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mardi 2 janvier 2018

Fireworks - Uchiage hanabi, shita kara miru ka? Yoko kara miru ka?, Akiyuki Shinbo et Nobuyuki Takeuchi (2018)


En cette belle journée d'été, Nazuna, discrète collégienne, décide de défier ses deux amis Norimichi et Yusuke lors d'une course de natation. Le vainqueur assistera à ses côtés au feu d'artifice de la soirée. C’est Yusuke qui remporte la course mais entretemps, Norimichi découvre le secret de Nazuna. Obligée de déménager en raison du divorce de ses parents, la jeune fille cherche à fuir. Et si Norimichi pouvait changer le destin de cette journée ?

Fireworks est le nouveau film du studio Shaft, réputé pour ses partis pris esthétiques audacieux dans des productions télévisés à succès récentes comme Bakemonogatari ou Puella Magi Madoka Magica. Pourtant cette prise de risque ne se ressent pas immédiatement dans ce Fireworks qui semble beaucoup surfer sur le succès colossal de Your name de Makoto Shinkai. L’argument surnaturel mystérieux, les héros adolescents mélancoliques et le cadre provincial rappellent ainsi le film de Shinkai, d’autant que Fireworks lui emprunte le même producteur en la personne Genki Kawamura. C’est à l’initiative de ce dernier que se lancera le projet, lui qui était tombé sous le charme du drama de 1993 signé Shunji Iwai dont Fireworks est le remake animé.  Le téléfilm fit sensation à l’époque, la Directors Guild of Japan récompensant Shunji Iwai du prix du nouveau réalisateur, insigne honneur pour une œuvre de télévision. La carrière d’Iwai était lancée pour des œuvres cultes (et malheureusement difficile à voir en France) comme Swallowtail and Butterfly (1996), April Story (1998) ou encore le récent retour au premier plan avec le film d’animation Hana et Alice mènent l’enquête (2015).

C’est donc cette filiation qui confère son identité à Fireworks en dépit des conventions esthétiques et narratives initiales. Non pas que le film soit un décalque de l’original (que l’auteur de ces lignes n’a pas vu) ou du style de Shunji Iwai mais il en saisi en tout cas l’esprit. Le postulat découle d’une forme d’anodin (deux adolescents tombent amoureux alors que la jeune fille doit déménager) qu’un phénomène surnaturel va bousculer sans vraiment pouvoir l’empêcher. Tout repose ainsi sur les hésitations, atermoiements, ivresse et mélancolie du moment présent pour Nazuna et Yusuke. La métaphore sur la forme des feux d’artifices en fil rouge illustre cette idée, l’important n’est pas quels camarades ont raison sur le sujet mais plutôt le périple pour trouver le meilleur emplacement pour y assister et l’émotion ressentie devant leurs explosion. L’argument de la boucle temporelle façon Un Jour sans fin n’est pas là pour bouleverser la séparation inéluctable mais pour prolonger et apporter des variantes à l’instant présent. La charmante inconséquence de l’adolescence fait ainsi jouer le choix d’un rendez-vous amoureux au hasard d’une course de natation, et la boucle temporelle repose sur une impossible fugue romantique. Le suspense n’a pas sa place dans chacun des épilogues abrupts car l’enjeu n’est pas là.

Le spleen rattaché à Shunji Iwai s’inscrit dans les belles idées formelles de Noboyuki Takeuchi, amenant la romance par un mélange de tonalité flottante et de spontanéité charmante. Yusuke observe ainsi de loin la silhouette de Nazuna sur la plage en ouverture avant une rencontre plus triviale et gênée au bord de la piscine. Par la suite le jeu de regard durant la course de natation offre un bel émerveillement en suspension alors que plus tard le marivaudage prévaudra pour la première sortie amoureuse à dissimuler aux copains. Le réalisme de l’environnement oscille avec de pures visions poétiques tel ce train semblant littéralement voguer sur l’eau ou bien sûr ces faux feux d’artifices qui illuminent les cœurs ardents des amoureux. Tout ce qui aurait pu sembler trop conventionnel dans le déroulement est transcendé par l’épure et la dimension profondément intimiste du récit – finalement loin des grands enjeux et/ou du mélodrame appuyé chers à Makoto Shinkai. La belle fin ouverte prolonge habilement cette suspension troublante.

 En salle

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