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lundi 7 novembre 2016

Pool of London - Basil Dearden (1951)

Le Dunbar, un navire de commerce britannique, rentre à quai à Londres. Dan (Bonar Colleano), jeune marin, fait un peu de trafic pour arrondir ses fins de mois, important notamment des bas nylons en contrebande. Pour ne pas éveiller les soupçons, il demande parfois à son ami jamaïcain Johnny (Earl Cameron), de lui donner un coup de main. Mais alors que Johnny refuse de s’impliquer davantage, Dan accepte une proposition pour un gros coup.

Pool of London est la seconde incursion de Basil Dearden dans le polar au sein d'Ealing après The Blue Lamp (1950). C'est clairement le genre de prédilection du réalisateur qui même après son départ d'Ealing apposera une patte singulière en y intégrant des sujets sociaux forts et inédits dans le cinéma anglais d'alors, que ce soit le racisme dans Sapphire (1959) ou l'homosexualité dans Victim (1961). Pool of London nous plonge dans les bas-fonds du port de Londres à travers le destin de quelques marins du Dunbar fraîchement accosté. La première partie nous introduit donc chaleureusement les personnages tout en disséminant les éléments de la trame criminelle à venir.

Le contrôle traditionnel des douanes offre donc une séquence savoureuse où nos marins tentent de faire passer en douce alcools, cigarettes, et bas-nylons divers pour les petites amies. Parmi eux on repère Dan (Bonar Colleano), plus roublard que les autres et qui arrondit ses fins de mois grâce à la contrebande. Pour l'occasion il demandera à son ami jamaïcain Johnny (Earl Cameron) de lui faire passer un paquet de cigarettes. Si Johnny malgré ce coup de pouce refuse d'aller plus loin, Dan trop confiant va accepter une offre plus dangereuse de la part de criminels locaux.

Si le fil rouge du film s'inscrit dans le polar, Basil Dearden brasse bien plus de thèmes à travers un véritable film choral. La solitude et le manque d'attache du marin l'expose ainsi aux tentations criminelles avec Dan ou une certaine désinvolture avec la gente féminine dont sera victime Sally (Renée Asherson), employée du port attendant en vain la visite de son fiancé engagé sur le Dunbar. Johnny traverse habituellement comme un fantôme les ports où il s'arrête mais cette fois va vivre un début de romance avec Pat (Susan Shaw) jeune vendeuse de ticket de cabaret. Earl Cameron fut le premier acteur noir à avoir un premier rôle dans une production anglaise et Dearden amorce ici les questionnements raciaux qui auront cours dans Sapphire.

Ce sera à travers le racisme ordinaire dont est victime Johnny lors de séquences anodines (un vigile récalcitrant dans un club, une remarque désobligeante...) et qui expriment le complexe du personnage. C'est ce qui le rend si timoré dans sa relation avec Pat, presque surpris de l'intérêt de la jeune femme pour lui. Les balles timides du couple offrent de jolis moments où la mise en scène de Basil Dearden se fait superbement contemplative (les vues des toits londoniens et ces magnifiques plans d'ensemble) et intimiste, capturant le moindre regard tendre et geste gauche d'un Earl Cameron très touchant. Là aussi il s'agit de la première romance interraciale vue dans le cinéma anglais même si le scénario n'ose pas totalement franchir le tabou vu que tout cela reste extrêmement chaste.

La fluidité du récit et la gestion des ruptures de ton est assez remarquable, notamment lors des retours à la trame criminelle. Durant la promenade sur les toits du couple, ceux pensent apercevoir une silhouette qui disparait aussitôt. C'est en fait le hold-up longuement préparé qui s'amorce dans une séquence inventive (jouant des capacités physiques d'un protagoniste innocemment introduites plus tôt et renforcé par la science du cadrage de Dearden qui met sacrément en valeur son décor) et tendue dont la tournure violente tient à un détail fortuit. La dernière partie du film prend un tour essentiellement nocturne et oppressant (photo somptueuse de Gordon Dines), la veine relativement documentaire du début de film s'orne d'une stylisation plus marquées des environnements urbains ou ruelle menaçantes alternent avec bars enfumés.

Il s'agit à la fois de traduire la paranoïa et la solitude de Dan désormais fugitif et de Johnny, ramené à sa son sentiment d'exclusion. Une sensation de cauchemar éveillé magnifiquement traduite par Dearden tout en accélération brutale (fusillade et poursuite en voiture fabuleuse de nervosité) et ralentissements inquiétants (l'errance alcoolisée de Johnny dans une partie de Londres en ruines). C'est pourtant bien l'amitié entre les deux personnages qui permets un sursaut d'humanité dans ces bas-fonds où tout le monde est prêt à se trahir (éléments habilement amené en amont aussi avec la réaction de la petite amie de Dan pour ses "cadeaux") dans une belle conclusion où se disputent la tragédie et l'espoir. Un grand polar qui affirme définitivement Dearden en maître anglais du genre.

Sorti en dvd zone 2 et BR anglais chez Studiocanal et doté de sous-titres anglais 

 Extrait

 

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