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mardi 18 novembre 2014

Un mauvais fils - Claude Sautet (1980)

Bruno Calgagni rentre en France. Toxicomane, parti six ans plus tôt pour les États-Unis, il y a purgé une peine de cinq ans de prison pour trafic d'héroïne. Pendant son absence sa mère est morte. Il se rend chez son père qui l'accueille, mais la situation devient vite invivable, son père l'accusant d'être responsable de la mort de sa mère. Bruno travaille comme manutentionnaire dans des conditions difficiles. Le contrat terminé il trouve un emploi dans une librairie, où officie également Catherine, une ancienne toxicomane...

Un mauvais fils marque une rupture et le début d’un nouveau cycle dans l’œuvre de Claude Sautet. Après une décennie à avoir exploré sous toutes les formes les affres des hommes de sa génération dans une série de désormais classiques du cinéma français (Les Choses de la vie (1969), Max et les ferrailleurs (1971), César et Rosalie (1972), Vincent, François, Paul... et les autres (1974), Mado (1976), Une histoire simple (1978)), le réalisateur souhaite sortir de ce confort, dépeindre d’autres milieux sociaux, tranches d’âges et par conséquent type de personnage et situation. Cette réinvention passera notamment par un changement de scénaristes puisque les fidèles Jean-Loup Dabadie et Claude Neron ne seront pas cette fois de la partie. A leur place, le journaliste Daniel Biasini (alors époux d’une des égéries du cinéma de Sautet, Romy Schneider) et Jean-Paul Török, qui entre autres talent fut critique à Positif, revue qui n’eut de cesse de défendre Sautet à cette période. Au niveau du casting le réalisateur va chercher Patrick Dewaere (après avoir hésité avec son acolyte des Valseuses Gérard Depardieu, trop imposant et pas assez vulnérable pour le rôle) et son ami Yves Robert dans un magnifique contre-emploi de père taciturne.

Bruno Calgagni (Patrick Dewaere) est de retour en France après six années passées dans une prison américaine où il était condamné pour trafic d’héroïne. Le conflit paternel se devine dès les premières séquences et avant même les retrouvailles grâce au sens du détail de Sautet. Aux policiers qui l’accueillent et l’interrogent, il est capable de citer de mémoire la date de naissance de sa mère quand il n’a plus celle de son père (Yves Robert) en tête, preuve sous-jacente de la distance qui règne entre eux. Les retrouvailles seront effectivement froides et, si l’affection se devine dans les regards du père et du fils dans ce premier contact, le geste est maladroit et retenu. Un fantôme s’immisce en effet dans le renouement possible entre les deux hommes, celui de la mère disparue pendant la peine de Bruno. Peu à peu, cette retenue dévoilera une forme de rancœur du père pour Bruno qu’il considère comme responsable de la dérive puis de la mort de son épouse dans ce que l’on devine être un suicide. 

Yves Robert est un prolongement des hommes durs et « vieille école » des films précédents de Sautet mais ce trait de caractère s’exprime différemment ici. Les protagonistes masculins de milieux bourgeois des œuvres antérieures étaient des êtres froid, distant et souvent antipathique. En abordant un milieu ouvrier et populaire le sentiment n’est pas tout à fait le même, la difficulté à se dévoiler se révèle dans le geste incertain (Yves Robert cherchant toujours une occupation comme faire le café pour éviter le vrai tête à tête avec son fils) et plutôt qu’un silence glacial la détresse s’exprime dans des explosions de colères où les mots dépassent la pensée, où la rancœur se substitue à l’affection. Yves Robert, bougon et fier s’avère ainsi très attachant et vulnérable malgré la rigueur de son personnage.

Le salut ne peut donc venir que de la nouvelle génération, moins prête à s’insérer dans le monde mais aussi plus apte à se mettre à nu dans cette errance. On voit ainsi Bruno se chercher professionnellement et sentimentalement (entre relation tarifée et drague balourde) avant de trouver l’amour avec un pendant féminin aussi abimé que lui, la toxicomane repentie Catherine (Brigitte Fossey magnifique dont une scène d'aveur amoureux tout en retenue). L’équilibre ne peut cependant être atteint en dépit de ses efforts car il est rongé en son for intérieur par ce père qui le repousse. Ce manque se traduit chez Sautet par des corps traîtres -mais aussi des moments plus anodins comme lorsque Brun insite pour payer un verre à un quidam dans un bar - et prolongement d’une psyché malade, que ce soit le malaise de Bruno dans le métro ou la chute d’Yves Robert sur son chantier. La réaction de repli sur soi et d’autodestruction est également la même chez ces figures masculines, Bruno replongeant dans la drogue tandis que son père diminué physiquement s’isole du monde. 

La fragilité révèle néanmoins un caractère plus fort chez Bruno quand les bravades de René montre le manque de ces hommes mûrs pour qui s’ouvrir signifie perdre la face. Les trajectoires des deux protagonistes vont ainsi en parallèle, chaque chute précédant un redressement pour Bruno et au contraire un enlisement pour son père. L’ultime séquence exprime bien cela, avec un René seul et ayant chassé son amante (Claire Maurier) dont il refuse la pitié quand Bruno rappelle Catherine avec laquelle il aura partagé des démons communs. Cet élan est donc aux antipodes de la résignation désabusée qui accompagnait les derniers films du cycle précédent (Vincent, François, Paul... et les autres et  Mado surtout ici l’énergie et la modernité du film l’éloigne de ces mélodrames figés) et s’inscrit plutôt dans la veine lumineuse de Une histoire Simple (1978). Seulement cette fois, Sautet semble enfin laisser pleurer ses hommes et ce sont les plus jeunes qui initieront cet abandon, le final sobre laissant une belle note d’espoir.

Sorti en dvd zone 2 français chez Studiocanal

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