Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com et suivre le blog sur twitter à http://twitter.com/#!/JustinKwedi

Pages

mardi 11 septembre 2012

Tragique rendez-vous - Whistle Stop, Léonide Moguy (1946)


La belle Mary est convoitée à la fois par un joueur (et un raté) professionnel et le propriétaire d'un bar interlope. Entre les deux hommes, la lutte sera sans pitié.

1946 est une année charnière dans la carrière d'Ava Gardner. Jusque-là, son nom aura plutôt agité la rubrique mondaine par ses mariages de courtes durées avec Mickey Rooney et le musicien Artie Shaw, la cours assidue et vaine de Howard Hughes ainsi que sa réputation de noceuse invétérée. Côté film ce n'est guère reluisant puisque malgré son physique de rêve un terrible accent sudiste dont elle aura bien du mal à se débarrasser la cantonne à de la figuration et des rôles sporadiques. Elle détient d'ailleurs à l'époque un bien triste record puisque après cinq ans passés à la MGM elle n'a jamais dépassé le huitième rôle dans toute les distributions dont elle a pu faire partie. Tout change donc en 1946 avec son légendaire rôle de femme fatale dans Les Tueurs de Robert Siodmak qui marque la naissance à l'écran du "plus bel animal du monde". Avant ce film mythique, la MGM lui aura cette même année donnée une première fois sa chance avec ce plus méconnu Whistle Stop. Le film est certes assez mineur mais Ava, plus mûre, plus élégante et assurée y dessine tous les motifs du mythe à venir.

Vendu comme un film noir, Whistle Stop n'en emprunte que timidement les motifs sur sa toute fin et fait plutôt figure de mélodrame ou romance rurale. Ava Gardner y est Mary, jeune pour un temps de retour dans sa petite ville natale après deux ans passé à Chicago. Ce retour réveille la haine féroce entre deux de ses prétendants, Kenny (George Raft) et Lew Lentz (Tom Conway) aux personnalités et statut en tous points opposés. Kenny est le grand amour de sa vie, celui qu'elle n'a jamais cessé d'aimer mais ce dernier est un raté sans le sous engoncé dans de mauvaises habitudes (jeu, boisson) et qui n'est jamais sorti de la ville. Au contraire Lew est un riche entrepreneur, la figure locale la plus puissante alliant allure séduction et richesse.

La jalousie et le complexe d'infériorité de Kenny vont pourtant le pousser dans une voie de plus en plus dramatique alors qu'il cherche reconquérir Mary et être enfin digne de ses attentes. Malgré un petit souci de différence d'âge (on suppose qu'ils ont grandi ensemble même Ava Gardner est bien plus jeune que George Raft) l'alchimie est palpable entre George Raft et Ava Gardner. Léonide Moguy saisit bien l'irrésistible attrait physique qui les lie dès leur première scène commune mais cet amour est entravé par les non-dits, la rancœur et la jalousie essentiellement dû à un George Raft pathétique et touchant à la fois.

On a ainsi un triangle amoureux intense ou l'immaturité de Kenny va constamment pousser Mary vers la compagnie plus rassurante de Lew. L'argument de polar va naître du fait de la voie criminelle supposée ou ouvertement franchie par chacun d'eux par dépit : le turbulent Kenny va-t-il céder définitivement à ses mauvais penchants ou alors le respectable Lew révéler une nature plus noire que ce qu'il laisse croire ? Malgré quelconques longueurs et facilités dans l'intrigue le tout est plutôt prenant et parvient à surprendre avec un rebondissement final assez inattendu.

Enjeu de cette lutte, Ava Gardner affirme déjà ce charme ravageur qui terrassera quelques mois plus tard les premiers spectateurs de The Killers. Léonide Moguy l'a bien compris et la met superbement en valeur tout au long du film, en particulier à travers le regard passionné de Raft pour qui elle figure une lumière apaisante dans la fange où il vivote. Les première retrouvailles, l'entrevue sur le perron de la maison (où la copie moyenne du dvd ne permet pas de savourer la photo de Russel Metty) et la réunion finale (et une apparition quasi angélique d'Ava Gardner) offre ainsi de très beaux moments où l'empathie fonction à plein avec un George Raft subjugué.

Malgré un manque d'expérience évident, Ava s'en sort bien dans le registre dramatique également et exprime bien l'amour et le dépit de son personnage face à cet amant autodestructeur. Il faut saluer aussi la belle performance de Victor McLaglen en Gildo bienfaiteur et tentateur à la fois. Pas inoubliable mais se laissant regarder sans ennui, un film qui marque les vrai premiers pas d'une débutante pas encore déesse.

Sorti en dvd dans la collection du journal "Le Monde" dans une copie assez moyenne mais c'est la seule existante pour voir le film. Sinon il est actuellement entièrement sur youtube.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire