureuse sans se l'avouer de l'absent.

Minnelli exprime cette idée visuellement également par la façon dont il dépeint la personnalité de Robert Taylor. Doux et aimant au départ, on ressent progressivement son emprise et sentiment de possession sur Ann au détour d'un dialogue (une scène d'amour anodine où il lui dit passionné qu'elle est à lui et qu'elle ne doit pas l'oublier) ou de situations dont le sens ne se révèleront que plus tard tel cette présentation d'une Hepburn mal fagotée à la haute société de Washington puis une séquence de shopping où elle se réduit à un mannequin de cire façonné par Taylor, "sa" chose.

Michael se dévoilera à nous avec le même sens du mystère, un simple nom au départ, une personnalité avec la découverte de son univers, une ombre fugace puis enfin sous les traits séduisant d'un Robert Mitchum débutant dont le visage nous est jusqu'à la dernière limite en le faisant passer pour un vulgaire figurant secondaire lors de la première entrevue avec Katharine Hepburn qui ignore qui il est.

Minnelli aura progressivement préparé ses jeux de dissimulations/révélations par sa mise en scène qui révèle brutalement l'obsession de Taylor (le mouvement de caméra où Ann se retrouve face à lui au ranch, sa silhouette menaçante apparaissant à la fin lorsqu'elle cherche à s'enfuir) et la photo de Karl Freund qui s'assombrit soudainement quand les questions deviennent trop insistantes, dissimulant la nervosité de l'époux dans la pénombre.

Fort de cette finesse, c'est paradoxalement lorsque le film adopte un suspense plus frontal et classique qu'il convainc le moins malgré un final rondement mené et palpitant au bord d'une falaise. L'interprétation est parfaite avec un Robert Taylor dont l'aisance s'effrite peu à peu pour révéler un dangereux manipulateur, Katharine Hepburn vibrante et passionnée apporte sa finesse coutumière à la progression de son personnage et Robert Mitchum en une poignée de scène démontre déjà tout le magnétisme qui fera de lui la grande star que l'on sait dans les années à venir.

Sorti en dvd zone 2 français chez Wild Side 

Extrait

4 commentaires:

  1. Je viens de le visionner et je l’ai beaucoup aimé, malgré quelques longueurs. Robert Taylor a un meilleur jeu d’acteur, plus assuré que celui de Robert Mitchum mais celui-ci dégage déjà un magnétisme qui n’appartient qu’à lui.

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    1. Oui un Minnelli atypique mais très plaisant et Mitchum crève déjà l'écran. La rétro Minnelli a commencée alors ? ;-)

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    2. Et oui, la rétro Minnelli a enfin commencé ! J'ai vu précédemment L'horloge, un film très romantique et assez réussi dans le genre, assez atypique aussi du cinéaste. Et mon prochain sera Madame Bovary, suivi de près par Un Américain à Paris. Je suis très enthousiaste pour le moment en tout cas :-)

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    3. Deux merveilles à venir donc idéal de comédie musicale et adaptation parfaite. Pas vu L'Horloge je note ça !

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