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samedi 22 septembre 2012

Un caprice de Vénus - One touch of Venus, William A. Seiter (1948)

Un jeune concepteur de vitrines pour le compte d'un grand magasin est curieusement attiré par un mannequin qui fait partie du décor. Une nuit, sans réfléchir, il l'embrasse et d'un coup le mannequin naît à la vie. Il s'avère qu'elle n'est autre que Vénus, la déesse de l'Amour. Les complications commenceront quand Vénus à son tour tombera amoureuse de celui qui l'a réveillée.

La beauté irréelle, le port gracieux, le mélange d'ardeur et de détachement, le sex-appeal ravageur... Autant d'élément qui auront hissé Ava Gardner au rang de superstar hollywoodienne et surtout de figure iconique que les réalisateurs les plus inspirés n'auront de cesse de magnifier. Quoi de mieux pour saluer cet éclat que d'attribuer à l'actrice un rôle de déesse ? Joseph L. Mankiewicz et Albert Lewin l'ont bien compris en la filmant dans ces deux rôles les plus emblématiques, La Comtesse aux pieds nus et Pandora. Dans le premier, elle y est une "déesse" des écrans fragile, énigmatique et insaisissable à travers le tourbillon de flashback de ses amants et pour le second elle endosse littéralement les traits de Pandore, la première femme de l'humanité et cause des maux humains dans une fascinante relecture moderne. Avant ces deux grands chef d'œuvre, cette facette fut déjà exploitée en début de carrière sous une forme plus légère et modeste avec ce très plaisant One touch of Venus.

Le film croise comédie et conte moderne avec brio dans la manière d'introduire son postulat incongru le plus naturellement du monde. On peut éventuellement y déceler la patte de Frank Tashlin qui en reprendra de nombreux éléments bien plus tard dans son second film avec Jayne Mansfield La Blonde explosive dont où star de cinéma surgit dans la vie d'un quidam quelconque. Tashlin y réintroduira d'ailleurs tous les éléments caustiques plutôt adoucis dans One touch of Venus par rapport au musical de Broadway et le livre Thomas Anstey Guthrie qu'adapte le film.

Eddie Hatch (Robert Walker), modeste employé de magasin se voit confier par son patron Savoy (Tom Conway) la mission de réparer le rideau qui servira au grand évènement du jour, la présentation d'une magnifique statue de Venus, la déesse de l'amour. Quelque peu angoissé par la pression de la tâche Eddie s'offre un petit plaisir en posant ses lèvres sur celle de la divinité de marbre et là surprise, celle-ci s'anime sous les traits d'Ava Gardner folle d'amour pour lui.

Le timide Eddie ne sais bientôt plus où donner de la tête, doutant de sa santé mentale tandis que les ennuis s'accumulent autour de lui : poursuivi par les sbires de Savoy qui pensent qu'il a volé la statue, détesté par sa fiancé qui pense qu'il la trompe et surtout peu à peu débordé par les sentiments qu'il commence à éprouver pour le déesse.

En plus de Venus on peut dire que Cupidon est aussi de la partie à travers les deux autres histoires d'amour se déroulant en parallèle. D'abord celle assez niaise entre la fiancée d'Eddie Gloria (Olga San Juan) et son meilleur ami Joe (Dick Haymes) et celle bien plus piquante entre le patron coureur joué par Tom Conway et sa fidèle secrétaire Molly (Eve Arden excellente d'humour à froid). Chacune des deux se fait l'écho de celle d'Eddie et Venus à travers de jolies séquences musicales où on retiendra surtout un magnifique Speak Low entonné par Ava (doublée semble-t-il) signifiant le coup de foudre naissant des différents amoureux.

Robert Walker est très attachant en jeune homme maladroit aux allures gauches quelque peu effrayé par la beauté le poursuivant de ses assiduités. Ava Gardner n'a pas encore ici l'assurance des grands rôles à venir et William A. Seiter conscient des limites de son actrice escamote parfois ses séquences les plus dramatiques (la scène de l'ascenseur où il se focalise sur les réactions de Robert Walker, l'ellipse finale sur la disparition de Venus fonctionnant plus par le montage que le jeu de Gardner) mais la débutante a d'autre atouts.

La décontraction naturelle d'Ava Gardner sied parfaitement au rôle, son less is more contrebalançant avec son charisme et sa beauté magnifiée et renforçant ainsi l'assurance de cette déité sûr de son attrait. Souriante et amusée de l'agitation des mortels, elle s'amourache du plus humble et modeste d'entre eux qui ne résistera pas bien longtemps. Si Pandora apportera le charisme qui lui manque encore un peu ici, jamais elle n'a paru plus légère et juvénile dans sa sensualité libérée.

Elle est déjà magnifiquement mise en valeur à travers des moments subjuguant son attrait (toute la première partie où elle affole en toge transparente, Savoy qui n'ose la réveiller fasciné par ses traits endormis) ou son épanouissement amoureux dans la superbe scène de danse dans le parc. "Le plus bel animal du monde" gagne ici son statut d'icône, 12 copies grandeur nature de la statue réalisée par le sculpteur Joseph Nicolosi étant faite pour la promotion et de nombreuses plus réduites en merchandising. Nicolosi dû d'ailleurs retoucher la sculpture d'origine puisque Ava coquine lorsqu'elle posa pour lui fit tomber le haut pour l'aider à avoir les bonnes proportions mais le studio n'osa pas utiliser la statue tel quel dans le film. Joli petit film.

  
Sorti en dvd zone 1 et doté de sous-titres anglais

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