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vendredi 28 septembre 2012

Victim - Basil Dearden (1961)

Melville Farr (Dirk Bogarde), un avocat londonien réputé et père de famille, mène une vie de couple apparemment heureuse et sans histoire : il va obtenir une promotion et pourrait prétendre à une carrière de juge.Tout change lorsque Jack "Boy" Barrett (Peter McEnery) fait appel à son nom en plein travail. Le passé lui attrape alors. C'est un des anciens amants qui avait volé deux mille trois cent livres à l'entreprise où il travaillait et est désormais recherché par la police. De peur qu'il soit découvert et privé de sa carrière promise, Melville Farr refuse de l'aider.Ne trouvant aucun soutien, Jack est arrêté et refuse de révéler ce qu'il a fait de l'argent avant de se suicider par pendaison dans une cellule au commissariat.Ayant appris cette nouvelle, il est bouleversé et décide de poursuivre la trace des maîtres-chanteurs.

Victim est un film important pour le cinéma anglais puisqu’il est le premier à traiter ouvertement (notamment en prononçant le mot tabou) d’homosexualité. La Grande-Bretagne resta longtemps une des nations occidentale démocratiques les plus répressives envers les homosexuels  avec un passif plutôt violent puisque le penchant était passible de peine de mort (jusqu’en 1836) puis de prison au XIXe siècle avec comme victime emblématique Oscar Wilde. Au moment de la production de Victim, ces lois ont encore cours (bien que pas réellement appliquées par la police) et le message du film tend à les dénoncer en évoquant les dérapages et drames qu’elles peuvent susciter. Pour ce faire, le script intègre son propos à une authentique ambiance de thriller et de film noir les « coupables » d'homosexualité  sont victimes de truands sans scrupules ayant monté un business de chantage particulièrement bien organisé. 

Tous ne sont pas logés à la même enseigne, les plus riches payent les sommes demandés et finissent par avoir la paix tandis que les plus démunis subissent une épuisante pression les obligeant à dénoncer leur semblables s’ils ne peuvent payer. C'est ce qui arrive à un ancien amant du héros incarné par Dirk Bogarde qui pour le protéger se suicide. Ce dernier se sentant coupable de ne pas avoir répondu à ses appels au secours pour préserver sa réputation va alors remonter la piste des maîtres chanteur. Dans un Londres cossu mais néanmoins inquiétant, Dearden instaure une ambiance de paranoïa et de délation palpable, sentiment d'autant plus appuyé lorsqu'on découvrira l'aspect en apparence inoffensif des auteurs du chantage. 

Le film surprend par sa façon frontale d'aborder l'homosexualité, pas de scènes explicites évidemment mais les dialogues sont clairs sont clair sur la chose dont il est question. Cette audace est néanmoins atténué par le fait d’inscrire cette facette du héros comme une faute, une tare issu d’un passé qu’il renie car désormais marié mais qu’il va devoir assumer au fil de l’avancée de son enquête. Dearden use donc aussi de l’angle culpabilisant déjà employé par William Wyler dans La Rumeur (sorti cette même année et abordant aussi le sujet) à travers la tragédie du personnage de Shirley MacLaine. Si l’on peut en parler et dénoncer les abus, l’homosexualité demeure donc encore une tare, une malédiction. 

Cette facette se vérifie avec plus de force encore par l’interprétation puissante de Dirk Bogarde. L’acteur fut la seule star de premier plan à accepter sans hésitation parmi toutes celles auxquelles fut proposées Victim. Homosexuel mais aussi superstars et sex symbol national, l’acteur devait ainsi cloisonner sa vie privée et s’afficher avec de magnifiques créatures féminines pour donner le change de cette image de séducteur. La dimension autobiographique aura donc forcément joué dans sa prestation. La prise de risque paiera puisque ce rôle (pour lequel il recevra le BAFTA du meilleur acteur) l’ouvrira à des prestations plus complexes par la suite notamment par sa collaboration avec Joseph Losey (The Servant, Pour l’exemple).

  Déterminé dans sa quête de vengeance mais tiraillé par ses pulsions contradictoires (et les conséquences que pourraient avoir l'affaire sur son couple et sa carrière), il éclabousse le film de son charisme. Hormis quelques moments parfois trop appuyés (les tirades homophobes assez lourdement amenées pour appuyer le message), l’ensemble offre un récit puissant, lucide et désespéré sur un travers qui se verra corrigé en 1967 par le Sexual Offences Act autorisant lune relation consentante entre hommes de plus de 21 ans. Nul doute que l’accueil positif du film témoin de l’ouverture de de l’opinion sur la question aura aidé à contribuer à cette avancée.

Sorti en dvd zone 2 anglais chez Carlton et doté de sous-titres anglais.


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